Parisaumoisd'août

Trois prix « old school » pour démarrer l’année.

 Que lire en janvier quand le soleil pique du nez dès cinq heures de l’après-midi ? La production actuelle vous assomme, alors partez en quête de romans oubliés. Des romans courts, violents, ensoleillés et légers comme un twist. Des romans « vintage » qui n’évoqueront pas le mariage pour tous, la Syrie, la guerre à Droite, les mauvais sondages de l’exécutif, ni même l’épineux aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Des romans qui déchirent le cœur, des romans de nostalgiques romantiques, les plus beaux, les plus sincères. L’été anglais de Denis Tillinac est une pure merveille qui a obtenu le Prix Roger Nimier 1983. Dans cette traversée du Sud de l’Angleterre, on retrouve les marottes de Tillinac, son abjection des années Mitterrand, des modes littéraires, des engagements de pacotille, en somme, d’une époque factice qui a préféré la veulerie au courage. La plume de Tillinac n’est jamais aussi sensible et délicate que lorsqu’il évoque les amours passés, les rêveries d’adolescence, l’âge des possibles. Son héros, sur un coup de tête, abandonne une femme intelligente, moderne et insupportable pour retrouver son amour de jeunesse. Une certaine Linda Followay dont « les hanches touchaient à la perfection au point de rendre nos séparations presque désirables, car je pouvais alors la regarder s’éloigner ». Le héros de Tillinac cherche obstinément à répondre à cette question : « Pourquoi Linda Followay n’aurait-elle pas échappé aussi à la souillure de la maturité ? ». A la quarantaine, tous les hommes s’interrogent, jettent un œil attendri sur ces séjours linguistiques qui auront rendu les français meilleurs amants que bilingues. La fascination des anglaises ne date pas des années 80, René Fallet le prouve dans un roman d’apprentissage encore plus ancien. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de l’éducation sentimentale d’un jeune homme, mais d’un quadra, modeste employé à la Samaritaine au rayon « articles de pêche ». Henri Plantin est seul dans un Paris de carte postale. La Capitale se vide. Femme et enfants ont pris la direction de la plage. Il reste la mère Pampine, cette atroce, cette néfaste concierge qui surveille tout l’immeuble. « Paris au mois d’août », Prix Interallié 1964, est un roman dangereux porté à l’écran par Pierre Granier-Deferre avec pour acteurs principaux : Charles Aznavour et Susan Hampshire (toujours pas en DVD au grand dam des cinéphiles, lançons une pétition !). Certains ont, parait-il, écourté leurs vacances à la lecture des premières pages. Ils n’avaient plus qu’une envie : remonter sur Paris illico presto. Tout planter là, drap de bain, jeune fille au pair, marmaille, soleil de Méditerranée, grande bleue pour s’inventer une mission urgente. Car tous les hommes aspirent à cette rencontre fortuite, intense, pathétique et superbe dans un Paris des années 60. Pour Henri Plantin, cette rencontre a pris une forme bien particulière : « Une robe rouge venait à lui...Elle avait un attendrissant, un ineffable accent anglais, et prononçait « perdoue ». Cette Patricia, Pat pour les
intimes, blonde, mannequin volant et sujette de sa Majesté, ne sera pas perdue pour tout le monde. S’il vous reste un peu de place sur votre table de chevet et que les mannequins ne vous rebutent pas, « Creezy », Prix Goncourt 1969, est un autre joyau de la littérature française qui se (re)lit à tous les âges de la vie. Pierre Granier-Deferre, encore lui, en a tiré « La race des seigneurs », un film avec Alain Delon et Sydne Rome. L’été va si bien au teint de Creezy. Elle ensoleillera votre hiver. Il y a tant de raisons d’aimer ce livre, parce que Félicien Marceau, disparu l’année dernière était certainement l’un des écrivains majeurs du XXème siècle. Talentueux, irrésistible et gracieux. Et aussi parce que Creezy est un personnage obsédant : « Il n’y a plus que Creezy, Creezy et son profil doré, Creezy qui dit cheese, Creezy et ses larges yeux verts, Creezy mon icône peinte, Creezy et son slip blanc, étroit et long, Creezy qui marche vers moi… ». Bonne rentrée littéraire en compagnie de Linda, Pat et Creezy !

L’été anglais de Denis Tillinac – la petite vermillon

Paris au mois d’août de René Fallet – folio

Creezy de Félicien Marceau - folio