StephaneAudran

Folies Bourgeoises, vrai nanar ou faux navet ?

Dans toute œuvre ratée, il y a toujours un minuscule rai de lumière. Pas forcément de génie, ni de talent, mais un soupçon de vérité, un parfum évanescent de beauté, quelque chose d’admirable qui tranche avec la vulgarité ambiante. C’est le cas de « Folies Bourgeoises » réalisé par Claude Chabrol en 1975. Par provocation, esprit cabot et relents potaches, Chabrol a déclaré que c’était « le plus mauvais film de l’histoire du cinéma (avec Fanny de Joshua Logan et Le Jour et la Nuit de BHL) ajoutant même « c’est épouvantable. En le revoyant, j’ai pleuré de rire. Le splendide dernier plan (que j’avais cru tourner) est pire que le reste ». Méfions-nous de l’analyse rigolarde de Chabrol, l’homme était assez habile pour botter en touche. Cette auto-flagellation était-elle une esquive parmi d’autres ? Sur le fond, le film est, en effet, déplorable d’invraisemblance, l’intrigue sans queue, ni tête, les acteurs jouent volontairement mal, les dialogues sont inconséquents et l’ensemble déroutant. Est-ce pour autant un supplice ? Oui, pour celui qui s’attend à voir une œuvre construite, agréable à l’œil et solidement arrimée à une réalité sociale. Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsqu’il décrypte et fait exploser les tensions provinciales. La légende veut que ce film ait été réalisé pour flatter Edgar Faure. Le nanar était tiré d’un roman, « Le malheur fou », écrit justement par l’épouse du Président du Conseil. Doit-on se dispenser pour autant de le revoir? Le condamner à l’oubli ? A force d’énoncer tant de mauvaises raisons, Chabrol a fini par donner corps à cet objet cinématographique en le rendant presque captivant. Une mauvaise histoire, de mauvais acteurs, ça sent le film culte à plein tube. Un simple examen confirme cependant le désastre. Désolant sur toute la ligne mais… « Folies Bourgeoises » charme par son décor, ses costumes, ses voitures, son goût pour la littérature et ses actrices. Le thème principal n’est pas comme on le dit souvent la déliquescence d’un couple qui devient zinzin. Ce chassé-croisé loufdingue entre amants et maîtresses n’est qu’un prétexte pour parler d’une seule chose : les doutes d’un écrivain. Son incapacité à écrire, à se renouveler, à obtenir des prix littéraires…En cela, « Folies Bourgeoises » est éminemment siglé « Seventies ». On se rend compte combien le cinéma était, à cette époque-là, imbriqué dans la littérature. Viendrait-il à l’idée d’un producteur actuel de filmer 90 minutes d’errance, de doute et de création ? Sans cascade réalisée à la palette graphique, sans message fraternel sur l’amour des peuples, sans bons sentiments, sans démagogie bien-pensante ? Impensable. « Folies Bourgeoises » est une plongée abyssale dans la tête des hommes des années 70. Et puis, revoir Paris et sa banlieue sous une tristesse automnale est un ravissement qui serre le cœur. Le gris va si bien à Paris. Quel bonheur d’apercevoir les Quais de Seine, la bonne ville de Meudon, un café où l’on sert du Sauvignon ou du Muscadet, des billards électriques, des hommes cravatés, des femmes en déshabillé de soie, un facteur à motocyclette, une gouvernante à l’accent autrichien, une réceptionniste nymphomane, un éditeur (splendide Jean-Pierre Cassel) dansant sur le trottoir, toutes ces choses ont disparu depuis longtemps. Alors oui, « Folies Bourgeoises » est insane mais vous y verrez des voitures oubliées (Excalibur, Audi 50, Alfa Romeo Montréal conduite par un étrange Aznavour, etc…) et un casting où l’on reconnait la patte de l’obsédé qu’était Chabrol. Des filles sensass ! Le moule a été cassé au tout début des années 80. Une vamp hallucinée notoire incarnée par Stéphane Audran, une Sydne Rome plus ingénue que Creezy, une Ann-Margret corrosive sans l’épaisse couche de guimauve Elvisienne, une Sybil Danning sculpturale playmate de Salzbourg ou encore une Maria Schell, première sirène viennoise comique. Juste pour la présence de ces cinq filles à l’écran, « Folies Bourgeoises » mérite un visionnage attentif et au final, pas si déplaisant.

DVD Folies Bourgeoises – Claude Chabrol –Studio : lmlr