Le blog de Joss Beaumont

09 mai 2016

Sortie en septembre

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05 mars 2015

En librairie le 26 mars

TractMémoiresJossBEditionsRocher

CouvertureLeRocher

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13 octobre 2013

Maigret se met à table !

MaigretBrunoCremer

Les recettes du Commissaire sur le gril  

Les livres de cuisine font florès avant la Noël. Depuis que les chefs se sont reconvertis en animateurs télé, ils soliloquent dans le poste, ils paradent aux avant-premières et ils publient à tour de bras. Ce n’est plus cauchemar en cuisine mais indigestion en librairie. Etrange paradoxe dans une France qui n’a jamais aussi mal mangé, on n’en finit plus de vanter, sur les ondes, une gastronomie moribonde. Tous ces beaux livres qui font appel aux meilleurs photographes, embaumeurs émérites, manquent cruellement d’appétit. Les mets prennent la pose avec autant de naturel qu’une stripteaseuse feint le désir. Dans cette débauche esthétique, les vrais gourmands sont à la diète. La petite vermillon vient secouer les casseroles en rééditant (poche) « Simenon et Maigret passent à table », un ouvrage qui redonne corps à des plats robustes, ces classiques de la cuisine familiale qui font toujours autant saliver. La maison d’édition a choisi comme maître d’hôtel, Robert Courtine (1910-1998) qui a tenu pendant quarante ans la chronique gastronomique du Monde. Il sait mieux que quiconque nous mettre l’eau à la bouche. Avec lui, pas de fusion, d’audace, de performance culinaire, ces excentricités qui épatent le gogo, mais un retour aux valeurs, au terroir et aux plats de l’enfance. Pour nous appâter, Courtine a choisi d’ouvrir le livre de recettes de Mme Maigret, la gironde épouse du commissaire, la grande prêtresse alsacienne des fourneaux du 130, boulevard Richard-Lenoir, l’antre de l’ogre. Au 36, quai des Orfèvres, il y a toujours eu une solide tradition du bon coup de fourchette. En inventant le personnage de Maigret, Georges Simenon a surtout laissé parler son ventre. Il a fait partager ses goûts au policier à la pipe. Dans son avant-propos, Sébastien Lapaque rappelle que les bonnes recettes de Mme Maigret « ce sont les bonnes recettes de l’enfance liégeoise de Simenon : soupe à l’oignon, potée lorraine, moules-frites, macaronis gratinés, œufs au lait, crêpes et surtout tarte au riz ». Simenon, l’ami de Curnonsky, le prince des gastronomes, se serait damné pour un bœuf rôti à la bordelaise ou une poule au pot. Celui qui organisa le Bal anthropométrique à la Boule Blanche, rue Vavin, en février 1931 et invita le tout-Paris (Derain, Colette, Carco, Lazareff, Kiki de Montparnasse, Suzy Solidor, etc…) pour lancer sa série policière avait une attirance filiale pour les plats de sa Belgique natale. Au fil des années, Simenon et son double Maigret ont sillonné la France des bistrots, des auberges, chantant ainsi un véritable hymne à nos plats régionaux. Sébastien Lapaque, toujours aussi inspiré, met en avant les quatre points cardinaux de cette cuisine populaire : « la bouillabaisse –devenue son plat préféré après un premier séjour à Porquerolles en 1933-, la choucroute, le cassoulet et la garbure ». Les amateurs de faux exotisme, de mélanges improbables et de saveurs indéfinies peuvent laisser leur place. A la table de Maigret et/ou de Simenon, on mange avec plaisir en communiant avec le passé, on ne chipote pas, on coupe, on mâche, on s’évade. Il n’y a rien de pire qu’un homme et une femme qui mangent avec parcimonie, une calculette à calories dans la tête, c’est un manque évident de savoir-vivre. Courtine a donc recensé toutes les affinités culinaires du Commissaire (soupes et potages, entrées, œufs, sauces, crustacés et coquillages, poissons, gibier et volaille, abats, viandes, légumes et desserts), il en donne les recettes et même les accompagnements. Il conseille ainsi de boire une bière blonde à la pression avec une soupe à l’oignon gratinée, un Vouvray sec avec une omelette aux fines herbes, un Ménetou-Salon avec une friture de goujons ou un Riesling avec des escargots à l’alsacienne. Ce livre de recettes est succulent d’inventions et de poésie. Certains mots nous font même chavirer (pintadeau en croûte, perdreaux au chou, fricandeau à l’oseille, tarte au riz ou l’énigmatique épaule de mouton farcie bonne femme). Bon appétit !

 

Simenon et Maigret passent à table de Courtine – la petite vermillon

             

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11 octobre 2013

L'Histoire naturelle, un sujet littéraire

JardindesPlantes

Quand les écrivains dissèquent le Jardin des Plantes

Les jardins m’ennuient. Pire, ils me désolent. Si chez certains, ils évoquent la nature resplendissante, la volte-face des saisons ou le miracle de la Terre, chez moi, ils me rappellent trop de mauvais souvenirs. Trop de poussives visites à travers l’Europe, à la découverte de jardins botaniques et exotiques, littéralement tiré, tracté par mes parents que ce spectacle ravissait. Ils ne m’auront épargné aucun parc, aucun paysagiste, aucune vente d’espèces rares, j’entends encore mon père égrener une litanie de noms de plantes en latin à l’heure du dîner. J’en fais parfois des cauchemars à presque quarante ans. L’horticulture n’aura pas réussi à germer dans ma tête de pioche. Dès l’âge de huit ans, je sus que la nature me serait à jamais hostile. Un échec de plus dans mon éducation laborieuse. Les années ont passé. Mon père, grand spécialiste des plantes vivaces, a délaissé quelque peu le jardin d’ornement pour une nouvelle passion : le potager et ses « obscures » variétés. La bibliothèque familiale déborde toujours autant d’ouvrages savants sur le sujet et moi, je suis l’éternel ignare, ne faisant pas la différence entre un cerisier du Japon et un pied de tomates. Mon inculture jardinière que l’on croyait incurable vient pourtant de connaître un heureux revirement. Je me suis régalé à la lecture des « Bonnes feuilles du Jardin des Plantes », une anthologie présentée par Philippe Taquet, membre de l’Institut, qui court de Jean-Jacques Rousseau à Claude Simon. Je ne sais si c’est la splendide couverture verdoyante, sa maquette aérée ou le choix judicieux des auteurs qui m’ont captivé, mais assurément, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Jusqu’alors, le Jardin des Plantes indiquait pour tout natif du Berry, son arrivée à Paris et la vision quelque peu effrayante d’un Mammouth dans le prolongement de la Gare d’Austerlitz. Rien de très engageant. Ce recueil de textes commentés s’intéresse en fait autant aux allées du Jardin qu’aux arcanes du Muséum national d’Histoire naturelle. Il y est autant question des carrés de la perspective (480 mètres sur 2,5 hectares) bordés par des platanes que de la Ménagerie, des Galeries ou des illustres scientifiques qui ont fait le renommée du lieu et, par ricochet, celle de la France. Ce jardin royal des plantes médicinales créé sous Louis XIII va devenir au XVIIIème siècle un haut-lieu scientifique à la gloire de Buffon, Cuvier, Jussieu, Lamarck et Bernardin de Saint-Pierre. Cette anthologie dévoile une autre facette du Jardin, celle d’une terre d’inspiration pour bon nombre d’artistes et de philosophes. Sur cet espace fertile à l’imaginaire, aux souvenirs et aux émotions, les écrivains ont posé leur plume. Victor Hugo vantait le génie de Buffon dans son poème du Jardin des Plantes et invitait son petit-fils, Georges, à venir voir la ménagerie. Un voyage intra-muros des plus déroutants : « Sans sortir de Lutèce, allons en Assyrie, Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou ». Balzac honorait Cuvier en se demandant s’il n’était pas « le plus grand poète de notre siècle ? ». Les témoignages d’Alfred de Musset, Jules Verne, Rousseau, Proust, Zola ou Sainte-Beuve redonnent des couleurs à cet endroit. Barbey d’Aurevilly, dans sa nouvelle « Le Bonheur dans le crime », comparait la rivalité entre une élégante visiteuse et une panthère. Dans ce face-à-face, « la formidable bête outragée avait rouvert les yeux, affreusement dilatés, et ses naseaux, froncés vibraient encore… » écrit-il. Léon-Paul Fargue, l’infatigable piéton, s’extasiait dans la galerie de la paléontologie : « Moi et quelques autres nous restons là, devant le Diplodocus, à rêver à la taille des herbes qu’il foulait, à la quantité de l’oxygène tout frais dont il se gonflait comme un zeppelin ». Jacques Perret se faisait botaniste : « Nous avons là l’espace vert le plus intensément botanique, le plus pittoresque et précieux de tout Paris sinon le plus secret car il est dans son ravin à la merci des regards plongeants ». Alexandre Vialatte confirmait cet engouement qualifiant le jardin des Plantes de « musée du monde » et de « boudoir de l’histoire naturelle ».

Papa, c’est promis, ce week-end, je visite le Jardin des Plantes !    

 

Les Bonnes feuilles du Jardin des Plantes – De Jean-Jacques Rousseau à Claude Simon – Une anthologie par Philippe Taquet, membre de l’Institut en collaboration avec Geneviève Boulinier et Anne-Roussel-Versini – Editions Artlys

 

 

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03 octobre 2013

Fric-frac au Louvre

Joconde

  

Le  vol de la Joconde en 1911, une affaire d’état ! 

Que s’est-il passé le 21 août 1911 à 7 h 00 du matin au musée du Louvre ? Un événement qui transforma à jamais le sourire énigmatique d’une italienne du XVIème siècle en tableau le plus recherché du monde. Jean-Yves Le Naour raconte dans un passionnant document le vol de la Joconde qu’il qualifie de « cambriolage le plus extravagant du XXème siècle ! ». Ce document historique vaut surtout pour la description d’époque, les pistes folles suivies par la Police, l’amateurisme de certains hauts fonctionnaires et le sentiment d’improvisation générale qui régna autour de la plus célèbre œuvre de Léonard de Vinci. Sur 150 pages, Le Naour rappelle que ce vol était plus que prévisible. Dès 1906, la presse s’était fait l’écho de nombreux vols perpétrés dans la quasi-indifférence. Au-delà d’une administration défaillante, des batailles d’égo entre conservateurs ou du manque de personnel, la sécurité des collections était largement déficiente dans cette auguste maison. D’autres musées, comme la National Gallery à Londres, avaient déjà trouvé, à l’époque, des parades pour protéger plus efficacement leurs trésors « nationaux ». La porosité du système de sécurité comme dirait aujourd’hui un technocrate bruxellois était devenue un sujet de railleries populaires. Un livre policier d’anticipation paru au Danemark en 1909 avait même prédit ce vol. Prémonition ou simple constat de légèreté ? Il va s’en dire que les personnes concernées par ce dossier avaient beaucoup ri comme si un tel méfait était impossible. Vous imaginez vraiment qu’une peinture sur panneau de bois de 77 cm sur 53 dont les gardiens connaissent l’incommensurable valeur pourrait être dérobée ? Ce déni de réalité et cet aveuglement ne sont pas sans résonnance sur l’attitude de nos dirigeants actuels. Face à la recrudescence de petits larcins ou simplement d’objets déplacés, le Louvre avait tout de même décidé d’apposer des vitres de protection devant les tableaux ce qui ne manqua pas d’irriter les visiteurs. Le facétieux journaliste Roland Dorgelès, figure montmartroise, fit même scandale en se rasant devant ses miroirs de façade qui cachaient, selon lui, les reflets et subtilités de la peinture originale. On s’amusait beaucoup en ce temps-là. Les quotidiens avaient le goût du canular et les lecteurs raffolaient de ces grossiers faits-divers qui mettent en évidence la fatuité des puissants. Sauf que l’impensable arriva. C’est Louis Béroud, un disciple du peintre Bonnat qui, le premier, donna l’alerte. Il s’inquiéta de voir quatre malheureux clous en lieu et place de Mona Lisa dans le salon Carré. On lui dit que le tableau était certainement au laboratoire de reproduction photographique. Il allait revenir très vite, c’était l'histoire d’une demi-heure. La Joconde ne revînt que 28 mois plus tard, en décembre 1913 ! Entre-temps, Le Naour revient en détail sur cette enquête. Où se trouve ce portrait peint par Léonard et racheté par François 1er pour 4 000 écus ? Tout l’appareil gouvernemental est mobilisé, du ministre de l’Instruction Publique en passant par le sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts, le préfet Lépine, le chef de la Sureté et même Bertillon, l’inventeur de la police scientifique, qui compile près de 200 empreintes digitales pour les besoins de son enquête ! Le président du conseil Caillaux en personne demande que ce couac cesse. Une escouade d’inspecteurs et près de 100 gendarmes vont ratisser le Louvre avec…une journée de retard sur le voleur. Au début, la presse se gausse, abuse des jeux de mots en appelant le juge chargé de l’affaire « le marri de la Joconde » puis Le Naour explique le tournant politique. Une partie de l’opinion fustige alors l’immobilisme de la fonction publique, la fainéantise des gardiens, la gratuité des musées, puis on passe au niveau supérieur, la piste allemande, l’anti-américanisme pour en arriver à l’inévitable complot juif. La chasse au bouc-émissaire est lancée. On incarcère même Apollinaire (ce qui donne un très bon passage sur les séquelles de cette arrestation sur la santé psychique du poète), on interroge Picasso, puis finalement, on retrouve le tableau en Italie. Ce livre se lit comme un polar et fait de cette affaire vieille d’un siècle qui permit notamment de sceller à bon compte une amitié franco-italienne mise à mal par la colonisation tunisienne, un sujet d’actualité aux ressorts florentins.

 

Qui a volé la Joconde ? de Jean-Yves Le Naour – éditions Vendémiaire

 

           

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02 octobre 2013

Souvenirs mécaniques

Alexandra

 

Duel Lauda/ Hunt sur grand écran

Allergiques au talon-pointe, aux montées en régime, à l’odeur d’huile de ricin, passez votre chemin ! « Rush », le dernier film de Ron Howard (en salles depuis le 25 septembre) n’est pas éco-compatible et n’a reçu aucune certification du GIEC. Adeptes du vélib’, rangez-vous sur le bas-côté car « Rush » est 100 % polluant ! Il déboule sur les écrans avec la force et la virtuosité d’un V12 accordé par les mélomanes de Maranello. Ces mécanos-là sont les meilleurs mélodistes au monde. Qui n’a jamais goûté à ces envolées lyriques et ténébreuses ne connaît rien de la béatitude. Pour certains hommes, il y a plus érogène qu’une strophe de Rimbaud ou les épaules dénudées d’une femme mariée. Les plaisirs mécaniques sont insondables. Alors, quand un film énergivore en carburant, politiquement incorrect qui déshabille les filles et fait accélérer les hommes, arrive sur nos écrans, j’accours ! Même s’il ne peut décrire qu’une époque lointaine : les années 70. Ron Howard revient sur le duel qui opposa James Hunt, le britannique flamboyant à Niki Lauda, l’autrichien taciturne, durant la saison 1976 du Championnat du monde de Formule 1. Dit comme ça, beaucoup d’entre vous pourraient, en fait, décrocher. Des excités de la boîte de vitesses qui tournent en rond, c’est pathétique, infantile, dépassé, misogyne ! En êtes-vous vraiment sûr ? De la compétition automobile, on ne retient aujourd’hui que des histoires absurdes de sponsoring et de  droits télé. Entre excès de testostérone et gros sous, le sport automobile n'a plus la cote auprès du public. Il sert à peine les intérêts économiques des constructeurs qui veulent motoriser des régions de la planète pas encore converties aux vertus du moteur à explosion. Le réalisateur américain qui, restera à jamais pour les téléphages français Richie Cunningham de la série Happy Days, s’est souvenu d’un temps où les circuits étaient une scène de théâtre. Chaque dimanche, les pilotes rejouaient Racine. Le 1er août 1976, Lauda, champion en titre, est victime d’un terrible accident au Nürburgring, sa voiture prend feu, il s’en sort miraculeusement, le visage brûlé, les poumons remplis d’essence, le 12 septembre de la même année, il renfile sa combinaison et prend le départ du Grand Prix d’Italie. Ron Howard a braqué sa caméra sur cette période où les chevaliers de la F1 tutoyaient les dieux de la vitesse. Au cours des années 70, les week-ends se révélaient souvent meurtriers. Piers Courage à Zandvoort, Jochen Rindt à Monza ou notre héros national, le charismatique François Cevert durant les qualifications du Grand Prix des Etats-Unis, perdirent la vie au volant de leur monoplace. Chaque année, la piste avalait les hommes. La foule cannibale en redemandait. Hunt et Lauda, par leur caractère et leur style antagonistes, incarnaient cette folie-là. Deux pilotes de légende, une tête-à-claques flamboyante et un metteur au point de génie. Hollywood aime les grosses ficelles. La subtilité n’est pas toujours au rendez-vous. C’est manichéen, brutal, la musique (trop) forte couvre le bruit des moteurs et l’image est parfois criarde. Malgré ces défauts inhérents aux films d’action, une débauche d’énergie, une saturation des couleurs et une psychologie de bazar, on reste sur son siège baquet. Oui, les deux acteurs en font des tonnes. Chris Hemsworth (Hunt) campe un pilote rapide, agressif, bagarreur, baiseur et frénétique. Daniel Brühl (Lauda) joue sur la réserve, mutique, économe de ses gestes et paroles. A l’arrivée, ils forment un duo très plaisant à regarder. Ron Howard a presque mieux réussi les scènes d’amour, d’ambiance, tous les extérieurs que les confrontations sur la piste elle-même. Les nostalgiques aimeront revoir les somptueuses McLaren, Ferrari, Tyrrell et autres Ligier du milieu des années 70. Et puis, comment oublier des noms aussi chantants que Clay Regazzoni, Emerson Fittipaldi ou Mario Andretti ? Mention spéciale aux épouses de pilotes. Olivia Wilde, l’éternel Numéro 13 de Dr House, interprète Suzy, la compagne de Hunt, cette comédienne est formidable dans les rôles d’amoureuses trahies. Le désamour l’habille à merveille. Quant à la révélation de ce film, Alexandra Maria Lara (Marlene Lauda), elle possède une classe naturelle, une distinction à l’ancienne, un charme fou. A voir autant pour le spectacle pyrotechnique que pour cette liberté surannée, vestige des Seventies.

 

       

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11 septembre 2013

Un 8ème shoot de Schnock

 

Schnock

A quoi reconnaît-on une bonne revue ? Des sujets décalés, un ton caustique, une maquette originale et ce parfum de légèreté qui manque tant à la presse française. Comme le répétait en boucle Céline, qu’ils sont lourds, oui, qu’ils sont lourds ces éditeurs à compiler les mêmes enquêtes sans fond et sans style. De nos jours, les articles ont vocation à habiller les publicités. Les annonceurs sont déjà bien gentils de concéder à l’écrit, le gris comme l’appelaient les anciens journalistes, quelques cases protégées. Les mêmes espaces que l’on réserve aux animaux sauvages ou aux fleurs exotiques. Bientôt, nous ouvrirons un magazine comme on visite un parc national. On dira aux enfants :

-Regarde, là, petit, dans ce magma d’images, il  y a une légende

-C’est quoi une légende, papa ?

-C’étaient des mots, fiston…

Le gris apparait parfois à la suite d’un long tunnel publicitaire d’une vingtaine de pages (voir les féminins de la rentrée et le célèbrissime September Issue bourré de réclame). Il étouffe le gris. Il se meurt le gris. Nous ne sommes plus de grands naïfs, ça fait belle lurette qu’un magazine n’a plus pour vocation principale d’informer ou divertir mais de vendre des babioles. Alors quand on tombe sur le nouveau numéro de Schnock, 8ème du nom, dédié en partie à Pierre Richard, on se sent revivre. Ils l’ont fait. On loue cette énergie venue de très loin, cette intelligence du sujet, cette dinguerie en provenance directe des années pompidogiscardiennes, du vintage patiné façon linoleum et de l’émotion imbibée au Dubonnet. On a aimé les sept précédents opus consacrés notamment à Jean-Pierre Marielle, Jean Yanne, Amanda Lear ou Gainsbourg. Ce huitième numéro de La revue des Vieux de 27 à 87 ans est tout simplement jubilatoire. On est presque ému. On en pleurerait tellement c’est bon. Habitués à tant de médiocrité, de crétinerie et de vulgarité, les lecteurs se croyaient abandonnés. Personne ne pensait plus à nous. Le monde de la presse était-il devenu aussi froid, cosmétique et illusoire qu’un trader shooté aux courbes de la bourse ? Schnock nous apporte cette bouffée de nostalgie nécessaire à notre survie. On aimerait que la revue sorte tous les mois, toutes les semaines. Après avoir pris une dose de Schnock, on plane, on voit des R16 dans la rue, des acteurs qui ne jouent pas les VRP sur les plateaux télé, des écrivains qui savent écrire, des chanteuses qui chantent juste et surtout on ne se prend pas au sérieux. Pour vous donner envie de courir chez votre marchand de journaux, je préfère vous susurrer des mots tendres, en l’occurrence, des noms que vous trouverez à l’intérieur de cette 8ème édition. Si le bonbon Stoptou, Vladimir Cosma, le magazine Absolu, Téléchat (Groucha et Lola), Mort Shuman, Anne-Marie Peysson, ou Auguste Le Breton ne vous disent rien, passez votre chemin. Vous n’êtes pas un vrai Schnock !  

Schnock - Numéro 8 - La Tengo Editions 

    

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10 septembre 2013

Chabrol en roue libre

 

StephaneAudran

Folies Bourgeoises, vrai nanar ou faux navet ?

Dans toute œuvre ratée, il y a toujours un minuscule rai de lumière. Pas forcément de génie, ni de talent, mais un soupçon de vérité, un parfum évanescent de beauté, quelque chose d’admirable qui tranche avec la vulgarité ambiante. C’est le cas de « Folies Bourgeoises » réalisé par Claude Chabrol en 1975. Par provocation, esprit cabot et relents potaches, Chabrol a déclaré que c’était « le plus mauvais film de l’histoire du cinéma (avec Fanny de Joshua Logan et Le Jour et la Nuit de BHL) ajoutant même « c’est épouvantable. En le revoyant, j’ai pleuré de rire. Le splendide dernier plan (que j’avais cru tourner) est pire que le reste ». Méfions-nous de l’analyse rigolarde de Chabrol, l’homme était assez habile pour botter en touche. Cette auto-flagellation était-elle une esquive parmi d’autres ? Sur le fond, le film est, en effet, déplorable d’invraisemblance, l’intrigue sans queue, ni tête, les acteurs jouent volontairement mal, les dialogues sont inconséquents et l’ensemble déroutant. Est-ce pour autant un supplice ? Oui, pour celui qui s’attend à voir une œuvre construite, agréable à l’œil et solidement arrimée à une réalité sociale. Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsqu’il décrypte et fait exploser les tensions provinciales. La légende veut que ce film ait été réalisé pour flatter Edgar Faure. Le nanar était tiré d’un roman, « Le malheur fou », écrit justement par l’épouse du Président du Conseil. Doit-on se dispenser pour autant de le revoir? Le condamner à l’oubli ? A force d’énoncer tant de mauvaises raisons, Chabrol a fini par donner corps à cet objet cinématographique en le rendant presque captivant. Une mauvaise histoire, de mauvais acteurs, ça sent le film culte à plein tube. Un simple examen confirme cependant le désastre. Désolant sur toute la ligne mais… « Folies Bourgeoises » charme par son décor, ses costumes, ses voitures, son goût pour la littérature et ses actrices. Le thème principal n’est pas comme on le dit souvent la déliquescence d’un couple qui devient zinzin. Ce chassé-croisé loufdingue entre amants et maîtresses n’est qu’un prétexte pour parler d’une seule chose : les doutes d’un écrivain. Son incapacité à écrire, à se renouveler, à obtenir des prix littéraires…En cela, « Folies Bourgeoises » est éminemment siglé « Seventies ». On se rend compte combien le cinéma était, à cette époque-là, imbriqué dans la littérature. Viendrait-il à l’idée d’un producteur actuel de filmer 90 minutes d’errance, de doute et de création ? Sans cascade réalisée à la palette graphique, sans message fraternel sur l’amour des peuples, sans bons sentiments, sans démagogie bien-pensante ? Impensable. « Folies Bourgeoises » est une plongée abyssale dans la tête des hommes des années 70. Et puis, revoir Paris et sa banlieue sous une tristesse automnale est un ravissement qui serre le cœur. Le gris va si bien à Paris. Quel bonheur d’apercevoir les Quais de Seine, la bonne ville de Meudon, un café où l’on sert du Sauvignon ou du Muscadet, des billards électriques, des hommes cravatés, des femmes en déshabillé de soie, un facteur à motocyclette, une gouvernante à l’accent autrichien, une réceptionniste nymphomane, un éditeur (splendide Jean-Pierre Cassel) dansant sur le trottoir, toutes ces choses ont disparu depuis longtemps. Alors oui, « Folies Bourgeoises » est insane mais vous y verrez des voitures oubliées (Excalibur, Audi 50, Alfa Romeo Montréal conduite par un étrange Aznavour, etc…) et un casting où l’on reconnait la patte de l’obsédé qu’était Chabrol. Des filles sensass ! Le moule a été cassé au tout début des années 80. Une vamp hallucinée notoire incarnée par Stéphane Audran, une Sydne Rome plus ingénue que Creezy, une Ann-Margret corrosive sans l’épaisse couche de guimauve Elvisienne, une Sybil Danning sculpturale playmate de Salzbourg ou encore une Maria Schell, première sirène viennoise comique. Juste pour la présence de ces cinq filles à l’écran, « Folies Bourgeoises » mérite un visionnage attentif et au final, pas si déplaisant.

DVD Folies Bourgeoises – Claude Chabrol –Studio : lmlr

 

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04 septembre 2013

Recherche héros désespérément

Roland

Roland de La Poype, exemple à suivre

Nous avons les élites que nous méritons. A société décadente, têtes mal-pensantes. C'est à démoraliser les parents qui rêvent de Grandes Ecoles pour leurs enfants. Eldorado des futurs planqués et assistés. « Qu'importe le sigle, ENA, X ou ENS pourvu qu'on ait l'ivresse des places ». Le système est ainsi fait qu'il produit des générations de bons élèves qui deviendront des gestionnaires serviles, des inventeurs sans imagination et des politiques sans ambition. Toute cette intelligence transformée en force de régression, ça laisse songeur... Mais où sont-ils les grands entrepreneurs, les capitaines d'industrie, les penseurs de demain ? Je ne parle pas ici des garde-chiourmes du libre-échangisme à tous crins mais des hommes qui prévoient un autre destin pour notre pays que l'effondrement de son industrie, de sa Classe moyenne et de sa culture millénaire. Naïvement, j'avais cru que ces prestigieuses institutions formaient la crème de la Nation. Des sujets plus brillants, plus visionnaires, plus courageux que la plèbe fangeuse, forcément inculte et réactionnaire. Toutes ces grandes écoles ont montré leur limite. Leur discours est caduc ! La crise du capitalisme financier et de la social-démocratie attestent leur profonde incompétence. A part produire des donneurs de leçons, ces écoles n'ont pas prouvé, sur les quarante dernières années, leur réelle efficience ou compétitivité pour employer des mots qu'elles affectionnent tant. Pour publier des rapports, pour nous dire comment nous allons être moins bien logés, soignés, éduqués, nourris et que c'est pire ailleurs, il y a du monde, ça se bouscule sur le petit écran. Boursouflés de suffisance, ils défilent sur les plateaux, chiffres à l'appui, graphiques en débandade, pour nous rabâcher la même musique : nous sommes bien trop heureux et nous ne le savions même pas. Ah, ces irresponsables français, rêveurs, toujours à la traîne de la mondialisation, vous avez pensé aux chinois, aux grecs, aux espagnols, aux portugais, etc...Ils se plaignent, eux ? Alors, soyez raisonnables, prenez ce traitement de choc et vous verrez, « on vous promettra pas les toujours du grand soir mais juste pour l'hiver à manger et à boire ». Joli programme en perspective. Si ces élites mondialisées nous déçoivent tant, ce n'est pas par excès de poujadisme mais par comparaison historique. Nous savons qu'il existe une race d'hommes qui transcende les autres, qui innove, qui crée des emplois et qui ne pratique pas une économie de comptables frénétiques à la recherche du dernier petit sou (Revoir « Le Sucre » de Jacques Rouffio - 1978). Le moule a été cassé au début des années 80. Avant un entrepreneur était à l'origine d'une révolution technique qui changeait la face du monde, aujourd'hui, nos nouveaux maîtres ont inventé des sites de rencontres en ligne et des réseaux sociaux. La belle affaire ! Où sont-ils nos nouveaux pionniers de l'automobile, de l'aéronautique, de l'électronique, de la construction, etc. ... ? Le 23 octobre 2012 disparaissait Roland de La Poype, dans une outrageante discrétion médiatique et politique. On aimerait tant que les nouvelles élites lui ressemblent, qu'elles aient son cran, son génie créateur et son patriotisme. Quand il embarque le 23 juin 1940 à Saint-Jean-de-Luz pour rejoindre la France Libre, cet élève pilote de chasse fait déjà la fierté de son pays. « On ne pourra jamais nous reprocher d'avoir volé au secours de la victoire ». Le marquis ou le vicomte comme le surnommaient ses frères d'armes avait le panache des Grands Hommes. De la Bataille d'Angleterre à l'épopée du Normandie-Niémen, à bord de son Yak au-dessus de la plaine d'Ielnia ou plus tard, en inventeur du berlingot Dop, de la Citroën Méhari ou du Marineland d'Antibes, il était resté toute sa vie un homme d'action et de conviction. Un conseil, si vous êtes en ce moment sur les bancs de Polytechnique ou d'HEC, inspirez-vous d'un homme de cette trempe-là. Notre pays en a terriblement besoin. En prononçant son éloge funèbre à Saint-Louis des Invalides, Max Armanet avait commencé par ces mots : «  Il est des hommes qui nous marquent. Il est des hommes qui nous entraînent. Il est des hommes qui nous illuminent ». Je suis persuadé que le 14 juillet dernier, en survolant les Champs-Elysées, les pilotes de l’Armée de l’Air qui ont le sens du devoir et de la Mémoire ont eu une pensée pour ce Compagnon de la Libération, Héros de l’Union soviétique, Grand-Croix de la Légion d’honneur.   

 

A lire - L'épopée du Normandie-Niémen – Roland de La Poype avec la collaboration de Jean-Charles Stasi – Collection Tempus - Editions Perrin

 

 

 

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27 août 2013

A l'Ecole des fans

Lefranc

Avant la rentrée, lire le dernier tome de Lefranc

L’angoisse monte. Demain matin, le réveil sonnera. Ecolier ou salarié, vous n’échapperez pas au destin tragique de la reprise. Les symptômes sont connus : de la boule au ventre à l’envie de disparaître, de tout plaquer, de vous retrouver, seul, dans cette crique, loin des affreux, du monde « civilisé », des professeurs, des chefs, des empêcheurs de respirer, etc... Comme le disait le fataliste Président Chirac, les emmerdes volent toujours en escadrille surtout à la fin de l’été où impôts, taxes, directives et injonctions nous encerclent. Nous sommes pris dans la nasse. Pas la peine de gesticuler, il faut se soumettre, abdiquer, la fermer et reprendre le chemin du travail ou du lycée en rêvant aux prochaines hypothétiques vacances. Il existe cependant un moyen de se libérer temporairement de ce carcan : lire (dévorer) le tome 24 des aventures de Lefranc. « L’Enfant Staline » vient de paraître fin août chez Casterman. Cette douceur d’enfance est un régal, elle panse les blessures de l’âge adulte. Elle abolit le temps. Elle redonne des couleurs à l’automne. Son classicisme bon teint, sa nostalgie fifties, son scénario charpenté à l’ancienne, sa sculpturale ligne claire et son charme discret, élégant, bourgeois, la mettent à l’abri des modes forcément passagères. Chez Lefranc, on respecte la tradition. Disparu en 2010, Jacques Martin, le créateur de Lefranc mais aussi d’Alix, pourrait être fier de ses successeurs. C’est maîtrisé, esthétique, romanesque, documenté et puissamment passéiste, des qualités qui font de ce dernier opus une fenêtre vers l’imaginaire, le vrai, pas le fabriqué, le contrefait. Trop d’auteurs de bande-dessinée courent derrière une illusoire modernité, ils pensent renouveler le genre en forçant le trait, en accumulant les outrances, en se prenant pour des artistes, détestable dérive narcissique. Ils ont simplement peur d’écrire et de dessiner une bonne histoire avec des personnages, de l’action, de la psychologie et de l’évasion. A tort, ils imaginent que les jeunes lecteurs de BD sont attirés par l’air du temps. Fugace méprise. Si depuis 1952, année de sa naissance, on aime suivre le journaliste Lefranc dans le décor inchangé de la Guerre Froide, c’est qu’on y retrouve des sentiments nobles, un monde fait de complots, d’intrigues scientifiques et de tensions diplomatiques. Une Aventure historique qui, l’espace d’une heure, nous fera oublier notre triste quotidien d’ex-vacancier. Il suffit de lire la première case pour qu’on avale les 48 pages suivantes : « Novembre 1952. Ce jour-là, vers 18 heures, alors que règne un froid polaire sur Moscou, Alexeï Andreïev, directeur du département de génétique à l’Institut de recherche scientifique de Moscou, sort de son laboratoire et se dirige vers sa voiture officielle ». Thierry Robberecht a construit une trame haletante, à la découpe aussi précise et tranchée qu’un veau Orlov. Il retrouve comme sur le précédent album (L’Eternel Shogun), Régric au dessin qui montre l’étendue de son talent (immense). Ses paysages sous la neige, ses rues sombres de Moscou ou la finesse de ses illustrations automobiles (ZIM 12, Gas 69, etc…) mériteraient d’être exposés dans nos musées. Des planches de toute beauté ! Une mention spéciale à Bruno Wesel pour ses couleurs géorgiennes. Dans L’Enfant Staline, il est question de clonage, du Petit Père des Peuples, des purges, de la lutte entre le MGB (ancêtre du KGB) et la CIA, de la Science toute puissante et de vies brisées. Quand vous serez, demain, à votre bureau, devant votre écran à compiler des chiffres sur un tableur Excel ou à écouter distraitement un cours sur la photosynthèse, votre esprit divaguera sur les rives de la Koura. Le prochain album de la série devrait sortir en 2014 sous le titre provisoire de « Cuba Libre » (scénario de Roger Seiter). Avant de prendre le cap sur le soleil des Antilles, savourez cet épisode soviétique, froid, glacé, idéal pour un temps de rentrée.

 

L’Enfant Staline – Tome 24 Lefranc – Jacques Martin-Régric-Robberecht – Casterman

 

 

 

 

                                                        

                                                  

Posté par belmondo à 08:32 - Commentaires [0] - Permalien [#]