Alexandra

 

Duel Lauda/ Hunt sur grand écran

Allergiques au talon-pointe, aux montées en régime, à l’odeur d’huile de ricin, passez votre chemin ! « Rush », le dernier film de Ron Howard (en salles depuis le 25 septembre) n’est pas éco-compatible et n’a reçu aucune certification du GIEC. Adeptes du vélib’, rangez-vous sur le bas-côté car « Rush » est 100 % polluant ! Il déboule sur les écrans avec la force et la virtuosité d’un V12 accordé par les mélomanes de Maranello. Ces mécanos-là sont les meilleurs mélodistes au monde. Qui n’a jamais goûté à ces envolées lyriques et ténébreuses ne connaît rien de la béatitude. Pour certains hommes, il y a plus érogène qu’une strophe de Rimbaud ou les épaules dénudées d’une femme mariée. Les plaisirs mécaniques sont insondables. Alors, quand un film énergivore en carburant, politiquement incorrect qui déshabille les filles et fait accélérer les hommes, arrive sur nos écrans, j’accours ! Même s’il ne peut décrire qu’une époque lointaine : les années 70. Ron Howard revient sur le duel qui opposa James Hunt, le britannique flamboyant à Niki Lauda, l’autrichien taciturne, durant la saison 1976 du Championnat du monde de Formule 1. Dit comme ça, beaucoup d’entre vous pourraient, en fait, décrocher. Des excités de la boîte de vitesses qui tournent en rond, c’est pathétique, infantile, dépassé, misogyne ! En êtes-vous vraiment sûr ? De la compétition automobile, on ne retient aujourd’hui que des histoires absurdes de sponsoring et de  droits télé. Entre excès de testostérone et gros sous, le sport automobile n'a plus la cote auprès du public. Il sert à peine les intérêts économiques des constructeurs qui veulent motoriser des régions de la planète pas encore converties aux vertus du moteur à explosion. Le réalisateur américain qui, restera à jamais pour les téléphages français Richie Cunningham de la série Happy Days, s’est souvenu d’un temps où les circuits étaient une scène de théâtre. Chaque dimanche, les pilotes rejouaient Racine. Le 1er août 1976, Lauda, champion en titre, est victime d’un terrible accident au Nürburgring, sa voiture prend feu, il s’en sort miraculeusement, le visage brûlé, les poumons remplis d’essence, le 12 septembre de la même année, il renfile sa combinaison et prend le départ du Grand Prix d’Italie. Ron Howard a braqué sa caméra sur cette période où les chevaliers de la F1 tutoyaient les dieux de la vitesse. Au cours des années 70, les week-ends se révélaient souvent meurtriers. Piers Courage à Zandvoort, Jochen Rindt à Monza ou notre héros national, le charismatique François Cevert durant les qualifications du Grand Prix des Etats-Unis, perdirent la vie au volant de leur monoplace. Chaque année, la piste avalait les hommes. La foule cannibale en redemandait. Hunt et Lauda, par leur caractère et leur style antagonistes, incarnaient cette folie-là. Deux pilotes de légende, une tête-à-claques flamboyante et un metteur au point de génie. Hollywood aime les grosses ficelles. La subtilité n’est pas toujours au rendez-vous. C’est manichéen, brutal, la musique (trop) forte couvre le bruit des moteurs et l’image est parfois criarde. Malgré ces défauts inhérents aux films d’action, une débauche d’énergie, une saturation des couleurs et une psychologie de bazar, on reste sur son siège baquet. Oui, les deux acteurs en font des tonnes. Chris Hemsworth (Hunt) campe un pilote rapide, agressif, bagarreur, baiseur et frénétique. Daniel Brühl (Lauda) joue sur la réserve, mutique, économe de ses gestes et paroles. A l’arrivée, ils forment un duo très plaisant à regarder. Ron Howard a presque mieux réussi les scènes d’amour, d’ambiance, tous les extérieurs que les confrontations sur la piste elle-même. Les nostalgiques aimeront revoir les somptueuses McLaren, Ferrari, Tyrrell et autres Ligier du milieu des années 70. Et puis, comment oublier des noms aussi chantants que Clay Regazzoni, Emerson Fittipaldi ou Mario Andretti ? Mention spéciale aux épouses de pilotes. Olivia Wilde, l’éternel Numéro 13 de Dr House, interprète Suzy, la compagne de Hunt, cette comédienne est formidable dans les rôles d’amoureuses trahies. Le désamour l’habille à merveille. Quant à la révélation de ce film, Alexandra Maria Lara (Marlene Lauda), elle possède une classe naturelle, une distinction à l’ancienne, un charme fou. A voir autant pour le spectacle pyrotechnique que pour cette liberté surannée, vestige des Seventies.