Spirou

Ce matin, j’ai vu une manifestation d’un genre nouveau, une longue cohorte de taxis, rutilantes allemandes, encadrée par deux monospaces, sirènes hurlantes, passablement fatigués et énervés… Preuve s’il en est de la profonde crise que traverse l’automobile française et de la faiblesse du matériel, problème inhérent aux forces de l’ordre depuis un demi-siècle.

Dimanche, j’attends un autre cortège éminemment plus érotique, blondes provinciales, bourgeoises d’Aquitaine ou d’Alsace, trench-coats au vent, lodens verdoyants, rires de préaux, odeur de cakes et d’eau de Cologne, cheveux attachés et idées corsetées, naïves et déterminées, sous cette forme, diable que le mariage est attirant.

Marre d’entendre le moindre interviewé, politicien en quête de suffrages ou agriculteur en quête d’amour, invoquer « la valeur travail » comme gage de moralité.  Tic de langage ou cache-sexe réactionnaire, ces petits soldats de la bien-pensance nous dévoilent ici leur vrai visage, suffisant et vain. Avec 3 millions de chômeurs, on se tait. Principe de précaution.

Bientôt, je n’irai plus acheter mes polars au sous-sol du Virgin des Champs-Elysées avec le délicieux sentiment de braquer une banque. Pénétrer dans cet immense coffre-fort avec un roman de Fajardie entre les mains, c’était comme rouler à 200 avec la bénédiction de la Gendarmerie. Un frisson ouaté.

Que la télé est belle lorsqu’elle refuse ses penchants naturels, jeunisme, illettrisme, silhouette plastifiée, vocabulaire ripoliné et pensée préfabriquée pour exposer des octogénaires fripés, abîmés, sourdingues, cabossés mais terriblement séduisants. Ces vieillards n’ont jamais renié leurs idéaux de jeunesse. Ils laissent la repentance aux médiocres et aux usurpateurs. Avec eux, c’est ce soir ou jamais !

Qui protège la corporation des boulangers-pâtissiers ? Quels secrets d’état ont-ils bien pu cacher dans leur fournil pour être à l’abri de la vindicte populaire ? Que n’entend-t-on pas sur les superprofits des pétroliers, des banques, des opérateurs de téléphonie mobile, tous affreux capitalistes, trousseurs de petits épargnants, etc…Par contre, rien sur le prix fantasmagorique des galettes des rois. Pas étonnant qu’épiphanie soit un mot d’origine grecque. Ça sent la banqueroute frauduleuse.

Sortie du dernier album de Spirou et Fantasio (Tome 53) pour une fois qu’un groom de grand hôtel fait la Une de l’actualité en évitant la case « fait-divers ».

Luchini en promotion, débordements habituels, jeu efficace à défaut d’être original, la vrille érigée en méthode commerciale, redoutable marchand des quatre saisons «  je vous mets un peu de Céline ma bonne dame, et puis vous prendrez bien une imitation de Johnny, le Muray, il est bien à cette saison et avec ça, un petit tacle au gouvernement juste pour se faire les dents et une caresse pour Sarko, c’est offert par la maison », les animateurs aux anges, l’audience revigorée, le zapping sustenté et le téléspectateur oscillant entre rire et malaise, le pitre n’a réussi qu’à moitié son coup, dans son œil, on a vu une grande lassitude. Et c’est à cet instant qu’on l’a trouvé le meilleur.