19 septembre 2007
BELMONDO ET MOI
Léon Morin prêtre
Quand je pense à « Léon Morin prêtre », je ne pense pas au film mais à un article de journal que j’ai lu sur les conditions du tournage. Le film, tout le monde le connaît, belle confrontation entre Riva et Belmondo sur fond d’Occupation, de religion et de désir. Mais pour moi, « Léon Morin prêtre », c’est une image inoubliable, Belmondo en soutane au volant d’une AC Cobra débarquant sur le plateau. La décontraction à l’état pur. Belmondo est un acteur à part, pas le genre prise de tête, mise en condition, disons le gros mot « Actor’s Studio ». Belmondo incarne le grand acteur. Dérapage contrôlé, klaxon italien, vrombissement de sa belle américaine, stupeur dans l’équipe, agacement de Melville et puis dès que la caméra tourne, le fanfaron, le joyeux trublion joue à merveille ce prêtre, tout en finesse et discrétion. Une grande leçon de cinéma et de vie. Il faut toujours surprendre son entourage, brouiller les pistes, dépasser les limites et les frontières. Ne jamais être là où l’on vous attend. Belmondo nous apprend à jouer de la vie, j’ai essayé de créer un personnage complexe, un jour, fils de bonne famille, un autre, gueule de gitan andalou. Il faut du temps pour se forger plusieurs identités. Parfois, on se trompe, on s’égare. De toute façon, les femmes ne cherchent pas cet être parfait, ce gentleman à la peau lisse et à l’éducation parfaite. Elles veulent tout et son contraire. J’alterne costume et visage de communiant, avec barbe rêche et blouson de cuir. Je n’ai que trente-quatre ans, je compte bien m’améliorer.
« Léon Morin prêtre » est sorti en 1961, mon père avait 13 ans. Belmondo commençait sa carrière et mon père se demandait si la vie allait lui sourire. Mes grands-parents, pourtant en France depuis plus de vingt-cinq ans, parlaient toujours aussi mal notre langue. Républicains espagnols, ils pensaient encore retourner un jour en Espagne. J’aimerais bien un jour offrir une AC Cobra à mon père.
Flic ou voyou
Je passe sur l’histoire, le film n’est qu’une énième interprétation de la guerre des Polices. Le commissaire Stanislas Borowitz débarque à Marseille pour confondre deux flics corrompus, Rey et Massard et régler, à l’occasion, le compte de Theo dit l’Auvergnat et d’Achille Volfoni dit le Corse, deux truands sortis des années 40. Alors que le film date de 1979. Tout un programme. La ficelle est un peu usée, mais on se laisse entraîner car Belmondo dynamite cette petite fiction policière. J’ai un souvenir précis, mon père particulièrement à cheval sur les horaires de coucher, m’avait laissé veiller un dimanche soir pour que nous regardions en famille « Flic ou Voyou ». Mon père avait compris toute l’importance de Belmondo dans mon éducation. Car au-delà de l’idée de bien et de mal, Belmondo fait souffler un vent de liberté sur ce film. C’en est presque révolutionnaire ! Belmondo nous apprend l’irrévérence et la distance comme si la vie était une grande mascarade, un immense jeu de rôles où l’on pourrait à chaque mi-temps changer de camp. Dans les meetings de Lutte Ouvrière, Arlette aurait du montrer « Flic ou Voyou » à ses militants. Les bourgeois y sont grossiers, les truands chaleureux, les flics pourris, les femmes trompées, les hommes volages et les écrivains neurasthéniques. Une vraie grille trotskiste de la vie en société. Ce que je préfère dans « Flic ou Voyou », c’est la première scène, Belmondo s’arrête sur une aire d’autoroute au volant d’un cabriolet Caterham et déplie à même le sol son matelas de couchage.
Il est attaqué par des marlous de banlieue qui roulent en R 16. Des voyous en R16, on est déjà dans le second degré. Et là, après avoir menacé et dépouillé Belmondo de ses vêtements, le commissaire Stanislas sort un flingue, enfin un pétard que même les Américains n’osent montrer dans leurs films d’action. Pour un garçon qui a eu l’autorisation de se coucher exceptionnellement à
22 H 30 la veille d’un jour d’école, quelle jouissance, quel bonheur ! Récemment, je me suis repassé cette scène. Belmondo pointant son flingue en direction de trois pauvres types avec cette gouaille, ce naturel jubilatoire. Belmondo est l’incarnation du mec qui en a. Simpliste, manichéen, grotesque, certainement mais quel gosse n’a pas rêvé un jour, une seule fois d’imposer ses choix, d’être le patron, le boss. Je commande, j’ai le revolver, vous n’avez qu’à bien vous tenir. Toute notre vie, dans les entreprises, nous courrons après cette promotion, cette belle voiture de service et cette secrétaire accorte. Cette course ridicule au pouvoir, Belmondo nous l’explique avec son flingue de compétition. Lorsque j’ai fait mon service militaire, j’ai moi aussi essayé de tenir le pistolet que l’Armée nous fournissait imitant la pause de Belmondo, l’effet était pitoyable. Un petit garçon empoté qui veut faire croire qu’il est déjà un adulte.
Tendre Voyou
Ce film de Jean Becker est un peu oublié, dans les biographies on le malmène, on le chahute même. « Tendre Voyou » est pourtant instructif, quand je le regarde, je vois une photo de famille. Nous sommes au milieu des années 60, Belmondo est déjà célèbre et il est entouré de Jean-Pierre Marielle et de Philippe Noiret. Ces trois jeunes hommes, imaginaient-t-ils devenir les piliers du cinéma français des trente dernières années ? Quel tableau, Belmondo, Marielle, Noiret ! « Tendre Voyou », c’est une histoire d’amitié, de connivences de conservatoire, de loufoqueries de potaches. Je me trompe peut être, mais ils ont l’air de s’aimer. Comme si entre chaque scène, les clins d’œil et les regards complices fusaient entre eux. Pour moi « Tendre Voyou », c’est un peu ma photo de classe de maternelle, où je vois mon ami Alexandre avec une salopette en jean et une coupe au bol. Et cet air ahuri et charmeur qu’il a toujours. Belmondo n’a pas bougé d’un poil physiquement, le film a plus de quarante ans et il est le même. A part les cheveux blancs, il a conservé cette ligne, cette allure de sportif, de playboy, même la maladie ne l’a pas transformé. Un mélange de Gatsby le Magnifique, de titi parisien et de séducteur méditerranéen. Marielle, dans un rôle de souffre-douleur est d’une drôlerie jouissive, sa voix était déjà posée. Si je place Belmondo en numéro un, Marielle est en embuscade juste derrière. Il peut tout jouer. Digne et élégant.
Noiret avant d’opter pour la barbe avait une tête de poupon, de petit garçon encombré par sa lourde carcasse. Je ne sais plus à partir de quand il a décidé de changer de tête.
Maria Pacôme apparaît dans le rôle d’une maîtresse hystérique, rôle qu’elle joua toute sa vie sur scène ou à l’écran.
L’Incorrigible
Belmondo incarne Victor Vautier, escroc croquignolesque affublé de son comparse Julien Guiomar. Là aussi, l’histoire n’a pas beaucoup d’intérêt, le vol d’un triptyque dans un musée de Senlis. D’abord « L’Incorrigible », c’est une leçon d’élégance de toutes les minutes. Quand Belmondo, alias Vautier, alias Ralph Bennet, alias Charles Henri de Perusac, alias Maître Vassembert, alias Max, Henri ou Gino monte dans son cabriolet Jaguar Type E, les dandys peuvent se rhabiller. On retient sa respiration. Essayez de sauter dans l’habitacle exigu d’une Type E avec un pantalon de costume bien serré, un parapluie et un chapeau. Sans que tout ça ne bouge, ni ne tombe. Comme souvent dans les films de Belmondo, les actrices qui partagent l’affiche avec lui sont inoubliables. C’est le cas de Geneviève Bujold que l’on voit également à ses côtés dans « Le Voleur » de Louis Malle. Tête d’enfant, charme juvénile, le carré parfait, la barrette dans les cheveux. Geneviève, plus aucune femme ne s’appelle aujourd’hui Geneviève. J’ai essayé de retrouver la trace de l’actrice, mais après quelques films aux Etats-Unis, son parcours est mystérieux. Quel âge a-t-elle aujourd’hui ? Quelle femme est-elle devenue ? A-t-elle des enfants ? Porte-t-elle toujours des gilets ? Je me pose des centaines de questions sur cette bouille d’adolescente qui vous serre le cœur lorsqu’elle apparaît à l’écran. La dernière fois que je suis passé au tribunal pour excès de vitesse, je m’attendais à voir une juge aussi désirable que Geneviève. Peine perdue, la magistrature française a vraiment décoté ces dernières années. C’est pire que la gendarmerie, des petits adjudants-chefs qui parlent fort, qui s’adressent à vous comme si vous aviez violé et tué. A quand une juge d’application des peines comme Geneviève, qui vous parle comme une gentille institutrice et qui déjeune avec les détenus en commandant du jambon persillé au restaurant. Dans « L’Incorrigible », on retrouve Charles Gérard, la grande question est de savoir si Charlot est capable de jouer autre chose que des rôles d’idiot, d’abruti. Il est exceptionnel mais à force de lui confier ces personnages, je commence à douter. Belmondo s’invente dans « L’Incorrigible » une enfance gitane, élevé par les gens du voyage. Belmondo, c’est aussi le goût de l’aventure, de l’imposture, tout est possible. Vous êtes né comme moi à Valence de parents restaurateurs, et vous parlez de vos oncles tsiganes, de vos vacances en roulotte. Belmondo nous aura enseigné la liberté de rire de tout, de se moquer de tout et surtout de la réalité.
Le Casse
Omar Sharif vieillit bien. Dans ses films de jeunesse, il ressemble à un épicier arabe, on lui met une blouse et on l’installe derrière un tiroir caisse. Il a les joues trop larges, avec les années son visage s’est aguerri, il est plus froid, plus oriental, plus énigmatique. Dans « Le Casse », on ne le croit pas, il est balourd ce Omar. Aujourd’hui, c’est un vieillard exquis, il atteint des sommets de séduction et d’élégance. Ne comptez pas sur Omar pour s’afficher à la télévision avec un polo et une veste défraîchie. Il s’habille avec toutes les nuances d’un homme de goût. A l’époque où l’on cherchait un remplaçant à Pierce Brosnan dans James Bond ? Pourquoi ne pas avoir pensé à Omar Sharif ! Daniel Craig aurait eu un concurrent redoutable. Tous les jeunes premiers du cinéma ont du travail pour se hisser au niveau de leurs pairs. Un effort sur la tenue, les garçons. Mai 68 a
Un acteur, c’est une référence, un modèle pas un copain de classe à qui vous prêtez votre sweat. Quand Omar Sharif parle, je suis impressionné par les mots qu’il emploie. On croirait lire du Cossery, toujours cette distance, cette douce ironie, ce détachement qui fait de lui un être à part. Comme s’il ne maîtrisait pas sa vie, les choses lui sont tombées dessus, une sorte de fatalité. Vous ne pouvez échapper à votre destin, il se déroule, vous en êtes le spectateur. A croire Omar, il n’a rien provoqué, rien recherché, c’était écrit. Belmondo et Sharif se rejoignent sur un point, ils ne connaissent pas la mesquinerie, les jalousies d’acteurs, les rivalités, ils tracent leur carrière. Insubmersibles, ils gardent toujours le sourire de ceux qui savent que la vie ne se limite pas à une salle de cinéma. Quand « Le Casse » est sorti en 1971, mon père avait revendu sa Berlinette Alpine, j’ai conservé une photo d’elle sur mon bureau.
L’Alpagueur
Labro raconte toujours les mêmes histoires. Mais c’est un grand perfectionniste, un type qui a du savoir-vivre et un certain savoir-faire. Tous les détails, les décors, les voitures, les vêtements sont choisis avec soin. Il ne lui viendrait pas à l’idée de négliger une paire de souliers, une pochette, des boutons de manchette. Les films de Labro sont toujours de bons films d’époque, il capte l’ambiance de l’année 1976. Le ciel était nuageux cette année-là.
Carole Bouquet n’a jamais été aussi belle que dans « Rive Droite Rive Gauche »
(RDRG), grande tige brune, bourgeoise blessée, intense, toujours au bord du gouffre. Weber a vraiment grossi. Souvenez-vous de Bernard Fresson, admirable goujat dans « Les galettes de Pont-Aven » et industriel à vomir dans RDRG !
« L’Alpagueur », c’est un peu le salon de l’auto 1976. On ne se refait pas, Philippe n’est pas le genre de type à conduire la première voiture venue. Devant nos yeux défilent les plus belles productions de l’année coupé Mercedes SLC, Mustang Mach I, Range Rover,…
Je compare souvent Labro à d’Ormesson, je n’arrive pas à finir leurs livres. Ce sont des écrivains mineurs mais ils ont tellement peaufiné leurs images, leurs façon de parler, de marcher, qu’il m’arrive de les imiter. Il faut voir Labro sur un plateau de télévision, alors que tous les autres intervenants relisent leurs dernières fiches, resserrent leurs nœuds de cravate, s’installent gentiment sur leurs sièges, Labro fait du Labro. Chic. La caméra s’attarde sur lui en coulisse, la cravate en bandoulière autour du cou, décontraction à l’Américaine, la télé, la littérature, le cinéma, la radio, c’est son jardin d’enfant. Pas de panique, il maîtrise son sujet, et naturellement déverse un flot de paroles. On ne l’écoute pas, on le regarde, si on dit de certains acteurs qu’ils font l’amour avec la caméra, Labro la domine, l’instrumentalise. Un vrai stalinien.
Mon grand-père est mort d’une crise cardiaque en 1976. Il était le sosie de Gabin.
L’Animal
« L’Animal » aurait du rester un court-métrage. 1 H 40, c’est un poil long. D’abord, je n’apprécie pas Raquel Welch, bien qu’elle soit physiquement agréable à regarder, elle n’a aucun charme, une drôle de coupe de cheveux et les seins trop lourds. Le prototype de l’Américaine du Middle West. « L’Animal » est un très mauvais film. Et pourtant, il est sauvé par Aldo Maccione. Mon père était le plus grand spécialiste français d’Aldo Maccione, il avait tout vu, de ses premiers films italiens à ses clowneries des années 80. Aldo a été à l’origine d’une gigantesque supercherie, se faire passer pour un playboy de pacotille, mais quand même un playboy, lui le grassouillet italien aux traits épais. Si vous êtes fin observateur, vous remarquerez que dans la plupart de ses films, Aldo porte un chapeau, une casquette, un bob, un mouchoir, il est rarement tête nue. En 1977, le cinéma était audacieux, presque suicidaire, monter un film comme « L’Animal » n’a aucun sens. C’est à cause de ce genre de pari débile, d’opérations cinématographiques douteuses que l’on aime Belmondo.
Pourquoi un type de sa stature, une vraie vedette se compromet dans un tel navet ? Parce que Belmondo est le plus joueur des acteurs. Sa force, ne jamais craindre le ridicule, tourner, encore tourner, prendre du plaisir, jouir de la vie d’acteur.
J’ai été opéré de l’appendicite en 1977. En m’emmenant à l’hôpital, ma mère qui roulait avec une Méhari jaune citron est rentrée dans une autre voiture. Bilan, nous avons été chacun de notre côté pris en charge à notre arrivée aux urgences, moi avec mon mal au ventre, elle avec son bras cassé. La distribution de « L’Animal » était tout à fait étonnante, on y trouve à peu près n’importe qui et n’importe quoi. Dany Saval, Josiane Balasko, Julien Guiomar, Mario David, Claude Chabrol, Jane Birkin, Yves Mourousi, George Beller, Richard Bohringer et Johnny Hallyday dans son meilleur rôle.
Joyeuses Pâques
Une fois de plus, revoir « Joyeuses Pâques », c’est un peu revoir « La Gifle La Boum
Je suis déçu, Sophie a beaucoup trop maigri. Elle est devenue plus lointaine. Je m’attends tous les jours à voir sortir du métro une fille comme Sophie Marceau.
Le créateur du magazine Playboy, Hugh Hefner affirmait qu’une bonne playmate doit ressembler à votre voisine, votre collègue de bureau, votre épicière, elle doit immédiatement susciter chez vous un désir proche, naturel, pas du tout sophistiqué. Sophie, tu es devenue transparente, tu te perds dans tes paroles, reprends les kilos qui ont fait de toi l’incarnation de la beauté féminine. A la fois mère, amante, pute, copine, tu étais toutes celles-là à la fois.
Tu nous manques Sophie. Personne ne t’a remplacé.
Je profite de « Joyeuses Pâques » pour remercier Remy Julienne. Rémy a fait de la cascade une activité sérieuse, professionnelle, presque scientifique. Il a permis à beaucoup d’enfants de ne plus passer pour d’irrémédiables tarés lorsqu’on leur demandait ce qu’il voulait faire plus tard. Un gamin peut aujourd’hui dire avec le plus grand sérieux : CASCADEUR !
Le professeur est bien obligé d’admettre que Rémy Julienne a réussi. Rémy, grâce à toi, on peut faire taire tous les donneurs de leçons de l’Education Nationale.
A noter, à la fin du film, Belmondo porte un blouson zippé de couleur verte. N’essayez surtout pas, il est le seul homme à ne pas trop être ridicule avec ce vêtement.
Cartouche
Dans « Cartouche », Claudia Cardinale meurt. On ne devrait jamais faire mourir à l’écran Claudia Cardinale. C’est un postulat du cinéma moderne. Vous pouvez faire mourir Danièle Evenou, Isabelle Huppert, Véronique Genest, Marie-Anne Chazel, mais pas Claudia.
La sirène du Mississippi
La dernière fois que j’ai vu « La sirène du Mississippi », le film passait à la télévision. Je devais avoir douze ou treize ans. Je ne me souviens plus du tout de l’histoire. Je n’ai pas eu la force ou le courage de le revoir. J’ai le sentiment de quelque chose de bizarre, comme si le film diffusait de mauvaises ondes. Ce n’est pas que je sois superstitieux mais par précaution, je me méfie. J’ai quand même acheté le DVD, mais pour conjurer le mauvais sort, j’ai préféré la version anglaise « Mississippi Mermaid ». Comme si la barrière de la langue pouvait me protéger ! Sur la pochette du DVD, le résumé indique à la population américaine que Belmondo s’est illustré dans « Les Misérables ». Jamais je n’aurais mentionné ce film.
On ne peut pas dire que « Les Misérables » soit associé à Belmondo, Gabin pourquoi pas, Ventura certainement. Enfin « Les Misérables » doivent avoir le même effet que Tour Eiffel, Champs-Elysées, Haute-couture, parfum, vin, gastronomie et j’en passe.
Il y a un mystère Deneuve. Je préfère les brunes. Au risque de choquer certains, elle ne me plaisait pas jusqu’à très récemment. Les mauvaises langues disent qu’elle s’est empâtée, qu’elle a un peu forci, que ce n’est plus la beauté française que la terre entière nous enviait. Je ne suis pas du tout de cet avis. Catherine Deneuve m’excite aujourd’hui. Elle dégage une sexualité, un désir que j’ai honte d’avouer. Elle est en pleine possession de sa féminité. Catherine Deneuve est enfin devenue une femme et pas cette blondinette asexuée des années 70. Elle a en plus l’œil coquin.
Dernier conseil vestimentaire, Belmondo porte des chemises à carreaux avec les manches retroussées. Là aussi, il est le seul à pouvoir le faire.
Le Guignolo
Dans « Le Guignolo », les personnages ont des noms insensés. Dans une encyclopédie du cinéma, j’ai recensé des patronymes qui à eux seuls méritent de revoir le film. Par ordre d’apparition à l’écran, j’annonce : Alexandre Dupré alias Alexandre de Vallombreuse, Achille Sureau, Colonel Donadieu alias Joseph, Helmut von Offenburg, Sophie Chaperon alias Pamela Eagleton-George. Sublime. Un dernier pour la route : Abdel Fahrad, un improbable espion arabe joué par Charles Gérard qui pour l’occasion s’est « rasé » la tête. Incroyable, débile, grandiose.
Que sont devenues les deux actrices Mirella d’Angelo et Carla Romanelli ?
En 1980, Belmondo était déjà un habitué des évasions, des sorties ou des arrivées en hélicoptère. La mode des hélicoptères au cinéma a complètement disparu. Les scénaristes gagnaient toujours quelques minutes sur le film. De l’action vite torchée. Aujourd’hui, les hélicoptères ne font plus rêver les spectateurs, peut-être les prisonniers.
Carla Romanelli apparaît à l’écran en nuisette. Quelle actrice accepterait aujourd’hui de jouer uniquement en déshabillé ? Le cinéma français a toujours été indulgent avec les Italiennes. Ce sont toujours des brunes pulpeuses, les yeux sombres, le décolleté généreux, elles sont une invitation perpétuelle à l’amour.
Je suis allé avec mes parents en Italie en 1983. Les Italiennes sont calculatrices, intéressées et souvent boudinées. L’Italienne de la rue n’a rien à voir avec les créatures à la peau dorée et aux cuisses tendres que Lautner nous montre. J’étais déçu. De toute façon, je partageais la même chambre d’hôtel que mes parents.
Dans « Le Guignolo », Belmondo monte à cheval. C’est assez rare. Par contre, il a tenu à arriver en bateau directement dans le hall du Danieli à Venise. Un grand classique dans la carrière de Belmondo. L’utilisation abusive du hors-bord, de la cigarette. Merci Remy Julienne.
On s’aperçoit que le film à plus de vingt-cinq ans en regardant l’affiche. Belmondo en haut de forme et en caleçon à pois rouges. Plus personne ne porte des caleçons.
Les Morfalous
Je suis allé voir les Morfalous au cinéma en 1984. Mes parents venaient de divorcer. Je n’ai pas beaucoup ri. J’étais triste et perdu.
Docteur Popaul
Etudiant en médecine, Belmondo alias Paul Simay, organise un jeu-concours avec ses camarades, celui qui couche avec la plus laide, empoche la mise. Je remercie encore toutes les moches d’avoir couché avec moi sinon j’aurais été puceau jusqu’à trente ans. Le problème, c’est que même les moches deviennent difficiles. A force de lire la presse féminine, elles ont perdu le sens des réalités.
Il est agaçant aussi ce Belmondo à toujours se taper les plus belles filles. Chabrol l’a bien calmé en le jetant dans les bras de Mia Farrow, tête de musaraigne affolée aux dents de lapin. Terrible. Il l’a vraiment enlaidie. Mais Chabrol n’est pas un mauvais bougre, il l’aime bien son Belmondo, il tient à sa réputation, à la fin du film, il le laisse quand même repartir au bras de Laura Antonelli.
Pourquoi ne voit-on plus d’actrices italiennes au cinéma ?
Stavisky
Les mauvais journalistes font toujours référence à « Stavisky » pour adoucir leur jugement sur Belmondo. Il a quand même fait « Stavisky » de Resnais. Il est excusé. On en oublierait presque les daubes des années 80. Magnanimes, ils lui évitent la peine capitale. Evidemment que Belmondo est capable de tout jouer, d’où ils sortent ces corniauds, il peut incarner Napoléon, César, Jean de Florette, Navarro ou Julie Lescaut. Son talent n’a pas attendu Resnais pour nous éclabousser. Mais là, où Belmondo nous surprend, ce n’est pas dans le panache de Stavisky, les costards cintrés, les belles femmes, non, Belmondo est sublime dans la nuance, les doutes, la maladie d’un homme mythomane et perdu. On peut féliciter Resnais dans sa direction d’acteur. Si « Le corps de mon ennemi » m’a appris l’imper jeté sur l’épaule, « Stavisky » a favorisé l’usage de l’écharpe blanche. Et là, cet accessoire est à manier avec une grande précision. A ne pas mettre entre toutes les mains. On peut facilement passer pour un blaireau de base. L’écharpe blanche peut s’imaginer dans la France
Au générique de « Stavisky » figure une actrice Anny Duperey. La première fois que j’ai croisé le regard d’Anny, je feuilletais un vieux numéro de « Lui » que mon père m’avait laissé compulser. Anny était complètement nue. Les petits seins avaient la préférence des magazines de charme dans les années 70. Et puis, j’ai revu Anny à la télévision dans le rôle d’une mère de famille hystérique ou d’un préfet marié à Guy Bedos. Je n’invente rien. Tout est vrai. Anny, tu étais belle dans « Stavisky », d’une très grande classe. Je revois tes longues jambes se déplier d’une Hispano Suiza sur la plage de Biarritz. Tu étais digne.
J’ai revu une dizaine de fois le film de Resnais, lu une biographie sur Stavisky et je n’ai toujours rien compris à cette histoire de faux bons de caisse au Crédit Municipal de Bayonne. D’ailleurs, je n’aime pas la plage de Bayonne et les constructions modernes qui la longent.
Week-end à Zuydcoote
Dans « Week-end à Zuydcoote », comme dans « La Ciaciora », il y a une scène de viol.
Ce genre d’image m’est insupportable. Plus jamais, je n’irais voir un film qui montre un viol.
Dans « Week-end à Zuydcoote », il y a aussi Pierre Mondy.
Dans « La 7ème Compagnie » de Robert Lamoureux, à ma connaissance, il n’y a pas de scène de viol.
100 000 dollars au soleil
Je me souviens parfaitement de la dernière fois où j’ai visionné « 100 000 dollars au soleil », je faisais mon service militaire, j’avais 24 ans, je n’ai jamais été en avance. J’avais été réquisitionné pour faire une permanence, une semaine dans l’Ecole Militaire, chaque soir, je fermais les portes, vérifiais l’étendard du régiment, et me calfeutrais dans ma piaule composée d’un lit et d’un moniteur de télévision perché sur une armoire métallique.
L’Armée se modernisait. Autoriser un appelé à regarder la télévision participait au rajeunissement de cette institution. Vous comprenez pourquoi nous avions perdu toutes les guerres.
J’avais amené avec moi quelques romans de Léo Malet et trois cassettes vidéo : « 100 000 dollars au soleil », « Garde à vue »et « Mélodie en sous-sol ».
Quand vous n’avez pas le moral, comme c’était mon cas dans cette chambre de misère, à six mois de la quille, « 100 000 dollars au soleil » est une bouffée d’oxygène, du baume au cœur, un peu d’espoir. Ventura, l’œil grondeur, la tête baissée, toujours prompt à vous décrocher une mandale. Lino, c’est un peu l’oncle que tous les enfants voudraient avoir. Les types qui ont les épaules larges, la voix qui porte et de l’élégance vous touchent toujours plus que les autres. Et puis Ventura économise ses mots, sa salive. Il a le débit lent des personnes qui réfléchissent avant de parler. C’est tellement rare de nos jours. Ventura porte en plus de magnifiques pompes de maquereaux dans « 100 000 dollars au soleil ». Une paire de richelieu bicolore noire et blanche que seuls les présidents africains ont le courage de chausser.
« Un Taxi pour Tobrouk » est enfin sorti en DVD.
Le film date de 1964, Porsche lançait cette année-là sa toute première 911. Je m’étais juré qu’avant trente et un ans, j’achèterai une 911, je n’en prends pas le chemin. Il me reste à peine six mois. Il faut absolument que je retrouve un travail.
Les Tribulations d’un Chinois en Chine
C’est toujours un choc de voir Jean Rochefort dans « Les Tribulations d’un chinois en Chine ». Rochefort a bonifié son jeu d’acteur en se laissant pousser la moustache. C’est exactement le contraire de Michel Blanc et de Gérard Jugnot. En rasant leurs attributs de beaufs magnifiques, de ringards de classe internationale, ils sont devenus bavards et insipides. Ils ont révélé leurs vraies natures, avides d’honneurs, des petits barons du cinéma français. Des fils de bonne famille qui se rêvent à la Comédie Française
Un peu de courage et d’humilité, assumez ce que vous êtes, des acteurs populaires avec ce don inné de faire rire.
Je ne me souviens pas d’avoir vu Belmondo tourner avec un membre du Splendid, pourtant l’un d’entre eux, prend avec les années, une patine, une dimension qu’il n’avait pas jeune. Thierry Lhermitte a conservé le rire moqueur, vachard des débuts de sa carrière, il a en plus l’œil inquisiteur, il est parfait dans les rôles d’ordure. Les réalisateurs l’utilisent trop peu à mon goût.
A quand Belmondo et Lhermitte à l’affiche ?
Le corps de mon ennemi
« Le corps de mon ennemi » a un goût, une saveur particulière pour deux raisons.
D’abord, j’ai dragué l’une de mes ex-amies en lui parlant de ce film, je vois les intellectuels rigoler. Draguer avec « Casablanca » pourquoi pas, avec « L’homme qui aimait les femmes » sûrement, mais « Le corps de mon ennemi » impossible. Et bien oui, c’est possible ! Les doigts dans le nez, les penseurs du dimanche. Je l’avais repérée en cours de gymnastique. Elle s’appelait Clotilde, je trouve ce prénom un peu cruche aujourd’hui, mais je me souviens de ses jambes et surtout de son short trop court. Une cinéphile qui ne voyait que par « La Nouvelle vague », très loin de l’univers de Belmondo. Et là, j’ai opté pour la stratégie de rupture, la même que celle inventée par Maître Vergès dans ses plaidoiries pour le FLN. L’attaque toujours l’attaque. Je l’ai déstabilisée la jeunette. Je lui ai parlé du « Corps de mon ennemi » comme d’un film social, d’une satire où le fils d’ouvrier prend sa revanche sur le patron de filature du Nord de la France. Elle
La deuxième raison de voir et de revoir « Le corps de mon ennemi » tient à la présence à l’écran de Nicole Garcia. Garcia, c’est d’abord une voix qui vous émeut immédiatement, sans forcer, Nicole vous plonge dans l’intime. La force des grandes actrices réside dans ce charme, cette distinction et la distance qu’elle impose avec le spectateur. Nicole Garcia n’est jamais vulgaire, n’est jamais banale. On aimerait que toutes les femmes lui ressemblent.
Nicole a pourtant un rôle modeste, mais je me souviens de seulement deux choses : Belmondo reprenant le train et Garcia dans l’entrebâillement d’une porte. Elle donne toute son intensité au film.
Il faut noter aussi la façon dont Belmondo porte l’imperméable. Le jeté sur l’épaule fait partie de ses gestes fétiches. Il balance l’imper sur l’épaule, mais tout se fait à grande vitesse, il ne regarde jamais ce qu’il fait. En un éclair, l’imper est posé sur l’épaule et il ne s’arrête pas de marcher. Je me suis entraîné des jours pour réussir ce geste parfait. Je ne suis pas mécontent de moi.
Le Professionnel
« Le Professionnel » est sorti en 1981. Des communistes au gouvernement et un barbouze sur les écrans. Josselin Beaumont et le président N’jala. On retiendra la musique du film qui a servi pendant vingt ans tous les publicitaires de France, des yaourts, de la nourriture pour chiens, des serviettes hygiéniques, le morceau composé par Ennio Morricone a fini par nous abasourdir. Un constructeur automobile français a ressorti et réarrangé le thème musical de « La Scoumoune
Mes parents m’avaient emmené au cinéma voir « Le Professionnel », ce devait être la deuxième fois de ma vie. La première, j’avais vu « Le livre de la jungle » et j’avais pleuré. Une première expérience douloureuse. Ce n’est que vers l’âge de quinze ans que j’ai revu « Le Professionnel » et là s’est posé la question cruciale du blouson en cuir. J’ai tanné mes parents pendant des semaines pour qu’il m’offre le même. Ils ont tenu bon, ils n’ont jamais craqué. Ma mère me préférait en loden vert ou en duffle-coat. Un blouson en cuir, on aurait pu me prendre pour un fils de flic. Elle était libérale mais pas jusque là tout de même.
Il y a deux ans, je me suis arrêté boulevard Saint-Michel dans une boutique de fringues et j’ai acheté un blouson en cuir, un flight jacket. Je porte des costumes toute la semaine.
Mon cuir, j’ai du le mettre deux fois. Mais l’important, c’est de savoir que je l’ai dans ma penderie. Belmondo ne vous lâche jamais. Quinze ans après l’un de ses films, cette affiche où il pointe son flingue et où il porte ce blouson en cuir aux manches détachables me taraude l’esprit. Mais je suis rassuré, je l’ai, mon blouson en cuir. Je suis un homme.
Dans « Le Professionnel », Lautner a embauché Robert Hossein, toujours parfait dans les rôles de salope et d’ordure. Michel Beaune et Jean Desailly complètent cette équipe de gros bras. Avec des flics comme ça, on comprend pourquoi les Français ont voté Mitterrand.
Une question me hante : Ou peut bien se trouver le Malagawi ? Il faudra un jour que je regarde sur une carte.
Ho !
En 1968, Belmondo tourne « Ho ! » sous la direction de Robert Enrico. Alors que la société française a eu quelques mois auparavant un petit coup de chauffe. Belmondo accorde une interview au magazine Lui. J’ai mis des mois à retrouver cet exemplaire chez un bouquiniste. Les années 70 ont un parfum d’inachevé, de paradis perdu, les jeunes avaient des envies, on était prêt à mourir pour des idées politiques, on faisait encore l’amour et on pouvait faire crisser les pneus de sa voiture de sport sur le boulevard St Germain. Un monde à jamais éteint.
Le Marginal
Deux noms à retenir dans « Le Marginal » : Tcheky Karyo et la sculpturale Carlos Sotto Mayor qui a partagé un temps la vie de Belmondo.
Sculpturale est le mot juste, Carlos est une américaine du Sud avec cet accent divin, ce fredonnement cajoleur, ses jambes dorées et ses fesses rebondies. Lorsque j’ai été embauché dans ma première boîte au milieu des années 90, j’occupais un poste subalterne, vulgaire pousse-papier qui ne servait à rien mais qui avait le gros avantage de le savoir. Il fallait bien payer les trop chers loyers parisiens.
Je passais mes journées à discuter de bureau en bureau et surtout dans le hall d’accueil. Et là derrière le comptoir, j’ai rencontré Delphine. Je n’aurais pas la prétention de dire qu’elle ressemblait vaguement à Carlos. Mais elle avait cette bouche et ce corsage à la Sotto Mayor
Je ne résiste pas au plaisir d’énumérer les noms des personnages du Marginal : commissaire Phil Jordan, Sauveur Meccaci, Livia Dolores Maria Monte Blanco, Inspecteur Rozinski, Antonio Baldi. Quel est le type payé pour dénicher de tels noms ?
A un moment, j’ai voulu devenir flic. Mais en 1983, je venais de redoubler ma cinquième. Il paraît qu’il faut le baccalauréat pour rentrer dans la Police.
Je ne savais pas que c’était un métier d’intellectuels. Quand les flics commencent à réfléchir, la société est en danger, nous ne sommes plus en sécurité. Je crois que j’ai emprunté cette maxime à Charles Pasqua.
Le Doulos
Belmondo n’a jamais fait l’erreur de chanter, ils ont été nombreux nos
« grands » acteurs français à pousser la chansonnette, la liste est longue. Deneuve, Depardieu, Delon, Berry, Adjani, Marceau, etc… Une mode qui je l’espère jamais ne reviendra jamais.
Belmondo partage l’affiche dans « Le Doulos » avec Serge Reggiani. J’écoute exclusivement depuis l’âge de 14 ans la musique noire américaine des années 70, Bill Withers, Isaac Hayes, Georges Benson, Barry White, Bobby Womack. Mes oreilles se sont habituées à cette soul diabolique qui tangue comme un tanker en haute mer. Julie, mon amie, m’a offert un CD de Reggiani, je l’écoute en boucle. Le texte de « Sarah » me fait pleurer. Lorsque je suis sur le périphérique, les autres automobilistes doivent me prendre pour un fou. Mes larmes dégringolent sur le volant.
Reggiani interprète avec ses tripes, il ne joue pas les mijaurées, il envoie, il se fissure pour notre plus grand bonheur.
Les Mariés de l’An II
Julie a les mêmes taches de rousseur que Marlène Jobert en 1971 dans « Les Mariés de l’An II ». C’est assez rare chez une brune. Elle se croit un peu grosse et elle porte une large paire de lunettes. C’est une amie de Delphine, la standardiste que j’ai essayée de draguer sans succès. Elles ne sont plus trop amies aujourd’hui, elles se sont fâchées à cause de moi ou d’un autre.
Julie me plait autant que Marlène Jobert, j’aime la façon dont elle me fixe du regard, et puis elle m’écoute parler. Je ne m’en prive pas, pour une fois qu’une fille semble intéressée, je me lance, je dis n’importe quoi, je change de sujet, je fais le beau, enfin je suis amoureux.
Belmondo est-il tombé amoureux de Marlène Jobert en 1971 ? Jean-Paul Rappeneau affirme plutôt le contraire.
Une chance sur deux
Si « Une chance sur deux » n’a pas remporté le succès escompté. Belmondo et Delon avaient l’air de s’amuser, le spectateur un peu moins. Patrice Leconte s’est laissé piéger par le phénomène Vanessa Paradis. Je garde en mémoire les premières apparitions de Vanessa sur le petit écran, jamais elle ne sera à mes yeux l’égérie qu’ont faite d’elle les médias, cet être surdoué qu’ils nous décrivent à longueur d’articles. « Fantastique actrice, chanteuse admirable et mariée en plus à un sex-symbol », les rédactrices en bavent d’envie. C’est triste la vie d’une journaliste parisienne trentenaire et célibataire.
Elle sera toujours pour moi cette adolescente un peu cruche, impudique, un temps au bras de Florent Pagny, on avait honte de la voir lâcher si jeune en pâture dans les sales mains du show-biz. Tant d’autres ont succombé à cette gloire, à ce déballage indigeste, pas elle, elle avait de la ressource.
J’ai trompé Julie avec une fille qui ressemblait à Vanessa Paradis, une brindille blonde, toute plate, faussement naturelle, aguicheuse. Et j’ai foncé tête la première comme un corniaud. Je le sais pourtant que les Blondes ne me réussissent pas, elles sont comme des huîtres pas fraîches, vous en avez très envie, et trois heures après, vous maudissez la terre de vous être gavé comme un goinfre. Il faut plusieurs jours pour s’en remettre, moi, j’ai mis trois mois.
L’inconnu dans la maison
Je déconseille à tous ceux qui viennent d’être quitté de regarder « L’inconnu dans la maison ». Surtout si vous avez une bouteille de Whisky à portée de main. Belmondo a l’alcool plus triste, plus amère dans « L’inconnu dans la maison » que dans « Un singe en hiver ». Près de quarante ans séparent ces deux films. Le chagrin ne se joue pas tout à fait de la même façon, il est plus retenu, plus sourd à soixante ans qu’à vingt.
A trente et un ans, j’étais abattu, plus de femme, plus de boulot, juste une belle DVDthèque avec cinquante films de Belmondo.
Julie a eu raison de partir. Je l’ai lamentablement trompée. Et pourtant, je l’aime.
Belmondo n’a jamais ce genre de problème dans ces films, qui oserait le quitter?
Paris brûle-t-il ?
Alain Delon incarne Chaban-Delmas dans « Paris brûle-t-il ? » Chaban était général à 29 ans.
L’année dernière, j’ai été licencié et Julie m’a quitté. Nous ne sommes pas égaux devant les années, Chaban déjà général et moi au fond du gouffre.
Classe tous risques
L’adaptation de « Classe tous risques » a été écrite par Claude Sautet, José Giovanni et l’inoubliable Pascal Jardin.
Pascal Jardin a marqué toute une génération d’auteurs qui ont aujourd’hui plus de quarante ans. Pascal Jardin est un nom qui circule parmi les initiés, un nom de code pour faire croire que l’on appartient à la même famille. Il y a une pointe de snobisme d’évoquer cet écrivain et ce dialoguiste de magie.
La vie privée de Pascal Jardin se confond avec son œuvre. Comme si tout se mélangeait, livres, scénarios, rencontres, pièces de théâtre. Jardin aura été le meilleur représentant de son œuvre, il la supporte à bout de bras.
Nous avons tous une fascination pour sa réussite sociale et ses multiples aventures. Les écrivains ne sont pas ces intellectuels torturés, qui imaginent et qui pensent leurs œuvres, hermétiques au monde extérieur. Ce sont des inventions de maisons d’édition pour refourguer des bouquins. Ils sont comme les autres. Ils rêvent de belles filles, de voitures de sport, de soirées de gala. D’argent facile et de conquêtes d’un soir. La légende Jardin fonctionne sur le même modèle que celle de Françoise Sagan.
Jardin était d’un autre temps, fils de grands bourgeois, séducteur et amoureux. Il faut absolument le lire ou le relire. Jardin est un écrivain doux, il parle tellement bien de l’atroce légèreté des sentiments.
On aimerait tous lui ressembler un peu.
En 1960, tous les acteurs portaient des cravates à l’écran.
Un singe en hiver
Au-delà de la rencontre entre Belmondo et Gabin, « Un singe en hiver » m’évoque la côte normande. Ce crachin qui colle à vos vêtements et ce vague à l’âme qui vous entête. Belmondo en jeune père y est touchant. Souvent l’on résume « Un Singe en Hiver » à quelques bons mots d’Audiard. Alors qu’ « Un singe en hiver » est un film d’amour, sur l’amour perdu le plus douloureux. Le cinéma raconte tout le temps des histoires d’amour, il n’y a rien d’autre qui intéresse le public. Les gens se foutent éperdument du cadre, des intrigues, ils veulent juste un homme et une femme. Lelouch l’a compris, malheureusement, il a usé toutes ses idées en un seul film. Belmondo appelle l’Espagne, n’ose répondre, raccroche et se met à boire. Gabin l’imite. Et les deux partent très loin.
J’ai pleuré la première fois que j’ai vu « Un singe en hiver ». La tristesse d’une enfant est d’une efficacité redoutable. La petite fille de Belmondo, seule dans son pensionnat, meurtrie par les moqueries de ses camarades est désarmante.
J’aime « Un singe en hiver » pour quelques scènes, comme celle où Gabin descend de sa DS, il pleut, on ne louera jamais l’importance de la pluie dans un film. Un bon film, c’est un film où il pleut. « Un singe en hiver » pourrait s’arrêter dès les premières minutes. Un chauffeur de taxi emmitouflé dans sa gabardine, la nuit tombée sur le parking d’une gare déserte et Belmondo qui débarque avec cette nonchalance qui ne le quitte jamais. Si je me souviens bien, Belmondo interprète un publicitaire Gabriel Fouquet, cela devait être un métier à la mode à l’époque. Qui aujourd’hui voudrait être publicitaire ?
Pour les gens de ma génération, le nom de Noël Roquevert est passé complètement aux oubliettes. Pourtant cet acteur lunaire à la longue carrière fait une apparition dans « Un singe en hiver ». Il illumine l’écran. Le cinéma ne produit plus d’acteurs cinglés, de vrais dingues. C’est dommage !
Quand j’ai le cafard, je me repasse « Un Singe en Hiver ».
Peut-être
J’avais passé l’après-midi dans les rayons de la FNAC, rue de Rennes, le DVD de Klapisch était en réduction. Je l’ai acheté. En revenant chez moi, je n’avais pas trop faim. Je me suis jeté sur le canapé. J’ai mis le DVD dans mon lecteur.
A la moitié du film, Julie m’appelait au portable, elle voulait déjeuner avec moi, je lui manquais. « Peut-être » est le plus grand film de Belmondo surtout la deuxième moitié.
L’Héritier
Labro fait partie de ces journalistes qui ont soif de pouvoir et de richesse, il regarde toujours les puissants avec l’eau à la bouche. C’est pourquoi, contrairement à ce qu’il croit, il traite les grands bourgeois, les industriels avec complaisance. Au lieu de nous les faire détester, il nous les fait aimer. Il nous les montre comme on aimerait qu’ils soient. Elégant, méprisant, charmeur, pervers Bart Cordell est une magnifique caricature d’héritier. Il est beau, ses costumes sont bien taillés, il fait du sport, il plait aux femmes, il sait lire et son homme de confiance est Charles Denner alias David Loweinstein. Bart Cordell, héritier de l’acier se laisse séduire par la belle Carla Gravina. Comme as-tu pu vieillir Carla ? Ou es-tu ? Vous devez absolument acheter ce film juste pour les jambes et le regard de Carla. Et j’oubliais ses lunettes à l’épaisse monture.
Dans un film de Labro, tout est codé, les patrons roulent en Jaguar, les bagages sont siglés Vuitton, et les hommes offrent des montagnes de roses aux femmes qu’ils convoitent. C’est beau, c’est simple.
Un héritier prend ses décisions tout seul bien qu’il soit entouré d’une bande de technocrates, des types en costumes bon marché qui le suivent trois mètres derrière lui avec des mallettes chargées de dossiers. Un héritier n’ouvre jamais lui-même les portes de voiture, d’hôtel, il ne marche pas, il a toujours le pas rapide. Il sait où il va, normal le monde lui appartient. Un héritier ne paye jamais rien, il ne touche jamais le moindre billet, il a des commis pour ça.
J’aurais rêvé être héritier. Par contre là où je ne le suis plus, c’est ce besoin de courir, d’être en forme, de faire attention à son corps. Un héritier ne pourrait-il pas avoir des gens qui courent à sa place ?
Belmondo a toujours un problème avec ses vestes, elles baillent, je m’interroge : Est-ce à cause de sa poitrine développée, d’un problème de taille ou de son goût esthétique personnel ? Mystère.
L’Héritier mérite d’être vu pour la prestation pitoyable de Philippe Labro, il n’a pas pu s’en empêcher Philippe de se filmer lui-même. Il a du se dire, je suis le réalisateur, j’ai bien le droit de me faire une fleur. Oui, tu as le droit Philippe mais chacun son métier. Il pêche toujours par gourmandise.
Pierrot le fou
A vrai dire, je n’ai toujours pas très bien compris le film. Belmondo doit encore se demander ce que Godard a voulu faire. C’est l’une des raisons pour laquelle je l’aime. Un film de Godard n’est pas toujours limpide, parfois surprenant, déroutant mais on sait que ce genre de spectacle est unique. Il est le seul à oser. Les Suisses sont des garçons téméraires. Regardez comment Vincent Pérez s’enfonce au fil des années. Jusqu’où va-t-il aller ?
Faire un film où tout découle, s’enchaîne parfaitement, c’est à la portée de n’importe quel étudiant en cinéma, mais créer une sorte d’œuvre incohérente, spontanée et métaphysique. Je dis chapeau. Bravo l’artiste !
Enfin, je conserve précieusement le DVD de « Pierrot le fou » sorti dans la collection Série Noire édité par Studio Canal. La pochette noire, le titre en jaune et au centre dans un rond, Belmondo le cheveu en mouvement, la barbe de trois jours et la cigarette accrochée à ses lèvres. Dans une bibliothèque, l’effet est garanti. Vous passez pour le type qui connaît ses grands classiques. Mais il faut faire attention à la place que vous lui attribuez, quand je l’ai acheté, je l’avais placé entre « Les Aventures de Rabbi Jacob » avec le fantastique Henri Guybet* et « La Moutarde
Depuis j’ai placé « Pierrot le fou » entre le « Samouraï » et « Emmanuel
Raymond Devos est à l’affiche de « Pierrot le fou ». Plus jeune, Devos qui a été érigé en statue intouchable de l’humour me saoulait, je trouvais ses calembours et ses jeux de mots fatigants. Mais, je commence à apprécier avec les années la virtuosité de son esprit. Je dois vieillir.
*Je profite de l’occasion pour évoquer « Le Pion », film dans lequel Henri Guybet est d’une justesse exquise. Tous les gens qui ont un jour souhaité écrire, doivent le revoir sans faute.
Le Cerveau
Je me suis décidé à inviter Julie chez moi, elle avait mis un jean qui lui moulait les fesses. Le jean est le vêtement le plus érotique que je connaisse. Nous avons bu un verre de Bourgogne et nous nous sommes jetés l’un sur l’autre. J’ai fait voler son chemisier et l’ai dévorée. Les gens qui s’aiment n’ont pas besoin de se parler, ils n’ont pas de temps à perdre.
Après avoir fait l’amour, nous avons regardé « Le Cerveau » dans mon lit. Une fille qui regarde « Le Cerveau » après l’amour et qui éclate de rire est une fille que vous ne devez jamais perdre.
Bourvil me manque.
L’As des As
« L’As des As » est un film sur une famille juive et la boxe en plein nazisme. Je ne me suis pas converti au judaïsme mais je me suis inscrit au club de boxe de mon quartier. J’étais chaud. Belmondo n’a jamais vraiment fait de la boxe. Enfin certainement pas des combats. Je n’ai jamais autant souffert. Moralité, la boxe, ça fait très mal. Le Tour de France de la rigolade, le marathon de la pignolade, à côté d’un seul entraînement de boxe. Et je ne parle même pas de monter sur un ring. Devant une glace, lorsque vous imitez le jeu de jambes d’un boxeur, que vous envoyez vos bras un peu n’importe comment, vous avez belle allure. Alors restez en là, car lorsque vous enfilez les gants, vous avez une boule au fond de la gorge, chaud partout, vous ne sentez plus votre tête et vos jambes ne sont plus très sûres ni agiles. Vous avez juste la trouille et l’envie de rentrer chez vous.
Elle était pas mal Marie-France Pisier en 1982. C’est le genre de femmes qui ne bougent pas. Un peu comme Isabelle Huppert, des femmes de petite taille, qui lèvent toujours la tête, se tiennent droites et jouent les intellectuelles.
Les Allemands savaient quand même faire de sacrées bagnoles dans les années 30. Ils ont toujours été doués pour les voitures de luxe et la musique militaire.
« L’As des As » revient sur les JO de 1936. Autrefois Jean Rochefort, acteur de génie, jouait aux côtés de Belmondo dans « L’homme de Rio », « Les tribulations d’un Chinois en Chine», « L’Héritier », etc… Aujourd’hui, il commente les épreuves d’équitation à la télévision. Je reconnais bien là, le vieux roublard, il les a roulés comme il sait si bien le faire. Jean fallait le dire si tu avais besoin de billets d’entrée. Ce n’était pas la peine d’inventer ce stratagème. Un moment, je l’ai regardé, il a bien cru se faire démasquer, que l’on admette la supercherie. Mais la télévision l’a encensé. Tu es fort mon Jeannot. Ou t’arrêteras-tu ?
Le Magnifique
En 1973, Jacqueline Bisset portait des jupes vraiment très courtes. Elle ressemble en mieux à Jane Birkin. Belmondo fait l’idiot du début jusqu’à la fin du film, qu’il soit dans la peau de l’écrivain François Merlin ou de l’agent secret Bob Saint-Clare. Le cinéma n’est quand même pas un vrai métier. Si vous l’aviez oublié, Jean Lefebvre joue dans « Le Magnifique ».
Pourquoi dans la vraie vie, on ne croise jamais des filles comme Jacqueline Bisset ? Dans les années 70, les réalisateurs imaginaient leurs héroïnes fines, les cheveux longs, timides et prêtes à tomber amoureuses d’un artiste bohème, d’un pauvre type. Les temps ont bien changé. Les grandes filles sont de nos jours plus sûres d’elles. Elles ne sont pas du tout timides. Elles n’ont pas le temps. Elles préfèrent les hommes riches et peu encombrants. Les amoureux transis n’ont qu’à passer leur chemin. Elles n’ont quand même pas traversé les plaines de l’Oural pour se retrouver dans un pavillon de banlieue avec un type qui a peur de leur dire : je t’aime. Et puis surtout, elles ont assez mangé de pomme de terre. Elles évitent les féculents. Bob Saint-Clare n’est qu’une marionnette tout droit sortie de l’imagination de François Merlin, mais une marionnette trop encombrante. Ce que j’aime chez Belmondo, c’est son côté obstiné d’enfant surdoué. Belmondo séduit toujours son public par un excès de franchise. Il nous dit en substance, je peux tout jouer, un film ne dure qu’une heure et demie alors je vous mets tout. Je vous interprète tout. Le playboy ridicule, l’écrivain paumé, le chien de la concierge, la femme du capitaine, etc.... Les réalisateurs subjugués par l’immense talent de Belmondo se laissent souvent déborder. Quand vous avez dans l’œil de votre caméra un type comme Belmondo, vous êtes perdu, vous n’avez plus la maîtrise de votre histoire.
Dans « Le Magnifique », Belmondo porte une chaîne au cou avec une sorte de plaque militaire. Dans de nombreux films, il affiche ce collier. Comme pour le blouson vert, la chemise à carreaux, les décorations militaires sur le torse sont à éviter. Seul Belmondo peut se le permettre.
Détail, il n’a pas un seul poil sur la poitrine.
Les Distractions
Quand Julie est revenue vivre chez moi. Elle m’a offert une photo encadrée de Belmondo et de Claude Brasseur torse nu. Ce cliché avait été pris en 1960 sur le tournage des
« Distractions ». Je l’ai accroché dans les toilettes. J’ai envie de me marier avec Julie.
La Française
et l’amour
La Française
En 1960, les films à sketches avaient un certain succès. Le cinéma avait des vertus pédagogiques, on expliquait au fil des années, de l’enfance jusqu’à la vieillesse, le jeu de l’amour, de la passion jusqu’à la trahison. Belmondo a hérité d’un rôle dans le sketch consacré à l’adultère. Il partage l’affiche avec Dany Robin et Paul Meurisse.
Quand j’étais en faculté de droit, j’ai eu un professeur de droit constitutionnel qui ressemblait à Meurisse. Il était plus petit que lui, mais il possédait cette voix admirable de stentor, de diplomate aguerri et cette diction, chaque mot est prononcé avec l’intonation parfaite, la bonne mesure, une musique enivrante.
Les étudiantes étaient folles de lui.
Les Françaises croient toujours à l’amour. Jamais, elles n’ont douté, bien que les magazines féminins les aient incitées à l’émancipation, au célibat, à se consacrer à leur carrière. Pas folles les Françaises, elles savent très bien qu’il n’y a rien d’autre que l’amour. Tout est si dérisoire à côté de l’amour. Suivant une mode venue des Etats-Unis, croyant à l’illusoire victoire de la Working
Dans « La Française
Claude, tu as tout de même vécu avec Stephane Audran. Je l’ai revue dans « Le Boucher ». Elle est saisissante, désirable. Quelle femme !
L’Homme de Rio
Belmondo en permission est entraîné dans des aventures exotiques, De Broca a compris très tôt que le cinéma moderne, c’était avant tout un spectacle rythmé, que le public devait être sous tension, pas le temps de respirer. Il a payé sa place, alors ne le décevons pas, de l’aventure, toujours de l’aventure. Je ne peux pas regarder jusqu’au bout « L’Homme de Rio ». Je n’ai pas l’entraînement. Je suis vite fatigué. Belmondo court pendant 1 heure et 52 minutes. Je suis épuisé. Je peux courir maximum 20 minutes et encore doucement.
La fin du service militaire a soulagé toute une génération d’étudiants mais pas les cinéastes. L’Armée était un sujet inépuisable. Les meilleures scènes de « L’homme de Rio » sont celles où Adrien Dufourquet est en uniforme de soldat de deuxième classe. Grâce à l’Armée, les réalisateurs pouvaient raconter des milliers d’histoires, la peur, la violence, les amours déçus, les retours en train, les cigarettes, les ordres débiles, le froid, les défilés. Les quais de gare !
Avec ma chance légendaire, j’ai fait partie des derniers contingents d’appelés.
J’avais été pistonné à l’Ecole Militaire. J’étais un soldat de bureau. Planqué au fond d’un couloir, je n’ai jamais fait de manœuvres, je n’ai jamais porté de treillis et de rangers, j’attendais la fin de la journée pour sauter dans le premier bus qui me ramenait à Denfert-Rochereau dans mon studio de civil. Dix mois d’armée, c’est long. Et puis quand cela se termine, vous vous retrouvez comme un con, vous discutez une dernière fois avec des types que vous ne reverrez jamais. Et pourtant, vous vous êtes engueulés avec eux, soutenus et vous avez même partagé la même douche. De vrais petits couples qui se défont au printemps.
Cette année en parenthèse vous appartient, personne ne vous a vu alors vous pouvez la romancer et commencer une réécriture de l’histoire. En général, vous enflez les événements, vous vous attribuez quelques faits glorieux, vous vous demandez comment l’Armée peut fonctionner sans les appelés, vous racontez des anecdotes drôles. Vous vous êtes bien marrés. Bizarrement, vous ne racontez jamais la nuit qui a précédé votre incorporation, les nœuds dans le ventre, les envies de pleurer, les retours à la caserne et les petites humiliations que l’on préfère oublier.
François Dorléac avait le visage d’une fille butée, fragile et libre. C’est beau une femme libre.
Une femme est une femme
Si on met de côté le titre vraiment mauvais, je n’ai jamais vu ce film de Chabrol qui a, paraît-il, remporté le Prix spécial du Jury au Festival de Berlin en 1961.
Avec le mot femme, on pouvait trouver quand même de meilleurs titres :
« De femmes en femmes ».
« La femme »
« Une femme »
« Les femmes »
« Ma femme »
« Sa femme »
etc…
Julie voudra-t-elle un jour être ma femme ?
Hold Up
Quelle idée d’aller tourner au Canada ? Je reconnais bien Arcady. Pour économiser trois francs, six sous, il est capable de changer le lieu d’un tournage de 8 000 kilomètres
Et puis surtout Arcady a su convaincre Jean-Louis Trintignant.
J’ai une image gravée dans ma mémoire, Trintignant au volant de sa Ford Mustang, filant en direction de Deauville rejoindre Anouk Aimée. « Un homme et une femme » se résume à ce court passage, un type qui vient de remporter le rallye de Monte Carlo et qui traverse la France
Si vous avez l’occasion de revoir ce film de Lelouch, vous verrez qu’à cette époque là, la prévention routière était moins présente et les acteurs de vrais pilotes.
J’aime beaucoup le blouson en daim que porte Guy Marchand dans « Hold up ». Qui a déjà acheté un disque de Guy Marchand ? J’écoute souvent « Destinée », son plus grand tube après « La Passionnata ».
Je commence à penser qu’il y a une malédiction pour les actrices qui ont tourné avec Belmondo. Kim Cattrall, la complice de « Hold up » s’est reconvertie avec succès dans la série « Sex and the city ». Elle a un faux air de Grâce de Capitani. La chirurgie esthétique aura été la cause principale de nombreuses carrières brisées.
« Hold-up » aurait pu être le dernier film de Belmondo, par miracle, il s’est sorti d’une mauvaise cascade. Qu’est-ce que tu foutais Rémy ?
Le Voleur
« Le Voleur » n’est pas un film très connu du grand public, il raconte l’histoire d’un fils de bonne famille incarnée par Belmondo qui devient cambrioleur par vengeance et idéal. Film anarchiste, confusion du bien et du mal, amour contrarié, Louis Malle signe une satire politique, nihiliste de l’existence.
Belmondo porte des moustaches.
Geneviève Bujold est toujours aussi espiègle. En costume d’époque, elle ressemble à un personnage de Mlle de Sévigné, demoiselle volontaire qu’on a envie d’embrasser en cachette.
Enfin Louis Malle réunit Belmondo et Charles Denner. Dans « L’héritier », Denner en fidèle compagnon, séduit par son côté obsessionnel, précis, à la limite de la folie. Denner, bonhomme disloqué, à la démarche claudicante, traverse les films avec souffrance. Dans vingt ans, de jeunes acteurs imiteront le style Denner. Dans « L’Aventure, c’est l’aventure », Denner dévoile une nature comique démesurée. Démente. Comme tous les grands humoristes, on sent une douleur à fleur de peau. Denner donne des frissons aux spectateurs.
J’ai volé une seule fois dans ma vie, ma mère m’avait vu et laissé faire. Déjà à six ans, ma conscience me faisait culpabiliser d’avoir dérobé une boîte de perles en plastiques d’une valeur dérisoire. J’ai enfoui mon larcin dans le jardin. Pour un voleur, ne pas jouir de son bien, est le pire des sacrifices. Mes parents m’ont dit beaucoup plus tard qu’ils m’avaient longuement observé, cachant mes perles.
Ils ne m’ont pas disputé. Je m’étais infligé moi-même la punition.
Comme Belmondo dans « Le voleur », j’aimerais vivre dans l’illégalité, déjouer le système, me moquer de lui, enfreindre la morale. Je manque de courage, je tiens trop à mon confort. J’ai simplement peur de vivre. Heureusement que Belmondo vient combler mes faiblesses.
Malle a fait de Belmondo un cambrioleur qui fracture, casse, vole salement.
Le cinéma nous a assez gavés de gentleman cambrioleur, le genre aristocrate de la fauche, de prince des voleurs, avec une éthique, un passeport en règle et le cheveu gominé. J’aime « Le voleur » dans ce qu’il a de plus abject, de dégueulasse, c’est bon, de temps en temps, de supprimer cette patine morale et mensongère.
Désiré
« Désiré » ne vaut d’être vu que pour la rencontre entre Fanny Ardant et Belmondo. Je place Fanny, la petite princesse de Truffaut, dans la même lignée que Nicole Garcia, Carla Gravina et Julie que j’ai demandée en mariage.
Fanny n’est pas le genre de filles que l’on hèle dans la rue, que l’on tape sur l’épaule ou que l’on invite à boire un verre sans se sentir mal. Fanny comme Julie sont des déesses qui se protègent derrière une voix forte et un imperméable à col relevé.
A la pluie, j’ajoute l’imperméable comme accessoire indispensable pour faire un bon film.
La Scoumoune
« La Scoumoune », c’est une musique à l’harmonica entêtante + une sombre histoire de mine qui vous pète à la gueule + la longue carcasse de Constantin + Claudia Cardinale.
Claudia n’a jamais eu le visage d’une femme, même aujourd’hui, elle a une bobine d’enfant, un sourire apaisant, elle chuchote comme toutes les filles qui ont une voix d’homme.
J’aime les femmes qui ont de la poitrine et une voix grave.
Borsalino
Alain Delon est depuis vingt ans le plus grand acteur comique français, tout en dérision et en exagération. Dommage qu’il ne puisse exercer son talent que sur les plateaux de télévision.
A bout de souffle
Qui lit aujourd’hui le New York Herald Tribune ?
Les Tricheurs
Dans « Les Tricheurs », Belmondo a vingt-cinq ans, à l’écran on lui en donne dix de moins. Physiquement, les jeunes acteurs de la fin des années 90 lui ressemblent, même cheveux en désordre, spontanés, naturels. Romain Duris, Vincent Elbaz, Vincent Cassel adoptent tous cette attitude désinvolte, un brin agressif, moqueur.
A l’affiche des « Tricheurs », Dany Saval joue une certaine Nicole. Michel Drucker dit partout qu’il doit toute sa carrière à Dany, que sans elle, il n’aurait jamais réussi à tenir quarante ans à la télévision. On aimerait bien avoir l’avis de Dany.
Dans le couple Drucker, c’est Dany qui nous intrigue, qui nous charme et qui nous surprend. Mais qui se cache derrière cette actrice blonde qui a depuis si longtemps disparu des écrans ?
Michel, une légende se construit parfois par l’absence, ta femme t’expliquera !
Un nommé la Rocca
« Un nommé la Rocca » est tiré du livre « L’Excommunié » de José Giovanni.
Dans une émission des années 80 consacrée pudiquement « au monde carcéral », Giovanni tenait un discours ferme, presque réactionnaire, exhortant les jeunes délinquants à revenir dans le droit chemin, j’avais trouvé ces propos désuets, moralisateurs, tout le contraire du cinéaste et de l’homme qu’il était. J’ai compris plus tard que la prison dégrade, abîme, avilit les hommes et que Giovanni ne souhaitait à personne de tomber dans ce trou infâme. Il avait frôlé la mort, ses années d’enfer à l’ombre l’avaient marqué comme un esclave qui regarde la liberté avec délectation. Il avait raison.
Peur sur la ville
Belmondo est un très bon guide touristique dans « Peur sur la ville ». Verneuil ne lui a rien épargné, course-poursuite, escalade et survol de la capitale en hélicoptère.
1975 était une belle année, les murs de Paris étaient sombres, les hommes avaient des cheveux bouclés, des nœuds de cravate assez larges, des canadiennes avec de la moumoute, ils étaient fiers de porter à leur poignet une montre bracelet Cartier et de conduire une Citroën GS. Dans les appartements, le design faisait timidement son apparition avant d’envahir nos intérieurs. Dans la rue, les français moyens roulaient en 4L et les filles des beaux quartiers en Mini. La France
Echappement libre
« Echappement libre » a été tourné en partie dans les studios Paris-Studios-Cinéma à Billancourt. Coproduction franco-hispano-italienne, en 1964, l’Europe fonctionnait à plein régime, il y a quarante ans.
Les hommes politiques doivent faire preuve de beaucoup de perspicacité et d’esbroufe pour nous expliquer pourquoi en 2008, il n’y a plus de studios de cinéma en France, plus de cinéma italien, plus d’échanges culturels entre nous, que tous les acteurs rêvent d’Hollywood et que la création est bloquée.
Dragées au poivre
Encore un film à sketches, un genre qui n’a finalement pas trop mal vieilli. On doit « Dragées au poivre » au couple fantaisiste Guy Bedos et Sophie Daumier.
Le cinéma français marche la tête à l’envers, alors que certains acteurs empilent les films à longueur d’années, on frise parfois l’indigestion, Depardieu est devenu un ouvrier à la chaîne payé comme un milliardaire. D’autres acteurs sont désespérément sous-exploités, méconnus ou oubliés. Guy Bedos et Charles Aznavour font partie de cette race d’acteurs truculents qui peuvent sauver un mauvais film de la faillite. Yves Robert l’avait bien compris en prenant Bedos dans « Un éléphant, ça trompe énormément » et « Nous irons tous au paradis ». Bedos joue un médecin célibataire harcelé par sa mère Marthe Villalonga, aujourd’hui, je ne vois qu’un José Garcia pour apporter sur un plateau cette nature explosive, cet humour carnassier et cette joie communicative de tourner. C’est tellement rare un acteur qui fait rire.
Avec Julie, nous nous sommes mariés à la mairie du XIV ème arrondissement, le jour où disparaissait Sophie Daumier, actrice fantasque et libre.
Mademoiselle Ange
Avec Julie, nous attendons un enfant.
FIN













