Le blog de Joss Beaumont

Blog consacré aux voitures anciennes, au cinéma, à la littérature et au doux parfum de la nostalgie. Mais qui est ce Joss Beaumont ?

29 janvier 2009

En avant-première, le TOME IV des enquêtes de Joss Beaumont

CHAPITRE 1

« Sur l’écran noir de mes nuits blanches »

Merlin était immobile, il avait le regard perdu des types qui ont peur et qui savent que leur fin est proche. L’imminence de la mort ne rassure jamais les victimes inscrites sur la liste du départ, elle a plutôt tendance à les angoisser. Il n’y a que dans les films à suspense que l’on attend sereinement sa dernière heure, presque libéré, impatient que toute cette grande mascarade cesse. Merlin m’avait ordonné de le rejoindre au plus vite dans cette brasserie du XIIIème qui sentait le tabac froid et le café bon marché. Il était là, à quelques mètres de moi, les yeux rivés sur le Pont de Tolbiac. Ce calme apparent ne lui ressemblait pas. Je l’avais toujours connu exalté devant son écran d’ordinateur, fulminant contre l’Etat policier dans son journal, enfin, toujours en mouvement, une sorte de fourmi insatiable qui courrait dans tous les sens. D’habitude, il parlait vite, on ne comprenait pas tous ses mots, il avalait ses phrases et vous engueulait si vous ne suiviez pas à la lettre sa conversation. Malgré sa petite taille, Merlin prenait de la place partout où il se trouvait que ce soit dans un restaurant ou dans une salle de rédaction. Aujourd’hui, dans ce bar quelconque à la lisière de la Banlieue, il était étrangement éteint. Merlin, le zébulon de la presse française buvait un diabolo menthe, une habitude d’adolescent, avec autant d’entrain qu’un chauffeur de taxi parisien se presse à vous accueillir dans son véhicule. Accablé et réfractaire. Il me salua à peine et commença son monologue en sourdine. Il n’avait pas perdu le goût de la mise en scène. J’avais appris à me méfier de ses sautes d’humeur et de son tempérament brouillon. Mais là, quelque chose clochait dans son attitude. Il semblait avoir vraiment peur et il portait une improbable veste d’une couleur qui me rappelait ma défunte Peugeot 404. Un marron tirant sur le bronze. 

-Joss, mon heure est arrivée. Fit-il à la façon de ces élèves comédiens qui surjouent les tragédies du répertoire.

Posté par belmondo à 10:42 - Les enquêtes de Joss Beaumont - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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