Le blog de Joss Beaumont

27 janvier 2012

Matzneff flingue la télé

 Intervilles

Pour gagner sa vie, avant de devenir un écrivain « infréquentable » et talentueux ce qui va souvent de pair, Gabriel Matzneff a trempé sa plume dans l’écran noir de la télévision. Entre le 29 octobre 1963 et le 20 décembre 1965, le journaliste qui, facétie de l’histoire ne possédait pas encore de téléviseur, a tenu la chronique télé de Combat. Les éditions Léo Scheer ont compilé une grande partie de cette critique virulente et érudite dans « La séquence de l’énergumène » agrémentée d’annotations récentes qui permettent de mieux cerner la pensée ou les volte-face de l’auteur. Car, il faut bien l’avouer, cette plongée dans la genèse de la télévision française, à l’époque où il n’y avait qu’une seule chaîne en noir et blanc, fait remonter à la surface des hommes politiques, des émissions, des artistes, des controverses, qui ont été complètement balayés au fil des années. Le temps a accompli sa magistrale œuvre de destruction. « Puissant un jour, néant pour toujours » pourrait résumer ce recueil de chroniques. Matzneff s’est, en effet, attaqué sans relâche pendant un peu plus de deux ans avec une obstination quasi-hebdomadaire aux hommes du pouvoir. Ces serviles employés de la censure gaulliste avaient fait de la télévision un outil de propagande et Matzneff comptait bien dénoncer leurs dérives. La télévision a toujours fasciné les différents gouvernements en place. Son instrumentalisation était inscrite dans ses gènes. Ministres, administrateurs de l’ORTF et autres cerbères assermentés se sont démenés pour contrôler cette mystérieuse boîte noire. Prés d’un demi-siècle plus tard, on peut constater que rien n’a fondamentalement changé. La télévision inspire toujours autant de basses manœuvres et d’égocentrisme grotesque. On rigole surtout lorsque le journaliste égrène le nom des personnalités qui inspiraient alors crainte et soumission. Ils ont, pour la plupart d’entre eux, disparu des mémoires. Qui se souvient de Roger Frey, Christian Fouchet, Wladimir d’Ormesson, Edgard Pisani, Jean Lecanuet et tant d’autres ? Dans les brumes télévisuelles, seul le visage d’Alain Peyrefitte se dessine timidement. Pour combien de temps encore ? Matzneff ne se faisait pas d’illusions sur les vertus éducatives ou culturelles de la télé. Son opinion était faite : « son pouvoir est totalitaire, hypnotique…Le petit écran restera jamais qu’un bocal…Dix jours sans télévision ! Une véritable cure de jouvence, cela repose les yeux, l’esprit, la plume ». On voit dans quel état d’esprit était le journaliste avant d’entamer sa chronique télévisuelle. Matzneff nous fait croire qu’il traite de la télévision du milieu des années 60 alors que tous ses papiers ne font qu’effleurer le sujet qui le barbe profondément. Il recule toujours devant l’ouvrage par peur de se salir l’esprit. Son côté dandy décadent le met à distance de cette foire aux vanités. Avant de donner son avis sur une dramatique ou une rencontre de catch, il préfère toujours citer Schopenhauer, Gorki, Nietzche, Pascal, Plutarque, Thomas Mann ou Pouchkine. Ca vole à vingt mille lieues au-dessus de la bêtise inhérente au petit écran. Si on lui dit Intervilles, Belphégor, Cinq colonnes à la Une, Sylvie Vartan ou Les coulisses de l’exploit, il répond par Venise, la littérature russe, l’église orthodoxe (l’un de ses grands combats) ou l’art d’écrire de François Mauriac. La lecture de Matzneff est spirituelle, féroce et délicieusement surannée. Ses tics de langage comme l’utilisation abusive et nostalgique d’expressions telles que « pour l’ordinaire », « ce nonobstant », « catalepsie », ses mots disparus de notre monde actuel comme l’émouvant « propédeutique » ou encore ses jeux de mots qualifiant Pompidou de « bougnaparte », nous amuse beaucoup. Et puis, on se souvient avec lui d’événements qui marquèrent ces années-là comme l’exécution du colonel Bastien-Thiry, du concile de Vatican II ou des funérailles télévisées de Winston Churchill. A distance, certains de ses coups de gueule ou de ses têtes de turcs favorites nous semblent exagérés. La mauvaise foi n’est jamais très loin. Il prend plaisir à canarder Guy Lux et Léon Zitrone, à fustiger Maurice Chevalier dansant le twist ou à frapper sur la tête du pauvre Albert Raisner (qu’il écrit parfois Reisner), l’animateur d’« Age tendre et tête de bois ». Dans ses annotations en bas de page, Matzneff regrette presque ses attaques virulentes contre le charmant Raisner qu’il rencontra plus tard et qui «lui témoigna beaucoup de sympathie, d’admiration, et ne fit jamais la moindre allusion aux horreurs qu’il avait écrites sur lui ». En fait, rien n’horripile plus Matzneff que la vulgarité des yé-yé ou les niaiseries du Sacha show. On le trouve aussi injuste avec Adamo qui « dans le mauvais et le grotesque est quasi-insurpassable ». Il avoue aujourd’hui : « je n’avais nul souvenir d’avoir tant brocardé Salvatore Adamo. Sa chanson Vous permettez, monsieur, que j’emprunte votre fille m’a toujours bien plu et je m’explique mal cette injuste sévérité. Mea culpa ». Matzneff est comme tous les grands intellectuels, son discernement sur les choses populaires est parfois troublé. Mais Matzneff ne fait pas que taper sur les idoles du petit écran, il nous fait également partager ses coups de cœur qui sont nombreux et éclectiques. Il a apprécié ainsi la prestation de Michel Bouquet dans le rôle de Charles 1er d’Angleterre, la grâce de Zizi Jeanmaire, la moue de BB, la voix de Maurice Ronet, les sketchs de Fernand Reynaud ou la troublante Alice Sapritch dans La Cousine Bette d’après une adaptation de Jean-Louis Bory sans oublier le feuilleton « Rocambole » ou la présence de Rita Cadillac dans une émission.  Matzneff a surtout été fasciné par un homme qui passait à la moulinette les bébés, un des génies créateurs de la télévision dont l’inventivité bluffait le journaliste. Jean-Christophe Averty surplombe assurément le paysage audiovisuel français des années 60. Plus que l’apparition de la seconde chaîne ou les premiers tests de télé en couleur ou même l’élection présidentielle de 1965, c’est Averty qui sort grandi de ce recueil. Matzneff n’était pas tendre avec la télé de son temps, il lui reprochait sa médiocrité intellectuelle, sa glorification des bas instincts et son emprise sur les masses. Et pourtant, à bien regarder la programmation des années 63-65, cette télé tellement conspuée, à la merci du pouvoir, nous semble aujourd’hui un lieu de création artistique, d’audace et d’enchantements.

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20 janvier 2012

Lapaque, l’art de la fugue

 LesBarricadesmystérieuses

Dans les polars des années 50, on disait d’un bon pilote automobile qu’il savait tenir le cerceau, Lapaque sait assurément tenir un stylo. Il n’a pas la plume hésitante et brouillonne des auteurs stars de notre époque. Ce n’est pas si courant dans la littérature contemporaine pour être signalé. Les stylistes sont une espèce en voie de disparition. Ils ont été engloutis par le roman marketé et calibré comme un paquet de biscuits. En cette nouvelle année, Babel Noir réédite « Les Barricades mystérieuses », le premier roman de Sébastien Lapaque paru en 1998. C'est-à-dire une éternité. Déjà emprunté le titre de son livre à une pièce pour clavecin de François Couperin est un tour de force, une audace, un trait de caractère qui nous en disent long sur l’état d’esprit de cet auteur rare et délicat. Les lecteurs de journaux connaissent le critique littéraire érudit et partageur, les gastronomes, le défenseur acharné des vins naturels, on lui doit notamment un vibrant « Chez Marcel Lapierre », une ode rabelaisienne au Morgon authentique. Mais les autres, le grand public ? Ils ont eu, au mieux, écho de ses débordements comiques dans les wagons-bars de la SNCF et le dérisoire scandale qui s’en suivit. Lapaque n’est pas seulement un amuseur du rail, son premier roman est lumineux car terriblement désenchanté. Nous sommes en 1998, à écouter aujourd’hui nos commentateurs politiques, économiques ou sportifs, un temps béni, une France rassemblée sous la bannière « black, blanc, beur », une victoire en Coupe du Monde de Football, une croissance bandante, un indétrônable triple A, une cohabitation rassurante, le bonheur intégral quoi ! Le climat était tellement beau, la météo si clémente que le candidat PS à la présidentielle ne figurait même pas au second tour de l’élection, quatre ans plus tard, se faisant doubler par un vieux roublard de la politique encore plus étonné que lui de se retrouver dans cette situation. Il y avait bien quelque chose de pourri dans le royaume de France. Dans son polar, Lapaque avait tout prévu, tout imaginé, tout senti. Le désastre en marche, le délitement de la société, la fin des idéologies, la victoire par KO de cette globalisation sur toute forme de beauté, de vie et d’espoir. Son constat était implacable. Sans issue. Son héros, Neubourg, un jeune journaliste romantique pétri de littérature et de théologie se retrouve embarqué dans une enquête policière où flics et malfrats s’affrontent salement. En bon disciple de Fajardie et d’A.D.G, Lapaque a retenu une leçon fondamentale. Il n’y a ni bons, ni méchants, seulement des hommes perdus qui traînent leur désespoir avec plus ou moins de panache. Neubourg a la tête bien remplie et le cœur tendre, cette aventure lui donnera cette amertume nécessaire à toute existence ratée. Elle lui offrira un dépucelage grandeur nature de ses sentiments. Lapaque décrit Neubourg comme un inadapté moderne, beaucoup d’hommes se retrouveront dans ce portrait désabusé : « C’était un homme pour qui rien n’était plus beau que de réciter Les Châtiments au cours d’une promenade digestive. C’était un homme d’autrefois dont le plus grand plaisir était de laisser miroiter les reflets d’un vieux cognac Delamain en regardant monter le soir. Hélas, il vivait sous un soleil où personne ne récitait de poésie et traversait des nuits que personne ne contemplait ». Le polar de Lapaque a de nombreuses vertus revigorantes. D’abord, il nous maintient en haleine, l’intrigue est solide, dense, alerte, on suit avec plaisir la descente aux enfers de Neubourg dont la naïveté s’effrite au fil des pages. On se pose les mêmes questions que lui. Où se cache ce Maranges, l’ami pronostiqueur turfiste et maquereau à ses heures perdues ? Est-il toujours vivant ? D’où vient cet argent ? On aime comme lui la figure christique de Marin, cet ancien activiste des barricades qui se souvient avec émotion de ses coups d’éclats, de ses montées tragiques et désespérées devant une rangée de CRS. Et puis, on apprécie la distance de Koenig, ce commissaire partagé entre la douce ironie et le dégoût d’un monde qui empeste. Les flics qui écoutent Léonard Cohen et accrochent une photo de Raymond Aron dans leur bureau nous désarmeront toujours plus que les rouleurs de mécaniques. Sans oublier, Mao, l’amour contrarié de Neubourg, la femme rêvée qu’on n’ose à peine effleurer, qu’on vénère comme une sainte et qui nous trahit comme la première salope. Tragédie antique. Classique. Comme dans tout polar de qualité, Lapaque ne fait pas l’impasse sur une galerie de putains aux corps souples et à l’âme cabossée. L’auteur manie avec brio des passages audiardesques, nous avons droit à un nain crucifié, à une irlandaise aux seins lourds qui récite Blake, à de multiples références historiques, nous voyageons entre Mai 68, la Commune, la Guerre d’Espagne et les Plantagnêts, nous cabotons entre argot et locutions latines, Dieu et un verre de Chinon, la Contrescarpe chère à Hemingway et la laideur des années 80, l’Art de la guerre de Sunzi et Eminence Jaune à huit contre un, la prose de Lapaque est touffue, iconoclaste, rafraichissante et profonde. « Les Barricades mystérieuses » sont enfin un merveilleux cri d’amour à Paris, la ville se transforme, elle a jeté ses splendides guenilles pour séduire le bobo attrape-couillon, alors l’auteur s’émeut de ses derniers vestiges « des places du 20e, les alentours du canal Saint-Martin, les rues secrètes autour de la Butte-aux-Cailles, les coins oubliés par les promoteurs dans le 15e… Il restait à la capitale quelque parure ».

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19 janvier 2012

Quand Belmondo tournait sur du Marceau


Le corps de mon ennemi bande annonce

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14 janvier 2012

Toujours d'actualité...Férocement lucide et follement drôle


JELIOS dialogue Audiard grève management un idiot a Paris

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12 janvier 2012

Actrices millésime 70

 StephaneAudran


Dans toute œuvre ratée, il y a toujours un minuscule rai de lumière. Pas forcément de génie, ni de talent, mais un soupçon de vérité, un parfum évanescent de beauté, quelque chose d’admirable qui tranche avec la vulgarité ambiante. C’est le cas de « Folies Bourgeoises », le film réalisé par Claude Chabrol en 1975. Le réalisateur a déclaré (à maintes reprises) par provocation, esprit cabot et relents potaches que c’était « le plus mauvais film de l’histoire du cinéma (avec Fanny de Joshua Logan et Le Jour et la Nuit de BHL) ajoutant même « c’est épouvantable. En le revoyant, j’ai pleuré de rire. Le splendide dernier plan (que j’avais cru tourner) est pire que le reste ». Méfions-nous de l’analyse rigolarde de Chabrol, l’homme était assez habile pour botter en touche. Cette auto-flagellation était une esquive parmi d’autres. La parade classique des âmes sensibles. Sur le fond, le film est, en effet, déplorable d’invraisemblance, l’intrigue sans queue, ni tête, les acteurs jouent volontairement mal, les dialogues sont inconséquents et l’ensemble déroutant. Est-ce pour autant un supplice ? Oui, pour celui qui s’attend à voir une œuvre construite, agréable à l’œil et solidement arrimée à une réalité sociale. Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsqu’il décrypte et fait exploser les tensions provinciales. La légende veut que ce film ait été réalisé pour flatter Edgar Faure. Le nanar était tiré d’un roman, « Le malheur fou », écrit justement par l’épouse du Président du Conseil. Doit-on se dispenser pour autant de le revoir? Le condamner à l’oubli ? A force d’énoncer tant de mauvaises raisons, Chabrol a fini par donner corps à cet objet cinématographique en le rendant presque captivant. Une mauvaise histoire, de mauvais acteurs, ça sent le film culte à plein tube. Un simple examen confirme cependant le désastre.  Désolant sur toute la ligne. Malgré tout, « Folies Bourgeoises » charme par son décor, ses costumes, ses voitures, son goût pour la littérature et ses actrices. Le thème principal n’est pas comme on le dit souvent la déliquescence d’un couple qui devient zinzin. Ce chassé-croisé loufdingue entre amants et maîtresses n’est qu’un prétexte pour parler d’une seule chose : les doutes d’un écrivain. Son incapacité à écrire, à se renouveler, à obtenir des prix littéraires…En cela, « Folies Bourgeoises » est éminemment siglé « Seventies ». On se rend compte combien le cinéma était à cette époque-là imbriqué dans la littérature. Viendrait-il à l’idée d’un producteur actuel de filmer 90 minutes d’errance, de doute et de création ? Sans cascade réalisée à la palette graphique, sans message fraternel sur l’amour des peuples, sans bons sentiments, sans démagogie bien-pensante ? Impensable. « Folies Bourgeoises » est une plongée abyssale dans la tête des hommes des années 70. Et puis, revoir Paris et sa banlieue sous une tristesse automnale est un ravissement qui serre le cœur. Le gris va si bien à Paris. Quel bonheur d’apercevoir les Quais de Seine, la bonne ville de Meudon, un café où l’on sert du Sauvignon ou du Muscadet, des billards électriques, des hommes cravatés, des femmes en déshabillé de soie, un facteur à motocyclette, une gouvernante à l’accent autrichien, une réceptionniste nymphomane, un éditeur (splendide Jean-Pierre Cassel) dansant sur le trottoir, toutes ces choses ont disparu depuis. Alors oui, « Folies Bourgeoises » est insane mais vous y verrez des voitures oubliées (Excalibur, Audi 50, Alfa Romeo Montréal conduite par un étrange Aznavour, etc…) et un casting où l’on reconnait la patte de l’obsédé sexuel qu’était Chabrol. Des filles que vous n’êtes pas prêt d’apercevoir dans une série télévisée, ni de croiser dans la rue. Le moule a été cassé au tout début des années 80. De la vamp estampillée « démoniaque » : une Stéphane Audran hallucinée notoire, une Sydne Rome plus ingénue que Creezy, une Ann-Margret corrosive sans l’épaisse couche de guimauve Elvis, une Sybil Danning sculpturale playmate de Salzbourg ou encore une Maria Schell sirène viennoise comique.  Juste pour la présence de ces six filles, « Folies Bourgeoises » mérite un visionnage attentif et au final, assez plaisant.

 Excalibur

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10 janvier 2012

Physiologie du break

 

 LeCavaleur

 La supériorité esthétique, culturelle et politique du break sur la berline, le coupé ou le cabriolet ne fait aucun doute. Les lignes du break sont tout simplement plus harmonieuses, c’est une loi immuable du design industriel. Le tombé du toit, le porte-à-faux, les espaces intermédiaires mieux comblés, l’assise, le break possède en fait toutes les caractéristiques physiques de la forme pleine, du corps parfait et de la nature bien plantée. Avez-vous déjà observé une berline tricorps de profil ? Il lui manque quelque chose, n’est-ce pas ? Ce coffre qui se balade comme une pièce rapportée à l’arrière, quelle faute de goût ! Quelle indécence ! Rien de moins qu’une atroce verrue qu’on n’arriverait pas à brûler. Et ce cabriolet à qui on a amputé la partie supérieure, ridicule et démagogique, non ? Comme s’il fallait se dévêtir pour séduire, le top less a beaucoup perdu de son attrait depuis l’été 1969 à Cogolin. Les constructeurs d’automobiles sont d’irrémédiables puceaux, ils pensent et agissent comme des tenanciers de peep-show. En réalité, ils sont persuadés qu’en maquillant à outrance leurs véhicules ou en les déshabillant à la hussarde, ils feront bander l’acheteur. Sinistre erreur. L’acheteur est un être sensible, délicat qui doit croire au pouvoir émotionnel de sa voiture, il doit sentir instinctivement que cette automobile (qui lui a coûté la bagatelle de plusieurs mois de salaire) l’accompagnera, le guidera et, peut-être même, le sublimera. Au volant d’un cabriolet, il aura toujours l’air d’un maquereau, et dans une berline, d’un père de famille quelconque. Dans un break, par contre, il change le regard des autres et son champ d’action. C’était auparavant un inconnu parmi la foule des automobilistes, le break lui (re)donne sa chance dans les rapports amoureux. Précisons avant tout que le break est une machine exclusivement masculine comme les boots à lacets, les demi-bas et les chemises à col boutonné. Le break est le plus puissant aphrodisiaque que je connaisse, la martingale imparable pour les célibataires en manque de conquêtes, l’allié indispensable pour forcer le cœur des femmes. Pour les lourdauds qui en seraient encore aux cabriolets venteux ou aux coupés sportifs, nous leur conseillons vivement de changer de monture car le break exerce un réel pouvoir sur la gent féminine. A la fois, il rassure, excite la curiosité et joue la carte de la différence, ces trois atouts résumés par : confiance, transgression et séduction. A partir de ces trois axes fondamentaux, les plus habiles stratèges en marketing peuvent tout vous vendre. Mais le break possède en plus quelque chose qui ne s’achète pas et que les meilleurs faiseurs n’arriveront jamais à copier, il a une âme. Cette âme désinvolte et bourgeoise, il la doit au cinéma des années 70. Les années 50 ont vanté les grosses américaines, les années 60, les découvrables italiennes et les roadsters anglais mais à partir des années 70, les réalisateurs ont choisi le break pour exprimer une contradiction fondamentale. Le besoin de se retrouver dans un endroit hermétique, chaud et convivial qui ne serait pas le carcan de la maison, forcément réactionnaire et liberticide. A cette époque-là, la famille n’était pas au meilleur de sa forme, on avait tendance à vouloir la quitter rapidement pour s’émanciper et faire sa vie, si possible dans une voie complètement opposée à celle de ses parents. Le break incarnait alors cet idéal de liberté et, en même temps, paradoxe freudien, de cocon. Avec un cabriolet, vous coupiez vos attaches, vous disiez à votre père, tu n’étais qu’un ringard, tu conduisais ta berline pépère, maintenant moi, je suis un homme, un vrai, je roule cheveux au vent, attitude puérile et abêtissante. D’une façon plus subtile, ceux qui adoptaient le break, avaient l’impression légitime d’être des rebelles (ils ne tombaient pas tout cru dans les filets de la société de consommation qui veut que la dernière nouveauté fasse de vous un homme neuf) sans pour autant rompre avec leurs propres racines. Deux films illustrent parfaitement cette ambivalence. Dans « Le Cavaleur » de Philippe de Broca sorti en 1979, Jean Rochefort interprète un concertiste qui papillonne entre ses nombreuses conquêtes et ses épouses successives. Le film mérite d’être revu comme un document d’époque, d’une grande sensibilité et d’une nostalgie réjouissante, tout d’abord pour le casting des actrices, Nicole Garcia, Annie Girardot, Danielle Darrieux, Catherine Alric ou l’éphémère et non moins désirable, Catherine Leprince. Et puis aussi, pour la couleur sépia de cette ville de province éternelle, cette quincaillerie bretonne par exemple, ce jardin public ou cette salle de concert municipale où le maître distille ses cours à un élève atrocement doué, mais également pour cette façon dont Rochefort jette son imperméable sur son épaule, de la Place des Victoires au petit matin et surtout du break Volvo 145 que conduit le personnage principal. Un break majestueux, cabossé, bruyant, émouvant comme un roi déchu. Ce break n’est pas là par hasard, métaphore de la liberté, du désir jamais assouvi de découvrir encore d’autres corps et pourtant, émanation puissante du bonheur familial, de la voix douce et profonde de Nicole Garcia, cette épouse dont on attend éperdument le retour. Trois ans plus tôt, en 1976, Alain Cavalier dans « Le Plein de Super » avait déjà utilisé un break, cette fois-ci américain, une imposante Chevrolet qui traverse la France du Nord au Sud. A l’intérieur, quatre jeunes hommes, quatre solitudes touchées par la grâce de l’amitié. Au-delà du portrait attachant d’une génération, on y découvre quatre actrices splendides de sincérité et de sensualité, Nathalie Baye, Béatrice Agenin, Catherine Meurisse et la trop tôt disparue Valérie Quennessen. Le break chez De Broca ou Cavalier révèle les hommes, les rend moins cons, moins sûrs d’eux tout en leur accordant cette touche de narcissisme qui fait tout leur charme. Donc, vous savez ce qui vous reste à faire ? Le break est assurément l’avenir de l’Homme.

 

LePleindeSuper

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05 janvier 2012

L’amour bourgeois

 Mufle

Neuhoff a toutes les qualités des bourgeois. Les bourgeois d’avant, ceux des années 70, qui lisaient de la poésie à la veillée, s’habillaient chez Old England, roulaient en Jaguar XJ6 marron glacé et partaient en vacances à Cadaquès dans une villa retirée de la frénésie estivale. Ces bourgeois-là nous paraissent aujourd’hui d’un exotisme fou et d’une rare élégance. On est même tenté de s’interroger : ont-ils réellement existé ? Ou n’était-ce qu’un mirage des Trente Glorieuses ? Ils ont été remplacés depuis par d’affreux affairistes qui sentent la friture et ressemblent à des animateurs télé. Vulgarité à tous les étages. « Mufle », le dernier roman de Neuhoff a le charme inouï de ressusciter ce monde enfoui qui, entre la rue de Grenelle et le Luxembourg (le Luco pour les intimes), vit ses derniers soubresauts. Neuhoff parle de ce qu’il connaît bien, des palaces, des écrivains morts, des Stones, du cinéma La Pagode, des boissons fortes et des femmes. Ce n’est pas le genre voyeuriste à nous plonger dans la misère sociale du Havre ou de Calais et à s’en pourlécher les babines pour gagner un bon papier dans les Inrocks ou Télérama. Neuhoff ne court pas après les bons points. Il sait d’avance qu’on jugera son roman léger, inconséquent, qu’on raillera ses sempiternelles tribulations amoureuses des beaux quartiers et qu’on le discréditera avant même de l’avoir lu. Il s’en moque éperdument. Il a plus de goût que de tact. La critique bien-pensante n’aura jamais rien compris à cet ex-néo-hussard qui préfère les chroniques douillettes de Madame Figaro aux combats d’arrière-garde. « Mufle », c’est une histoire d’amour qui finit mal. Un cas d’école. Une passion qui démarre sur les chapeaux de roue et qui se termine dans les eaux boueuses de l’aigreur. Nous aimons Neuhoff pour son style brillant, ses fulgurances, cette petite musique où le temps passe inexorablement sur ses personnages et sur la vie. C’est doux, chaud, violent comme un orage d’été. On est à la fois du côté de Sagan, de Fitzgerald, de Chabrol et comment ne pas penser à Drieu. Le héros de Neuhoff a des manies qu’Alain, le Feu follet, si magistralement interprété par Maurice Ronet ne renierait pas. Même fatigue, mêmes désillusions, même envie d’en finir. Les phrases courtes de Neuhoff pétillent, explosent comme des bulles de champagne. Elles enivrent. Si on peut résumer le livre en une phrase « ma maîtresse a un amant », on est loin du comique de boulevard. Les portes ne claquent pas. Les portes sont grandes ouvertes sur des âmes desséchées. Un amour perdu, une trahison infâme, un cataclysme intime qui gèlent les cœurs. Après « Pension alimentaire » paru en 2007 où l’écrivain racontait le divorce et l’impossibilité morale et physique de voir ses propres enfants élevés par un détestable pubard, Neuhoff continue sa plongée dans la vie privée des bourgeois. Quelle est la part autobiographique dans son œuvre ? La couverture indique « roman ». Mais précautions d’usage, nous conseillons aux amies ou futures amies de Neuhoff de bien se comporter avec lui sous peine de prendre en pleine poire deux cents pages de férocité amoureuse. Arnaud Le Guern a très justement qualifié « Mufle » de livre classieux. Ce qualificatif lui va à ravir. Il y a bien peu de choses classieuses à notre époque. « Mufle » l’est dans sa description délicate et brutale des femmes. Comme Truffaut, Neuhoff a une fascination toute bourgeoise pour les jambes. Souvenirs d’enfance certainement de cousines qui se baignent dans la Méditerranée, qui montent en amazone un cheval fougueux ou qui tapent la balle sur un court de terre battue. « Il n’aurait jamais pu s’attacher à une fille aux poteaux cylindriques. Il lui fallait du fuselé, des attaches de précision » déclare le héros de Neuhoff. Truffaut, par la voix de Charles Denner, considérait que « les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens lui donnant son équilibre et son harmonie ». Si vous vous voulez savoir à quoi ressemble le dernier romantique du VIIème arrondissement, lisez donc « Mufle » !  

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04 janvier 2012

Adieu donc 1974 et salut à toi 1975

 
EMMANUELLE ♥♥- PIERRE BACHELET ♥♥- Ouverture-Fermeture Theme♥♥

Adieu donc 1974…année foutraque…année pétrolifère…un Président bouffi d’orgueil en remplace un autre gonflé à la cortisone…L’un citait Eluard dans ses conférences de presse, l’autre joue de l’accordéon et se fait photographier en slip de bain par Paris-Match…Il aime Mozart, Maupassant, les œufs brouillés et les myosotis …Il aime aussi les actrices à taches de rousseur, les speakerines auvergnates, les éboueurs au petit matin et la démagogie galopante d’un monde qui vacille…Joli programme en perspective…Majorité à 18 ans et atmosphère d’ancien régime à l’Elysée…année érotique également…une ingénue hollandaise se déshabille sur grand écran sur une musique de Pierre Bachelet…Mélodie d’amour chante le corps d’Emmanuelle…BB n’a rien perdu de son sex-appeal…Elle pose seins nus dans « Elle »…Elle vient juste d’avoir 40 ans et tire sa révérence au cinéma…Et dieu créa une icône…La tendance était pourtant, cette saison-là, aux deux pièces en polyamide brillant…Les sous-vêtements seront dorénavant coupés comme des maillots de bain…C’est l’hebdomadaire féminin de référence qui le dit…Il annonce même que « black is beautiful » en faisant poser cinq mannequins noirs…Grace Jones défile dans un manteau orange signé Courrèges…un gros nœud lui cache pudiquement les seins…Courrèges habillera bientôt de blanc la Matra Bagheera…Aux 24 Heures, c’est une Matra bleue aux couleurs Gitanes qui l’emporte…Dans le ciel, un dirigeable Goodyear survole la piste et observe cet étonnant ballet de bobs Ricard…Dans la rue, les filles portent volontiers des pulls longs en grosse laine…Elles veulent surtout la liberté comme Isabelle Adjani dans La Gifle…Elles crient, elles pleurent, elles rient…Elles sont terriblement vivantes…Leur père ressemble à Lino Ventura, leur mère à Annie Girardot et leur belle-mère à l’émouvante Nicole Courcel…Sur la croisette, Marie-France Pisier commente un film de Rivette en fumant…Les garçons enregistrent sa voix sur leur magnétophone et se la repassent en boucle les soirs de cafard…Belmondo l’a mauvaise…La critique ne l’a pas aimé dans Stavisky…Il avait de l’allure dans la peau du beau Sacha…Et lorsqu’Annie Duperey déployait ses longues jambes sur la plage de Biarritz…Resnais avait du talent…Ettore Scola s’est transformé en professeur d’histoire dans Nous nous sommes tant aimés…Durant deux heures, l’Italie des trente dernières années déroule son cortège de misère, de joie et de grandeur…Nous sommes tous tombés amoureux de Stefania Sandrelli…Kojak et L’homme qui valait trois milliards affolent le petit écran américain…Ils n’ont pas encore débarqué chez nous…L’homme de demain sera chauve ou bionique…Un soir, Zitrone nous a annoncé la mort de Joe Dassin dans un restaurant de Papeete…Le présentateur a précisé que le chanteur avait obtenu un diplôme d’ethnologie à l’Université du Michigan et qu’il préparait une comédie musicale qui ne verra jamais le jour…Dans l’émission « Ouvrez les guillemets », le magazine des livres et des idées, Pivot a reçu du lourd en février…Hubert Beuve-Méry, Roland Barthes, André Castellot et…René Fallet, moustache touffue et accent du bourbonnais en héritage est venu vendre son dernier roman « Ersatz » où il est question de la résurrection d’Hitler…Selon, le romancier, le fou peignant ne serait pas mort…Pivot semble guère goûter l’humour de l’écrivain…Surtout au moment où Soljenitsyne a publié les deux premiers tomes de L’Archipel du Goulag…où Malraux, toujours aussi inspiré, a soutenu Chaban…Et où A.D.G a déclaré Je suis un roman noir…A Noël, les enfants ont commandé une grue Joustra, cette nouvelle poupée venue d’Amérique fabriquée par Mattel qui s’appelle Big Jim, un train électrique Jouef et des Majorette par milliers…Pour la soirée du réveillon, mes amis et moi avons préféré suivre La leçon d’érotisme du Crazy…Salut à toi 1975. 

 Stefania

Posté par belmondo à 17:18 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]