Le blog de Joss Beaumont

Blog consacré aux voitures anciennes, au cinéma, à la littérature et au doux parfum de la nostalgie. Mais qui est ce Joss Beaumont ?

17 mars 2009

La Promotion Jaguar

Jaguar

Je m’étais acheté à la fin des années 90 une Jaguar XJ 6 qui avait déjà une bonne trentaine d’années d’existence. Elle m’avait coûté le prix d’une petite voiture de ville, elle tombait souvent en panne, je la prenais parfois le week-end. Elle était vraiment belle, marron glacé avec un intérieur en cuir qui vieillissait intelligemment. J’avais trouvé un travail en région parisienne, je me rendais au bureau en transport en commun. J’habitais dans un meublé à Bagnolet et je payais une place de parking dans Paris à l’année pour la Jaguar. La boîte qui m’employait distribuait en France du matériel informatique. J’occupais un poste subalterne dans un service marketing. Je faisais des études de marché, des profils de clients, quatre ans passés sur les bancs de la faculté d’histoire pour me retrouver devant un écran d’ordinateur avec des courbes, des tableaux et des maux de tête. Le chômage n’a pas épargné ma génération. J’avais pas mal galéré avant de trouver cet emploi. Je vivais seul. Je m’ennuyais ferme. Je ne voyais pas très bien comment me sortir de ce trou. Nous étions quatre cents personnes  à partager le même immeuble, une tour en verre dans le style américain qui était censée faire moderne. J’étais exploité et je le savais. Avec mes collègues, nous avions trouvé un troquet où tous les midis, nous prenions une pression et un jambon beurre. Notre vie était réglée. Nous arrivions le matin vers 08 H 30 et repartions le soir à 18 H 30 précises. Nous étions mal payés, notre direction pensait le contraire. En milieu d’année, notre chef avait été muté dans le Sud de la France, c’était un gros bonhomme toujours en train de brailler, mais finalement assez inoffensif. Il avait dépassé la cinquantaine et était originaire de Cahors.

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Il m’avait à la bonne, il était persuadé que comme nous venions de la même région, nous partagions les mêmes valeurs : la bonne bouffe, le rugby, les blagues en dessous de la ceinture, enfin toute cette patine locale qui me faisait gerber. Je le laissais croire à ce genre de conneries. Il était bête. Je le trouvais absurde et volontiers mal élevé. Quand il est parti, il me supplia de passer le voir à l’agence de Marseille. Il rêvait. C’était un sentimental. Il avait le mérite d’amuser l’équipe, on se demandait souvent comme un abruti de sa trempe avait pu gravir tous les échelons de cette entreprise. Il allait terminer sa carrière Directeur régional du quart sud-est alors qu’il était seulement bon à tenir une buvette les jours de matchs. Notre grand jeu était de faire semblant d’avoir peur de lui. Ses colères nous amusaient beaucoup. Il était persuadé qu’il en jetait. Derrière ses vestes croisées et ses cravates colorées, se cachait une midinette. La grande question que nous nous posions tous était de savoir qui le remplacerait. Il y avait bien deux cadres sur les rangs, deux types qui avaient travaillé aux Etats-Unis, ils étaient du genre vorace. Sportifs par dessus le marché, l’un des deux courait tous les matins, il voulait arriver l’esprit libre. Libre de quoi ? Il était imprégné de la culture de l’entreprise, ça voulait dire qu’il revenait travailler le week-end. Nous, on était pour la culture d’entreprise mais seulement cinq jours par semaine et encore dans le respect légal des horaires. Au delà, le jeu aurait tourné à la provocation. J’avais commencé à envoyer des CV dans d’autres entreprises, je m’étais fixé comme objectif, d’habiter Paris avant la fin de l’année. Un matin, branle-bas de combat, convocation générale dans le bureau du directeur qui voulait nous présenter notre nouveau responsable. Il trouvait ça plus humain de le faire lui même. Il avait une fibre sociale, il n’avait licencié que cinquante personnes l’année dernière, c’était un modéré. Il avait « chassé » notre chef dans une boîte américaine, et pour faire jeune et ouvert, il avait choisi une femme. Ca plaisait à notre PDG quand il était parfois interviewé de dire qu’il embauchait des cadres supérieurs femmes. Il oubliait juste de préciser que l’ensemble des membres du conseil d’administration et de surveillance était des hommes. Il plaçait souvent des femmes dans des postes fictifs, la communication ou le marketing étaient des secteurs d’avenir pour les filles. Quand il s’agissait d’emplois stratégiques, on préférait piocher dans la famille proche du PDG, nous avions eu droit à ses fils, à ses cousins et même à son beau-frère. Elle s’appelait Marthe, elle avait trente cinq ans, des tailleurs stricts  et des lunettes de secrétaire. Rapidement, nous regrettâmes notre demi de mêlé. Nous étions sous surveillance, elle contrôlait tout. Avec le gros de Cahors, nous étions plutôt relax, jamais il nous demandait de faire le suivi de nos activités, il était bien incapable de lire un tableau. Elle, par contre, mesurait notre rentabilité. Elle avait du chronométrer  nos arrêts aux toilettes, nos pauses, elle voulait nous faire cracher. Une fille de l’équipe s’était plainte au délégué du personnel, sur ce coup là, il ne pouvait rien faire, dossier trop sensible. Il fallait qu’on serre les dents. Marthe ne vivait que pour le travail. Elle n’était pas mariée. Le genre vieille fille qui passe ses vacances sur ses dossiers, une vraie bûcheuse. Trois semaines après sa nomination, j’avais rencontré une fille dans mon immeuble, elle travaillait à la Poste comme conseillère financière, elle était aussi emballée que moi par son job. Nous avions le même âge. Un soir, je l’avais aidée tout simplement à porter ses courses, elle m’avait payé un verre chez elle et nous avions partagé le même scepticisme sur le monde du travail. Ses parents tenaient une épicerie dans les Landes. Elle avait un beau cul et elle riait fort à toutes mes blagues. Nous avions fini par coucher ensemble. Elle imitait Bourvil et elle faisait une collection d’affiches de cinéma, surtout des films italiens des années 60 avec Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Claudia Cardinale. Elle me plaisait. Elle chantait faux. Le soir, nous nous racontions nos journées de galère, je lui avais parlé de ma nouvelle chef. Elle me disait que ça nous dressait mes collègues masculins et moi, pour une fois qu’une femme donnait des ordres. Elle était féministe primaire. Elle me parlait de ses clients, des malheureux à qui elle proposait de s’endetter toujours plus. Elle avait honte. Nous nous fréquentions depuis maintenant trois mois, et je lui avais promis une surprise. J’avais économisé pour l’inviter dans un restaurant étoilé de la capitale. Elle s’était préparée, maquillée comme si elle participait au bal des débutantes.

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C’était vraiment touchant. Et pour couronner le tout, je l’avais récupérée en Jaguar. Elle n’était pas contente que je lui aie caché mon seul bien, une vieille voiture. Mais elle était également ravie, c’était la première fois qu’elle montait dans une si belle auto. Le voiturier lui avait ouvert la portière comme si nous étions des gens importants. Elle me dit que j’étais fou de l’emmener dans un si bel endroit. J’avais choisi un restaurant dont les fenêtres donnaient sur les Invalides, la nuit tombée, la coupole éclairée, nous étions bien jusqu’à ce que je vois deux tables plus loin ma chef qui avait troqué ses tailleurs de grand-mère pour un décolleté suggestif. Elle n’avait plus ses lunettes. Je n’arrivais pas à voir avec qui elle était accompagnée. Du coup, je fus chagriné comme si j’avais été suivi, comme si on ne pouvait pas vivre sans le regard des autres. Je ne dis rien à ma partenaire, je ne voulais surtout pas gâcher cette soirée. Ma chef ne se rendit compte de ma présence qu’au dessert, elle me dévisagea comme si j’étais un intrus, se demandant bien ce qu’un de ses employés faisait dans un tel restaurant. Dans sa tête bien faite, les choses étaient claires. Chacun sa place et la mienne dans les Routiers en bordure des Nationales. Ca aurait pu juste être une anecdote mais, la vie se charge de contrôler le cours des événements, nous nous levâmes en même temps qu’eux. J’étais très curieux de savoir avec qui elle dînait mais je n’avais aucune envie de lui parler, de m’abaisser devant elle. Ils sortirent de l’établissement juste derrière nous, j’avais eu le temps de repérer son ami. Je n’étais pas mécontent de moi, quand le voiturier avança la Jaguar,  je lui donnais un billet de pourboire. J’aurais bien aimé voir leurs têtes. Le lundi matin, j’appréhendais le retour au bureau. La matinée se passa sans encombre, elle était en réunion. Mais après le déjeuner, j’eus un coup de fil de l’assistante du Président, il demandait à me voir. En une année, il ne m’avait jamais adressé la parole et je doutais fort qu’il connaisse mon nom. J’attendais debout dans son vestibule, pas très rassuré sur mon sort. Il ouvrit la porte avec un grand sourire et me proposa de m’asseoir. Il la joua décontracté, on lui avait parlé de mes qualités professionnelles, de mon sérieux qu’il n’avait pas su à temps déceler. Il le regrettait. Il me proposait de prendre immédiatement la direction de l’agence en plein centre de Paris, celle qui se situait Boulevard Saint-Marcel. Bien sûr cette promotion s’accompagnait d’un silence total sur les relations qu’il entretenait avec la nouvelle responsable marketing. Je lui affirmais qu’il pouvait compter sur ma confidentialité. Cette boîte commençait à me plaire, j’avais acquis les automatismes du jeune cadre dynamique. A la fin de l’entretien, il me parla des Jaguar qu’il avait possédées. Il était charmant. Je déménageais dans les trois semaines qui suivirent cette discussion. Ma « belle postière » comme je l’appelais, emménagea avec moi.

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06 mars 2009

Un dimanche soir à Paris

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Paris, un dimanche soir de janvier, les lumières de la ville sont brouillées par une pluie froide, une femme en imperméable court sur le trottoir, elle est pressée de retrouver son amant dans une brasserie de la Rive Gauche. Quel meilleur endroit pour s’embrasser, profiter de la conversation des autres tables, de ce brouhaha lancinant, de cette douce musique qui éloigne la triste perspective de reprendre le travail, le lendemain. Les brasseries nous offrent encore quelques minutes de bonheur, de rire et de plaisir. De St Germain des Prés, en passant par le Boulevard du Montparnasse, jusqu’à l’avenue des Gobelins, Joss Beaumont a sélectionné cinq établissements qui restent ouverts le dimanche. Quand la terre s’arrête de tourner, il y a encore un peu de chaleur dans ces brasseries qui nous racontent l’histoire folle du Paris des années 30. Parcours gourmand des rives de la Seine jusqu’à la Place d’Italie…

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La Brasserie du Lutetia

Seul palace de la Rive Gauche, le Lutetia impose sa façade art-déco. Ce gros bloc de pierre blanche de plusieurs étages surveille le quartier depuis les années 1910. Alors que les vitrines du Bon Marché sont éteintes, que le square Boucicaut somnole, que les boutiques alentours sont fermées depuis vingt-quatre heures, le personnel de la Brasserie du Lutetita vous accueille avec toujours beaucoup de gentillesse et de diplomatie que vous soyez un ponte de l’édition, un acteur célèbre ou un provincial en goguette. On ne pratique pas la discrimination dans cette maison là. Ce n’est pas le cas partout, certaines brasseries du Boulevard St Germain s’évertuent encore à vous classer comme du bétail, vous reléguant au fond de la salle comme de vulgaires animaux sauvages. A la Brasserie du Lutetia, on ne vous jugera pas. Installez-vous dans les canapés de cuir, admirez le décor de Slavik, la touche de Sonia Rykiel, observez les grandes affiches encadrées sous verre qui vous feront voyager entre le Monaco Country Club et les planches de Deauville et commandez ! Au menu, les grands classiques des brasseries avec en tête un tartare de bœuf admirable. Service discret et rapide. Des plats bien maîtrisés. Un endroit où vous reviendrez forcément.

La Brasserie du Lutetia. 21, rue de Sèvres. 75 006 PARIS. Tel : 01.49.54.46.76

La Méditerranée

Comme son nom l’indique, le poisson est roi dans ce charmant restaurant qui fait face au théâtre de l’Odéon. Les écrivains y ont leurs habitudes. Les politiques, aussi. Mais ce sont les couples amoureux qui s’y sentiront le mieux. Ce n’est pas une image, mais une réalité palpable, l’âme de Cocteau plane bien sur cette maison. Les douces peintures murales de Bérard et Vertès vous apaiseront. Les caractères tempétueux retrouveront ainsi leur calme dans ce restaurant qui a été fréquenté jadis par Orson Welles, Liz Taylor, la Princesse Margaret ou encore Charlie Chaplin. Au menu, tartare de thon rouge, carpaccio de bar sauvage à la moutarde de Meaux, raie, dorade, barbue, filet de bar et même une bouillabaisse qui recueille les faveurs des vrais marseillais. En dessert, le croque au chocolat, crème glacée maison au safran est à se damner.

La Méditerranée. 2, Place de l’Odéon. 75 006 PARIS. Tel : 01.43.26.02.30

La Coupole

Attention les yeux ! La Coupole n’est pas faite pour les timides. Cet ancien entrepôt de bois et charbon racheté par René Lafon et Ernest Fraux en 1927 se déploie sur 1 000 m2. C’est l’une des plus grandes brasseries d’Europe. L’intimité n’est pas son fort, on va à la Coupole pour sentir vibrer l’esprit de Montparnasse, se souvenir de Joséphine Baker dansant sur les tables, partager cette grande ébullition créatrice qui irriguait le quartier naguère. La salle immense avec ses 33 piliers et pilastres est un monument de l’art déco. Sa visite en soi vaut le détour. Il faut au moins une fois dans sa vie fouler le sol de cet établissement aujourd’hui mythique. On vient du monde entier toucher ce morceau d’histoire. Au menu, la salade « Coupole » aux figues et fois gras de canard poêlé, le curry d’agneau, sans oublier les envoûtantes profiteroles au chocolat chaud « Valrhona ».

La Coupole. 102, Boulevard du Montparnasse. 75 014 PARIS. Tel : 01.43.20.14.20

Closerie

La Closerie des Lilas

A la fin du XIXème siècle, ce relais de poste sur la route de Fontainebleau était déjà un lieu très prisé par les voyageurs, notamment à cause de sa proximité avec le célèbre Bar Bullier, installé juste en face de la rue. La Closerie, c’est la magie de Paris qui s’opère tous les soirs. Les cartes sont ouvertes, la chance peut vous y sourire. La bourgeoisie venait s’y acoquiner au contact des artistes sans le sou de Montparnasse, cet établissement a été le théâtre des rencontres les plus folles. Pensez donc, Zola, Cézanne, les frères Goncourt, le mouvement Dada, Hemingway, Fitzgerald, ils sont tous venus ici depuis plus d’un siècle. Qui un jour, a eu des ambitions littéraires se doit de mettre les pieds à la Closerie. Aujourd'hui, l’ambiance est toujours aussi électrique et la cuisine de très belle facture. Des plats simples réalisés sans faute de gout. Au menu, salade de lentilles vertes du Berry et œuf poché, inoubliable céleri rémoulade, Carpaccio de bœuf « comme en Riviera » et que dire de l’entrecôte Simmenthal épaisse poêlée, pommes allumette. Certains gourmands sont capables de traverser Paris pour la dévorer.

La Closerie des Lilas. 171, Boulevard du Montparnasse. 75 006 PARIS. Tel : 01.40.51.34.50

Marty

Cette brasserie ouverte en 1913 par Etienne et Marthe Marty est le dernier rempart avant l’inconnu. Au délà, c’est déjà la Place d’Italie, c'est-à-dire la Banlieue Sud, les plaines de Seine-et-Marne, la campagne en somme. Cette maison aux volets bleus demeure une très belle adresse dans un quartier où les bons restaurants ouverts le dimanche soir, sont inexistants. Au menu, beau plateau de fruits de mer, chateaubriand grillé sauce béarnaise ou encore le veau décliné sous toutes les coutures (tête de veau sauce gribiche, belle tranche de foie en persillade ou encore rognon de veau sauté à la moutarde). Conseil pour les amoureux, les deux tables cosy en face du bar, un cocon très agréable où les paroles se libèrent.

Marty. 20, avenue des Gobelins. 75 005 PARIS. Tel : 01.43.31.39.51

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19 février 2009

En avant-première, le TOME V des enquêtes de Joss Beaumont

CHAPITRE 1

«Je te survivrai d’un amour vivant »

J’avais été invité au pot de départ de Fernand à la Préfecture de Police de Paris, le célèbre 36 Quai des Orfèvres, celui-là même qui donne la trique aux réalisateurs de cinéma et aux scénaristes en panne d’idées. Ses collègues lui avaient offert un VTT en aluminium. Etait-ce un cadeau ou une punition ? Vu la façon dont il observait cet engin de torture, j’étais sûr que cette bicyclette de compétition ne sortirait pas de sitôt de sa housse protectrice. Les discours s’étaient succédé. Chacun y allant de son anecdote, de sa petite émotion et de sa grande hypocrisie. Personne n’était dupe. C’était la règle lorsqu’un collègue partait, le cérémonial était le même, ça dégoulinait de bons sentiments. En réalité, tout le monde était content de se débarrasser d’un vieux flic comme Tabourin, les jeunes poussaient derrière pour se faire une place au soleil et épater leurs fiancées. Quant à ses supérieurs hiérarchiques, ils avaient pris un malin plaisir à se débarrasser d’un flic aussi expérimenté que lui qui connaissait tous les rouages de la maison et surtout toutes leurs compromissions. Fernand, éminent œnologue policier, avait choisi lui-même le vin, un Ménetou-Salon « vieilles vignes » qui faisait la nique à bien des Bordeaux « grand cru ». De tout temps, les flics ont toujours eu bon appétit. Ils s’étaient agglutinés par grappes du même grade devant le buffet et ils s’en donnaient à cœur joie. Les rues de Paris pouvaient trembler, nos valeureux fonctionnaires de Police s’enfournaient dans le bec des crottins de Chavignol entiers. A l’écart de la bande, j’aperçus le plus fidèle collaborateur de Tabourin, Edmond Fouquet avec sa tête des mauvais jours. Fouquet était un inspecteur maous, il mesurait presque deux mètres, il marchait comme un percheron et ne buvait jamais d’alcool. Ces deux-là travaillaient ensemble depuis une dizaine d’années. Edmond ne feignait pas sa tristesse. C’était un brave garçon qui ne brillait pas par ses déductions géniales, mais dont la fidélité était dans ce milieu professionnel où les coups bas volaient au raz-du-bitume, une garantie de survie. Edmond Fouquet avait sauvé plusieurs fois la mise à Fernand grâce à son courage et à ses biceps d’acier. Les deux hommes s’appréciaient et s’estimaient sans jamais oser se le dire. Dans les étages de la Tour Pointue, on se gaussait gentiment de ce tandem décalé, un commissaire roublard qui se pâmait devant la prose rimbaldienne et une brute épaisse qui soulevait des heures durant de la fonte dans la salle de sport. Je m’approchai de lui et il me sourit comme s’il savait qu’avec moi, il n’aurait pas besoin de masquer sa profonde amertume.

-Ah, Monsieur Beaumont, c’est un jour noir. Dit-il avec beaucoup de sincérité et de poésie.

Il avait une voix assez fluette qui ne collait pas du tout avec sa carcasse d’égorgeur.

Moi aussi, ce départ à la retraite me pinçait le cœur. Passé un certain âge, on est ému par des événements qui vingt ans plus tôt, vous font marrer. Dix ans que j’avais ouvert mon cabinet de détective privé, dix ans que je connaissais le couple Tabourin/Fouquet et dix ans que nous avions retrouvé la trace de Carole, mon amour d’enfance.  

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16 février 2009

Le rêve suédois

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Je roule depuis une dizaine de minutes et je me dis que j’ai de la chance. Une chance exceptionnelle, unique. Je suis au volant de mon cabriolet Saab 900 flambant neuf. La météo est parfaite. Une légère brise qui remonte de la Méditerranée, me fouette le visage et le soleil  vient s’écraser avec candeur sur ma casquette. Heureusement qu’en sortant de l’hôtel, Gina m’a fait penser à prendre mes lunettes de soleil. Je les oublie à chaque fois. C’est tellement bon de profiter d’un mois de vacances en Corse. Je l’ai bien mérité. J’ai travaillé dur cette année, j’ai fait des pointes à vingt-cinq patients par jour. On me cite en exemple au bureau de l’Ordre National des Chirurgiens Dentistes. Quand je pense à la tête de Morisset, mon jeune remplaçant qui se farcit le mois d’août. En plus, mon cabinet n’est même pas climatisé. Je repousse à chaque fois les travaux en lui promettant que l’année prochaine, ce sera fait. Je le revois encore quand nous lui avons dit au revoir, Gina lui faisait coucou à travers la glace, j’avais décapoté juste pour le faire enrager. J’ai senti dans son regard une pointe de jalousie qui m’a rempli de bonheur. Il est envieux, ce Morisset, mais diablement efficace. Depuis maintenant trois ans, il me remplace à mon cabinet dentaire. Mes patients le connaissent et ne se plaignent pas de lui. Avec Gina, nous louons tous les étés une villa au-dessus de L’Ile Rousse. Ah, ce pauvre Morisset, avec ses costumes en carton-pâte et cette tête de perpétuel perdant. Je l’ai toujours connu vieux garçon, pourtant il doit avoir à peine quarante ans. Il roule dans une vieille Peugeot 104 qu’il a du hériter de sa grand-mère, il fait peine à voir. Je l’ai prévenu de se garer derrière mon cabinet, il serait capable de faire fuir mes clients avec sa vieille guimbarde. Quand j’ai sorti ma belle suédoise du garage, il a failli tomber en syncope. Je n’ai jamais été aussi bien. Je conduis de la main gauche tandis que ma main droite caresse la cuisse bronzée de ma jeune épouse. Nous avons vingt ans de différence. Elle est très mure pour son âge et moi, j’ai su rester jeune. On ne dira jamais assez que le bonheur tient à peu de chose, une belle voiture découvrable, un métier passionnant, quelques jours de repos et Gina. Je l’ai rencontrée par hasard à une conférence sur la gingivite. Elle était hôtesse d’accueil à l’époque. Je lui ai tout de suite plu. Le coup de foudre immédiat. Elle m’a renversé un plateau repas sur les genoux. Cette maladresse si touchante des femmes timides. Elle a insisté ensuite pour nettoyer mon pantalon. Nous nous sommes retrouvés dans les toilettes de l’auditorium. Et là, elle m’a embrassé comme une adolescente amoureuse. J’ai toujours plu aux femmes. Bien sûr, elle est grande, blonde, elle ne passe pas inaperçue. Une fois, j’ai surpris Morisset au téléphone qui parlait d’elle, il la trouvait vulgaire. La jalousie pousse certains hommes à dire n’importe quoi. Gina a une belle allure surtout depuis qu’elle a subi cette opération de chirurgie esthétique. Au début, j’ai trouvé ça un peu exagéré et puis avec les semaines, je me suis habitué à sa nouvelle bouche. Nous formons un très beau couple. Tout le monde le dit. Pas plus tard qu’hier soir, nous dînions sur une terrasse quand deux jeunes garçons qui passaient en scooter ont sifflé Gina. Elle était toute rouge d’émotion. J’adore conduire en Corse, les routes sont étroites et l’on ne croise jamais personne. Gina me dit de faire attention, de ne pas rouler au milieu, elle s’inquiète toujours pour moi, une vraie mère poule. Elle a toujours été très serviable, toujours prête à aider son prochain. Le professeur de tennis de l’hôtel a eu un problème de voiture. Hier, il devait accompagner sa sœur à l’hôpital de Bastia et bien, à peine arrivée, alors qu’elle ne le connaissait pas, Gina s’est proposé de les emmener tous les deux. C’est une brave fille, j’ai vraiment de la chance. Elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, de faire ma sieste, qu’elle en avait seulement pour deux petites heures. Tout le monde l’adore déjà à l’hôtel. Elle est trop généreuse, les gens abusent souvent d’elle. C’est la première fois que nous sillonnons la Corse en décapotable, je redécouvre les paysages. Morisset, lui, ne part jamais en vacances. Gina m’a avoué que j’étais trop dur avec lui et que je ne l’appelais jamais par son prénom. Je n’aime pas son prénom, George, c’est d’un ringard. Mais Gina est tellement charitable. Vu le prix qu’il me coûte, il est hors de question que je sympathise avec ce type-là. Je l’ai prévenu que s’il abîmait le matériel, je le déduirais de ses honoraires. Gina n’a pas honte de son corps. Elle adore mettre des décolletés. Le patron de l’hôtel me le disait encore, votre dame aime s’habiller légèrement. Je lui ai répondu qu’elle avait un soleil dans le cœur. Il m’a dit, vous, Monsieur Jouve, vous êtes un poète et Gina, votre muse. Et puis il s’est mis à rire. Ils sont sympathiques ces Corses, toujours un mot gentil à la bouche. Je ne maîtrise pas encore très bien ma nouvelle voiture, mais je sens qu’elle a du répondant. Le vendeur m’a vanté les sièges ergonomiques, il avait raison, je suis installé comme dans un couffin. Le turbo est efficace, silencieux, mais efficace. La tenue de route impériale. Dès que je roule un peu plus vite, Gina a peur comme toutes les femmes. Elles ne savent pas apprécier le plaisir d’une conduite coulée mais, malgré tout, agressive. J’enfile les virages avec gracilité. Sur les portions de ligne droite, je presse la pédale d’accélérateur et nous sommes propulsés comme dans un manège de fête foraine. Elle est formidable cette voiture. Nous arrivons dans une courbe, je préviens Gina que je vais voir ce qu’elle a dans le ventre. J’ai toujours été un bon pilote, c’est vrai que ma vision n’est pas aussi bonne qu’avant, mais je sais tenir un cerceau. C’est à ce moment là que Gina se met à crier, à hurler, j’ai à peine le temps de tourner ma tête vers elle, que nous percutons un tracteur à l’arrêt….

-Hé oh, George, tu me réponds, tu ne t’es pas endormi quand même. Hé oh, George, réveille-toi. Tu m’attends deux minutes sur le parking du supermarché et tu t’endors, c’est un comble! Tu vas être en retard. Tu commences ton remplacement chez le Docteur Jouve aujourd’hui. Tu as de la chance d’avoir trouvé ce remplacement. Et puis sa femme est très gentille. Tache de faire bonne figure

-Oui, maman.

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29 janvier 2009

En avant-première, le TOME IV des enquêtes de Joss Beaumont

CHAPITRE 1

« Sur l’écran noir de mes nuits blanches »

Merlin était immobile, il avait le regard perdu des types qui ont peur et qui savent que leur fin est proche. L’imminence de la mort ne rassure jamais les victimes inscrites sur la liste du départ, elle a plutôt tendance à les angoisser. Il n’y a que dans les films à suspense que l’on attend sereinement sa dernière heure, presque libéré, impatient que toute cette grande mascarade cesse. Merlin m’avait ordonné de le rejoindre au plus vite dans cette brasserie du XIIIème qui sentait le tabac froid et le café bon marché. Il était là, à quelques mètres de moi, les yeux rivés sur le Pont de Tolbiac. Ce calme apparent ne lui ressemblait pas. Je l’avais toujours connu exalté devant son écran d’ordinateur, fulminant contre l’Etat policier dans son journal, enfin, toujours en mouvement, une sorte de fourmi insatiable qui courrait dans tous les sens. D’habitude, il parlait vite, on ne comprenait pas tous ses mots, il avalait ses phrases et vous engueulait si vous ne suiviez pas à la lettre sa conversation. Malgré sa petite taille, Merlin prenait de la place partout où il se trouvait que ce soit dans un restaurant ou dans une salle de rédaction. Aujourd’hui, dans ce bar quelconque à la lisière de la Banlieue, il était étrangement éteint. Merlin, le zébulon de la presse française buvait un diabolo menthe, une habitude d’adolescent, avec autant d’entrain qu’un chauffeur de taxi parisien se presse à vous accueillir dans son véhicule. Accablé et réfractaire. Il me salua à peine et commença son monologue en sourdine. Il n’avait pas perdu le goût de la mise en scène. J’avais appris à me méfier de ses sautes d’humeur et de son tempérament brouillon. Mais là, quelque chose clochait dans son attitude. Il semblait avoir vraiment peur et il portait une improbable veste d’une couleur qui me rappelait ma défunte Peugeot 404. Un marron tirant sur le bronze. 

-Joss, mon heure est arrivée. Fit-il à la façon de ces élèves comédiens qui surjouent les tragédies du répertoire.

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23 janvier 2009

Poème oublié de Joss Beaumont

Fangio

Vitesse, ma funeste ivresse

Entends-tu ce bruit qui s’amplifie ?

Il arrive, il est là, tout près de toi

Ces montées en régime sonnent comme un défi

Quel est ce bandit qui ose braver la loi ?

Ma tête s’enivre, mon cœur s’emballe

Je n’ai jamais entendu un tel vacarme

J’ai peur que tout cela finisse en drame

Il dévore la route comme un cannibale

Pourquoi roule-t-il si vite ce possédé?

Quelle chimère espère-t-il décrocher?

Ne lui dîtes pas que c’est un fou à lier

Il ne sait pas quoi faire de sa liberté

Vitesse, ma funeste ivresse

J’ai mal au cœur

Mes mains tremblent de fureur

Vitesse, ma funeste ivresse

Tout petit, sa tête était déjà remplie de circuits

Des dizaines d’affiches de pilotes

Tapissaient les murs de sa chambre vieillotte

Il rêvait qu’il roulait toute la nuit

Il ne pensait qu’à conduire

Du soir au matin, sa vie tournait en rond

Son monde à lui était plus beau qu’un ballon

Il avait une terrible envie de fuir

Sa vie ressemblait à un tortillard

Une succession de routes sans trottoirs

Maintenant, il est trop tard pour tout arrêter

Ses rêves ont dépassé la réalité

Vitesse, ma funeste ivresse

J’ai mal au cœur

Mes mains tremblent de fureur

Vitesse, ma funeste ivresse

Sanglé dans sa combinaison de cuir

Sa destinée était parsemée de victoires

Personne ne pouvait lui interdire

D’aller au-delà de ses espoirs

Sa mère l’a vu partir

Dans ses bras, il reviendrait se blottir

Son grand frère avait le cœur serré

Un grand champion était né

Il volait au-dessus de la piste

Comme un funambule sans filet

A son passage, les gens n’étaient plus tristes

Et puis sa monoplace a décollé

Vitesse, ma funeste ivresse

J’ai mal au cœur

Mes mains tremblent de fureur

Vitesse, ma funeste ivresse

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22 janvier 2009

Un livre, une auto

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« Ah ! Il avait une Dauphine ? Excellente voiture, quoique un peu légère sur la route ! ».

La métamorphose des cloportes. Alphonse Boudard. La Table Ronde.

« Entre Bartali et Coppi existe la même différence, qu’il y avait, en 1935, entre une Fiat et une Bugatti, et qui existe, de nos jours, entre un avion à hélice et un avion à fusée ».

Les deux visages de l’Italie. Coppi et Bartali. Malaparte. Bernard Pascuito Editeur.

« Au sujet des voitures, Bond avait des marottes bien à lui. Il avait acheté, presque neuve, l’une des dernières 41 500 Bentley, avec compresseur Amherst Villiers. Il l’avait soigneusement mise à l’abri pendant la guerre et il la faisait réviser chaque année… C’était un cabriolet transformable-mais qui se transformait vraiment-gris fer, capable de tenir une vitesse de croisière de 145 km/heure avec une réserve de puissance correspondant à 50 km/heure de plus ».

Casino Royal. Ian Fleming. Bouquins Robert Laffont.

« Grouse manqua d’être écrasée par un stupéfiant engin : un vieux taxi londonien peint en mauve, conduit à toute allure par un petit homme en chapeau de tweed que j’eus à peine le temps d’apercevoir ».

Un taxi mauve. Michel Déon. Quarto Gallimard.

« Mais moi, il est pas question que je conduise une putain de Cadillac après cinq ans au volant d’une Silver Cloud. Il est là, avec ses histoires de dignité plein la bouche, et puis il vous expédie à coups de pied dans le cul d’une Rolls de quarante mille dollars à une Cadillac de merde. Faudra qu’il trouve mieux que ça ».

A bout de souffle. Romain Gary. L’Herne.

« Le départ pour l’hôpital Américain eut lieu dans un grand luxe de vieilles Cadillac de louage. Le portier, le maître d’hôtel, la femme de chambre de l’étage, le bagagiste, le barman, le liftier eurent droit à un dernier pourboire royal, qu’ils reçurent avec l’émotion des disciples de Socrate le voyant déglutir la ciguë ».

Le nain jaune. Pascal Jardin. Editions Julliard.

« Le lendemain matin, je pris le premier bac qui me ramena à Roscoff. Ma Volvo m’attendait sur le parking. Elle se pavanait au milieu d’une cohorte de fringants monospaces. Elle faisait l’intéressante vantant ses chromes, son cuir, sa forte cylindrée, tout en se gardant bien d’évoquer ses problèmes de démarrage anémique, de consommation excessive et sa tête des mauvais jours. Je m’engouffrais dans les sièges et une dernière fois, je jetai un regard sur l’île de Batz ».

Quand les hommes d’affaires tombent. Une enquête de Joss Beaumont. Bientôt en librairie.

Malaparte

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13 janvier 2009

La fièvre nostalgique

Matra

Les voitures sont dangereuses, elles roulent trop vite, elles polluent, elles tuent, elles sont le mal absolu. Eloignez vos enfants de ces engins diaboliques. Elles font perdre la raison aux hommes, elles sont le cancer de la société moderne. Chaque époque a besoin de trouver un coupable, un bouc-émissaire, une victime expiatoire. Sur l’autel de la bien-pensance, l’automobile est une offrande aux dieux de l’hypocrisie. Ne dites jamais que vous aimez les voitures, vous pourriez être dénoncé par l’un de vos proches. Une fois pour toutes, comment faut-il que l’on vous le répète ? L’automobile est un moyen de transport qui a pour seule vocation de vous emmener d’un point A à un point B. Ce n’est rien d’autre. Ne parlez pas de plaisir, de charme, de beauté. Seule la raison doit dicter vos choix. Les constructeurs eux-mêmes se sont rangés derrière cet avis général. Ils fabriquent des voitures qui sont respectueuses de l’environnement et qui ont plein d’airbags. N’allez surtout pas prononcer les mots : ligne, émotion, bruit, sensation, caractère. Vous n’êtes pas devant une œuvre d’art, mais devant un banal produit industriel aussi expressif qu’une boîte de conserve ou une clé à molette. Aujourd’hui, toutes les voitures se ressemblent, elles ont le même ADN, les mêmes caractéristiques techniques, ce sont des clones qui envahissent les routes du monde entier. Elles doivent répondre à un seul besoin primaire : se déplacer. Vous êtes un homme du passé qui réfléchit avec les schémas de pensée des années 60. Une sorte d’égoïste, de machiste, en clair, un pauvre type qui n’a rien compris à l’évolution de la société. Votre cerveau vous dit Vroum Vroum alors que vous devriez vous responsabiliser, penser aux générations futures, à l’avenir de la planète. Alors cessez vos enfantillages ! Vous ne regardez donc pas les publicités automobiles à la télévision. Elles sont de magnifiques témoignages en faveur de la sauvegarde de l’environnement. A vrai dire, il est de plus en plus difficile de déceler la présence d’une voiture dans ce genre de spots. Elle figure pourtant en arrière plan souvent masquée par des slogans que l’on croirait écrit par l’OMS, Al Gore ou la Prévention Routière.

Des incantations mystérieuses à ne pas rouler. Les voitures ont tellement disparu de l’écran qu’elles prennent parfois la forme d’un robot, d’un jeu de construction ou d’un jouet. L’automobile est morte, un point, c’est tout. Ne pleurnichez pas ! Il faut savoir éradiquer les mauvaises choses. Vous n’étiez qu’un barbare, un gros lourdaud qui ne pensait qu’à appuyer sur le champignon, un inconscient. Oui, un criminel ! Vous n’aviez qu’un seul mot à la bouche : vitesse ! Vous jubiliez lorsque Peugeot annonçait « 115 fauves sous ton capot » ou Alfa Romeo parlait « Des chevaux de feu » et qu’il « fallait libérer sa fougue ». Voyou ! Vous trouviez fantastique que le concessionnaire Jean Charles mette un indien sur les affiches vantant sa Jeep Cherokee Chief. Vous pensiez, naïf, que l’automobile pouvait avoir le parfum de l’aventure, des terres inexplorées, des grands espaces. Conquistador ! Vous rigoliez lorsque Citroën affirmait que sa CX Diesel avait du punch avec une vitesse de pointe de 146 km/h. Humour de garnison ! Vous vous gondoliez en apprenant que la série limitée GSA Chic était le comble de l’élégance. Moqueur ! Vous vous rappeliez avec émotion les publicités Volkswagen de votre enfance avec ce slogan « ce que la Coccinellea fait, aucune bête au monde ne l’aurait fait ». Adolescent attardé ! Vous aimiez le côté péremptoire des allemands, « les Mercedes six cylindres sont les voitures les plus équilibrées du monde ». Vantard ! La suffisance des anglais, « Jaguar, le V12 de la victoire », vous ravissait. Snob ! Vous étiez émus par la poésie de Renault « Caresse du soleil, jeux du vent, deux sourires...un bonheur… prendre la route en Floride ». Midinette ! Vous aimiez que Simca signale la présence de la moquette en série sur sa 1100 Special 7 cv. Nostalgique ! Voilà, le mot est lâché. Quel plaisir d’être un homme ou une femme qui n’a pas perdu la mémoire. Et comme disait Anatole France « le passé c'est notre seule promenade et le seul lieu où nous puissions échapper à nos ennuis quotidiens, à nos misères, à nous-mêmes ».

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