23 janvier 2009
Poème oublié de Joss Beaumont
Vitesse, ma funeste ivresse
Entends-tu ce bruit qui s’amplifie ?
Il arrive, il est là, tout près de toi
Ces montées en régime sonnent comme un défi
Quel est ce bandit qui ose braver la loi ?
Ma tête s’enivre, mon cœur s’emballe
Je n’ai jamais entendu un tel vacarme
J’ai peur que tout cela finisse en drame
Il dévore la route comme un cannibale
Pourquoi roule-t-il si vite ce possédé?
Quelle chimère espère-t-il décrocher?
Ne lui dîtes pas que c’est un fou à lier
Il ne sait pas quoi faire de sa liberté
Vitesse, ma funeste ivresse
J’ai mal au cœur
Mes mains tremblent de fureur
Vitesse, ma funeste ivresse
Tout petit, sa tête était déjà remplie de circuits
Des dizaines d’affiches de pilotes
Tapissaient les murs de sa chambre vieillotte
Il rêvait qu’il roulait toute la nuit
Il ne pensait qu’à conduire
Du soir au matin, sa vie tournait en rond
Son monde à lui était plus beau qu’un ballon
Il avait une terrible envie de fuir
Sa vie ressemblait à un tortillard
Une succession de routes sans trottoirs
Maintenant, il est trop tard pour tout arrêter
Ses rêves ont dépassé la réalité
Vitesse, ma funeste ivresse
J’ai mal au cœur
Mes mains tremblent de fureur
Vitesse, ma funeste ivresse
Sanglé dans sa combinaison de cuir
Sa destinée était parsemée de victoires
Personne ne pouvait lui interdire
D’aller au-delà de ses espoirs
Sa mère l’a vu partir
Dans ses bras, il reviendrait se blottir
Son grand frère avait le cœur serré
Un grand champion était né
Il volait au-dessus de la piste
Comme un funambule sans filet
A son passage, les gens n’étaient plus tristes
Et puis sa monoplace a décollé
Vitesse, ma funeste ivresse
J’ai mal au cœur
Mes mains tremblent de fureur
Vitesse, ma funeste ivresse
22 janvier 2009
Un livre, une auto
« Ah ! Il avait une Dauphine ? Excellente voiture, quoique un peu légère sur la route ! ».
La métamorphose des cloportes. Alphonse Boudard. La Table Ronde.
« Entre Bartali et Coppi existe la même différence, qu’il y avait, en 1935, entre une Fiat et une Bugatti, et qui existe, de nos jours, entre un avion à hélice et un avion à fusée ».
Les deux visages de l’Italie. Coppi et Bartali. Malaparte. Bernard Pascuito Editeur.
« Au sujet des voitures, Bond avait des marottes bien à lui. Il avait acheté, presque neuve, l’une des dernières 41 500 Bentley, avec compresseur Amherst Villiers. Il l’avait soigneusement mise à l’abri pendant la guerre et il la faisait réviser chaque année… C’était un cabriolet transformable-mais qui se transformait vraiment-gris fer, capable de tenir une vitesse de croisière de 145 km/heure avec une réserve de puissance correspondant à 50 km/heure de plus ».
Casino Royal. Ian Fleming. Bouquins Robert Laffont.
« Grouse manqua d’être écrasée par un stupéfiant engin : un vieux taxi londonien peint en mauve, conduit à toute allure par un petit homme en chapeau de tweed que j’eus à peine le temps d’apercevoir ».
Un taxi mauve. Michel Déon. Quarto Gallimard.
« Mais moi, il est pas question que je conduise une putain de Cadillac après cinq ans au volant d’une Silver Cloud. Il est là, avec ses histoires de dignité plein la bouche, et puis il vous expédie à coups de pied dans le cul d’une Rolls de quarante mille dollars à une Cadillac de merde. Faudra qu’il trouve mieux que ça ».
A bout de souffle. Romain Gary. L’Herne.
« Le départ pour l’hôpital Américain eut lieu dans un grand luxe de vieilles Cadillac de louage. Le portier, le maître d’hôtel, la femme de chambre de l’étage, le bagagiste, le barman, le liftier eurent droit à un dernier pourboire royal, qu’ils reçurent avec l’émotion des disciples de Socrate le voyant déglutir la ciguë ».
Le nain jaune. Pascal Jardin. Editions Julliard.
« Le lendemain matin, je pris le premier bac qui me ramena à Roscoff. Ma Volvo m’attendait sur le parking. Elle se pavanait au milieu d’une cohorte de fringants monospaces. Elle faisait l’intéressante vantant ses chromes, son cuir, sa forte cylindrée, tout en se gardant bien d’évoquer ses problèmes de démarrage anémique, de consommation excessive et sa tête des mauvais jours. Je m’engouffrais dans les sièges et une dernière fois, je jetai un regard sur l’île de Batz ».
Quand les hommes d’affaires tombent. Une enquête de Joss Beaumont. Bientôt en librairie.

















