25 février 2008
Une tête d’affiche
Le break 240 n’avait pas, à priori, les qualités physiques pour faire du cinéma. Trop grand, trop gros, trop carré, trop rigide. Ses chances de réussite à un casting étaient plutôt minces. Et pourtant, sa carrière sur petit et grand écran, rendrait jaloux les Porsche, Ferrari et autres stars de l’industrie automobile. Car le break 240 n’a jamais cessé de tourner. C’est une vedette des plateaux qui n’a pas pris sa retraite. En 2005, on le croit rangé dans la catégorie des figurants fatigués, c’est oublier son incroyable résistance. Il revient en haut de l’affiche dans « Papa », le film de Maurice Barthélémy avec comme partenaire principal Alain Chabat. Durant une heure et demie, il est là, présent, l’intermédiaire subtil et silencieux entre un père et son jeune fils. Le break Volvo a toujours joué dans le registre de l’émotion. Il n’est pas fait pour les course-poursuites qui se terminent en spectacle de pyrotechnie, le break est un sentimental, un grand cœur qui rabiboche les familles. A chaque fois que des metteurs en scène l’ont engagé, il s’est illustré dans des « personnages » tendres. Avant de connaître de grands rôles au cinéma, le break a tourné dans des centaines, voire des milliers de téléfilms. Vous l’apercevrez en arrière plan dans toutes les séries américaines des années 70 jusqu’à nos jours, il fait partie du paysage. De « Columbo » en passant par « Pour l’amour du risque » jusqu’aux plus récents « X-Files », le break 240 représente des instantanés de la vie courante américaine. Il s’est complètement fondu dans les rues d’Amérique du Nord. Il semble à son aise, garé entre des Cadillac et des pick-up GMC.
Pour un européen, sa présence peut sembler incongrue comme le fut celle du break Peugeot 505 (version US) dans les années 80. Cette parfaite intégration rappelle que les Volvo ont pour deuxième patrie les Etats-Unis. Il serait impossible de dresser la liste de toutes ses apparitions télévisuelles. A cela s’ajoute un nombre incalculable de séries anglaises et scandinaves où le break impose sa longue carcasse rassurante, cette fois-ci dans les rues de Londres ou de Stockholm. Pour les cinéphiles français, le break Volvo a connu deux moments de grande intensité qui auraient mérité des récompenses. La statuette des César n’est-elle pas proche du coefficient aérodynamique d’une Volvo ? Une apparition en 1978 dans « Le Cavaleur » de Philippe de Broca où Jean Rochefort interprète un pianiste volage, perdu entre ses différentes femmes et maîtresses. C’est au volant de son break 245, témoin de ses amours compliqués, que Rochefort se déplace dans Paris et part même avec toute sa famille dans sa résidence secondaire en Bretagne. Il faut avoir vu le break rempli d’affaires de plage, les jeunes enfants piaillant d’impatience à l’arrière, l’épouse Nicole Garcia le regard perdu dans la campagne et Rochefort, la moustache vibrante de plénitude. Le break remplit à merveille sa mission de transporter les familles dans la sérénité retrouvée. En 2003, dix ans jour pour jour après l’arrêt de sa production, Bernard Rapp a utilisé un break 245 jaune paille dans son avant dernier film « Pas si grave ». Là aussi, il s’agit d’une histoire de famille, de retrouvailles mouvementées à travers l’Espagne. Ces deux exemples démontrent la force que dégage le break. Ces réalisateurs de talent n’ont pas choisi ce modèle au hasard. Le break Volvo correspond dans l’imaginaire collectif à un second foyer, une maison qui roule où l’on se sent protégé et aimé.
17 novembre 2007
Venantino Venantini, l’italien qui parlait français
Vous ne connaissez pas son nom et pourtant vous ne connaissez que lui. Venantino joue les gangsters italiens depuis soixante ans dans le cinéma français. Il a été porte-flingues dans « Les Tontons », bègue dans « Le Corniaud », chauffeur dans « La cage aux folles », Mario le demi-sel dans « Flic ou voyou » et j’en passe. A son actif, presque 140 films. Un record pour ce garçon qui doit principalement son succès à son physique latin et à son accent sicilien. Les italiens ont presque disparu de nos productions. C’est dommage. Ils étaient pourtant, dans les années 60 et 70, un élément essentiel dans le dispositif d’une grosse comédie policière. L’allemand avait beaucoup servi en costume de la Wehrmacht. Les spectateurs commençaient à se lasser de ces teutonades. Les casques à pointes et les Kartofel n’amusaient plus guère le public. Les scénaristes ont alors découvert le personnage de l’italien. Il n’échappe à aucun stéréotype de l’époque, il est charmeur, vicieux, voleur et pas très franc du collier et souvent il échoue dans ses tentatives d’extorsion. Le français a toujours le bon rôle. Venantino, le forçat du septième art, n’a jamais arrêté de tourner, vous pourrez l’apercevoir dans les films érotiques des années 80, dans des séries TV et parfois en vieux gigolo, il peut réapparaître à n’importe quel moment. Un incroyable modèle de longévité. A 77 ans, il n’a pas fini de nous étonner.
31 octobre 2007
Carole Bouquet, la belle silencieuse
Les silences de Carole Bouquet sont des moments de forte intensité. « Etre belle » ne suffit pas, il faut savoir aussi se taire. C’est un art délicat de ne pas parler. Les jeunes actrices veulent absolument briller par leur esprit et leur intelligence. Elles ont peur de passer pour des potiches alors elles se font remarquer, elles gigotent dans tous les sens, elles bavardent, elles sont remplies d’orgueil et de coquetterie. Carole Bouquet n’a jamais eu cette prétention. Finalement, débuter sa carrière comme James Bond Girl puis devenir l’égérie d’une marque de parfum aura été une formidable école de l’humilité et de la transparence. Longtemps, Carole Bouquet n’a existé que sur papier glacé. Une image divine qui vous saute à la figure. Un visage parfait, des yeux vert émeraude et de longs cheveux noirs. Un air de défi et de mépris qui vous glace et vous enchante. Nous comprenons mieux aujourd’hui pourquoi l’Elysée l’a mis sur écoutes. La curiosité folle d’entendre sa voix si rare et précieuse. Alors que l’on préférait que tant d’actrices se taisent à jamais, on attend comme des petites pépites, les quelques mots lâchés par elle dans le combiné. Toute sa carrière au cinéma repose sur le mystère. A 50 ans, elle se lâche, sa nature rieuse et bouffonne ressort à la surface. D’ici quelques années, elle jouera très bien les vieilles femmes indignes. Souvenez-vous pourtant de son étonnante apparition dans « Buffet froid » de Bertrand Blier au volant d’une anachronique Traction. Elle ne dit presque rien, elle tombe en panne sèche sur un pont et le trouble s’installe…
30 octobre 2007
Jean Poiret, le nihiliste joyeux
Impénétrable derrière ses costumes sur mesure, Jean Poiret reste un mystère pour le grand public. Prince du second degré, virtuose de l’humour qualifié à tort d’anglais, il distille son venin comique avec classe et parcimonie. C’est un gentleman de la blague. Aussi introverti que son alter ego de cabaret, Michel Serrault, pouvait être expansif et délirant. Poiret est vraiment un modèle de sarcasme. Il a ce ton doux-amer dans la voix qui fait sourire ou trembler. Les spectateurs sont toujours dans le doute avec lui. Dommage que les médias idolâtrent son camarade aux méthodes plus pataudes, car chez Poiret, il y a un désespoir fin, un nihilisme joyeux et un mépris des conventions. Ce n’est pas étonnant qu’il se soit aussi bien entendu avec Mocky et Chabrol. D’un côté, le saltimbanque libidineux et de l’autre le bourgeois machiavélique. Deux faces de sa personnalité. Il réussit à être aussi bon dans les deux registres, les rôles de crapules et de flics incorruptibles. Le personnage de l’inspecteur Lavardin lui sied à merveille. Pour une fois qu’un flic n’est pas une brute épaisse qui dégaine avant de réfléchir. Lavardin est un provocateur, une sorte d’anarchiste qui aime bousculer les gens bien pensants. Il résout souvent ses enquêtes en éclaboussant salement les notables de province. Mais en vérité, on ne sait jamais vraiment ce qu’il cherche. Lavardin comme Poiret ne se dévoilent pas. Ils ont l’élégance de garder pour eux leurs problèmes. C’est la marque des grands, une discrétion qui nous rappelle la Peugeot 504 qu'il utilise dans les films de Chabrol. Une berline robuste, passe-partout qui fait pâle figure face à la Jaguar MKII de Jean-Claude Brialy, mais une voiture attachante et charmeuse qui mériterait d’être redécouverte.
25 octobre 2007
Pierre Richard, l’acrobate de l’extrême
Déroutant et épuisant sont les deux qualificatifs qui collent le mieux à la peau de Pierre Richard. Son jeu de Pierrot Lunaire, de mime Marceau comique, de Buster Keaton franchouillard est en effet très déroutant. C’est un acteur populaire, le succès de son duo avec Gérard Depardieu, l’a propulsé au rang de star « mondiale ». L’un des rares comédiens français à être connu en dehors de l’hexagone. Ses acrobaties pathétiques ont amusé et agacé jusqu’aux contreforts de l’Oural. Il faut pourtant une santé de fer pour le suivre dans ses débordements. Il pratique l’humour de l’acharnement. Il caricature à l’extrême les situations, n’hésitant jamais à grossir le trait jusqu’à ce que le spectateur craque, lâche prise complètement. Pierre Richard fait de l’excès sa matière première, il espère provoquer le rire mais aussi la gêne de l’absurde, de la méchanceté et de la bêtise. C’est là que Pierre Richard prend sa véritable ampleur d’artiste interprète. Il flirte toujours à la frontière de l’humour. Es-ce un acteur comique ? Pas si sûr, si l’on regarde de près sa filmographie. Que ce soit dans « Le jouet », « Le distrait », « Les malheurs d’Alfred », il dénonce les errements de la société moderne. Il faut se souvenir des sketches du début de sa carrière lorsqu’il partageait l’affiche avec Victor Lanoux. Ces deux-là se détestaient, ne se parlaient pas durant des semaines, puis se rabibochaient, mais ils continuaient à travailler ensemble dans les music-halls parisiens. Le ressort comique de leur association reposait sur leurs différences physiques mais aussi sur le malaise qu’ils inspiraient. Tout ça fait de Pierre Richard un acteur unique, inclassable, aussi iconoclaste que le coupé 403 qu’il utilise dans « La carapate ».
24 octobre 2007
Micheline Presle, l’aventurière des beaux quartiers
Qui peut croire un instant que Micheline Presle est une femme d’intérieur ? Dans la série « Les saintes chéries », elle faisait un couple gentiment survolté avec Daniel Gélin. Malgré l’effet comique recherché, on avait beau la cantonner dans un rôle de ménagère, on la sentait bien étriquée dans sa cuisine douillette et ses chaussons satinés. En ce temps-là, l’ORTF était garante des valeurs morales de la République. En 1965, la 1ère chaîne ne devait pas risquer l’éclatement de la famille, noyau central de la vie française. Il fallait faire rire, sans choquer, sans heurter, sans bousculer l’ordre établi. Trois ans plus tard, la France sera secouée par un coup de chauffe un certain mois de mai. Et pourtant, Micheline Presle a, sans le savoir, été à l’origine de ce mouvement. Quand elle est apparue dans le petit écran, les hommes et les femmes n’ont pas vu une mère confrontée aux problèmes du quotidien, mais une aventurière, une amazone qui met en péril les couples les plus solides. Micheline Presle ne peut s’empêcher d’attirer les regards. Elle ne ressemblera jamais à la femme banale de la rue mais plutôt à une splendide prostituée échouée dans un deux pièces cuisine. Elle a besoin d’espace, de luxe, d’amour fou pour s’exprimer. La routine n’est pas son terrain de jeu. Elle ne se contente pas du bonheur des médiocres. Elle a inventé le personnage de la bourgeoise coquine, frivole et déterminée. Ce n’est pas le genre de filles que l’on enferme dans un milieu, elle restera toujours libre. Dans « Le baron de l’écluse », elle interprète Perle une demi-mondaine lassée de courir de casinos en palaces et de changer tous les trimestres de fiancés, qui s’acoquine de Jean Desailly, jeune industriel bien sous tous rapports. Quand il vient la récupérer au volant de son cabriolet Peugeot 403 pour la demander en mariage, on tremble pour lui.
23 octobre 2007
Annie Girardot, la bonne poire
Il y a des acteurs qui forment des couples magiques, nous ne parlons pas ici des opérations de marketing orchestrées par Hollywood, les Liz Taylor et Richard Burton ou les Lauren Bacall et Humphrey Bogart. Non, des couples crédibles où le courant passe immédiatement, où la sincérité transpire à chaque instant. Les spectateurs sont emportés par cette justesse, cette intimité dévoilée, ce sentiment de les avoir toujours connu ensemble. C’est le cas d’Annie Girardot et de Philippe Noiret, magnifique duo de cinéma. Qu’ils sont beaux tous les deux, lui en ours mal léché à la voix de baryton et elle, en femme indépendante à la voix rocailleuse. Deux tintements à la sonorité si différente mais finalement si harmonieuse. Qu’ils sachent que leurs films restent des moments de bonheur simple, des histoires douces et tellement nostalgiques. L’un est malheureusement déjà parti, l’autre est affaiblie par la maladie. Pour nous, ils auront toujours quarante ans dans nos yeux et dans nos cœurs. Ils incarnent des rencontres improbables, fantaisistes et hystériques. Un type tombe en panne dans une station balnéaire avec son gros coupé Cadillac et rencontre une « Vieille fille » repliée sur elle-même dans une pension de famille. Une commissaire de police renverse un cycliste professeur de grec. Et ce « Tendre poulet » a le coup de foudre pour cet intellectuel bougon. Avant sa rencontre avec Noiret, Girardot a bien évidemment été une vamp sensuelle dans plusieurs chefs d’œuvre des années 60. Elle fut aussi quelques années plus tard la ménagère préférée de Michel Audiard, la version féminine de Bernard Blier, un caractère capable de s’approprier des dialogues fleuris et profonds. Charme et gouaille poisseuse. Deux versants de sa personnalité. Annie est une femme des années 70, nous avons eu l’habitude de la voir rouler dans des Renault 5 ou Renault 16, mais elle était si naturelle dans la Renault 14 de « La zizanie ». Voiture décriée, mal acceptée, humiliée, nous aurions aimé la protéger comme Annie face à ses propres démons et ce métier si prompt à vous porter au pinacle et à vous ignorer lâchement.
18 octobre 2007
Vincent Lindon, l’amoureux transi
Eternel étudiant, les cheveux en bataille, le regard songeur, Vincent Lindon ne vieillit pas. Il a joué toute sa carrière sur deux touches : la confusion et la tendresse. Il semble perdu sur un plateau de télévision, ses propos ne sont pas toujours clairs, tant pis on lui pardonnera ses approximations. Ca fait partie de son personnage charmeur souvent habillé de la même façon : un jean avec une veste, une tenue dépareillée empruntée au chanteur Michel Sardou mais portée avec une allure folle. Vincent Lindon est un acteur de tout premier plan. Il ne déçoit jamais les spectateurs. Grand professionnel, il apporte toujours une tonalité particulière à ses personnages. Il y a du Dustin Hoffman en lui. La comparaison n’est pas anodine car Lindon m’a toujours fait penser à Benjamin Braddock dans « Le lauréat ». Ce jeune garçon maladroit qui après avoir couché avec Mrs Robinson tombe éperdument amoureux de sa fille. Sur le visage de Lindon se dissimule la même tristesse et rage que Hoffman. Ils sont élégants dans n’importe quelle circonstance. Ils sont prêts à tout abandonner pour vivre leur passion. Ils savent que l’amour légitime tous les débordements. Au niveau des voitures, le parallèle avec Dustin Hoffman tient la route car tous les deux roulent en cabriolet. L’acteur américain au volant du célèbre Duetto d’Alfa-Romeo dont les ventes ont été largement soutenues par le succès du film « The Graduate ». Et Vincent Lindon avec le cabriolet 404 défraichi de « L’étudiante ». Katharine Ross ou Sophie Marceau ne sont pas des filles que l’on cache. On est fiers d’exhiber leurs beautés au monde entier en décapotant.
17 octobre 2007
François Cluzet, le révolté
La plus redoutable arme de François Cluzet : son physique passe-partout, cet air inoffensif de Monsieur-tout-le-monde, de gendre idéal. Alors que bouillonne en lui un feu permanent, une rage insoutenable qui le tiraille, une révolte permanente contre les injustices sociales. Son corps semble impassible alors que tout son être se déchaîne. Le personnage est vraiment attachant, avec des convictions non feintes et des coups de gueule qui sortent du ventre. Tant d’acteurs nous jouent les révolutionnaires du dimanche, si prompts à prendre la parole sans réellement mettre en péril leurs carrières. L’allure toujours juvénile et calme de François Cluzet lui permet de jouer une multitude de rôles. Mais quel gâchis ! Il aura fallu attendre tellement longtemps pour que les gens du métier reconnaissent en lui une valeur sûre du septième art. La cinquantaine lui aura redonné un coup de jeunesse tellement mérité. Comment les professionnels ont-ils pu passer à côté d’un acteur qui crève l’écran dès ses premières apparitions dans les années 80 ? C’est le mystère du cinéma, on adoube les médiocres et on ignore les flamboyants. Une loterie où les plus fourbes arrivent toujours à s’en sortir. Certainement que Cluzet, trop entier, devait faire peur. Il faut aujourd’hui rassurer les producteurs alors que les spectateurs réclament d’être secoués, brutalisés, emportés par de grands acteurs. C’est pourquoi les gens de télévision ont un avenir dans le cinéma moderne. Ils ont déjà les réflexes de l’audimat, de l’émotion calculée, du rire balisé. Ce sont de piètres comédiens qui gèrent leurs sentiments comme des comptables. Cluzet apporte de l’irrévérence et de la profondeur à ses personnages. Bizarrement, l’automobile tient un rôle assez important dans sa carrière. Il s’est fait connaître du grand public en interprétant un jeune chef d’entreprise dans la comédie à succès « Association de malfaiteurs » de Claude Zidi. Il conduisait à l’époque une Ferrari Testarossa. Plus récemment, il endossait la combinaison d’un ancien pilote de Formule 1 dans « Quatre Etoiles ». Un pauvre type qui n’arrive pas à parler aux femmes et dont le souci maladif est de réussir à garer toutes ses voitures dans son garage. Cluzet excelle dans les rôles de paumés, d’inaptes à la vie en société. Dans le film de Canet « Ne le dis à personne », il roule en break Volvo. Ce modèle colle assez bien à son caractère robuste, franc et atypique. Il faut toujours se méfier d’un conducteur de break Volvo.
16 octobre 2007
Louis de Funès, l’irrésistible ascension
Certains acteurs construisent leurs carrières. Patiemment, ils investissent de nouveaux territoires, de jeune premier, ils passeront à père de famille, à mari volage, puis dans la foulée à mari trompé, divorcé, remarié et en fin de parcours à patriarche, pour les plus solides d’entre eux, quelques rôles de vieillards sont encore à prendre. De Funès n’est pas de ces hommes-là, de ces petits comptables qui gèrent leurs métiers par anticipation et calcul. Il est un comédien entier. On l’aime ou on ne l’aime pas. Il est passé du statut d’acteur de deuxième zone à tête d’affiche en seulement deux films. Jusqu’à la quarantaine, il vivote, ce n’est pas un inconnu des plateaux ou des planches, mais aucun producteur ne ferait reposer le succès d’un film sur ses épaules. Dans « La traversée de Paris », on lui réserve le rôle de Jambier, ce boucher malhonnête, ce visage si fidèle des heures les plus sombres de notre pays. A Gabin et à Bourvil, les morceaux de choix, à de Funès, un os à ronger. Mais quel os ! En quelques minutes, il éclipse ses partenaires par son interprétation excessive. Les années de galère à cachetonner des nuits entières, à s’abîmer la santé sur ce maudit piano de bar, sont désormais derrière lui. Mais profite-ton encore des délices de la gloire à cinquante ans ? N’est-ce pas trop tard d’être révélé au grand monde au moment où les autres acteurs commencent à décliner? La saveur du succès n’a-t-elle pas un goût plus amer ? Le comédien a déjà forgé son caractère, ses certitudes, sa vision du monde. De Funès demeure un homme du passé, dans les années 70, il continuait à jouer les hommes de pouvoir comme il les imaginait en 1950. De Funès rassure le spectateur, il incarne l’ordre établi, le chef d’entreprise sûr de lui, irascible et soupçonneux. Il en fait des tonnes. Ce sont souvent des caricatures de personnages où tout est bien balisé. En réalité, la loufoquerie de ses débuts qui faisait peur à certains professionnels s’est transformée en principal atout et la garantie de millions d’entrées dans les salles. Les spectateurs attendent du de Funès, il leur en donnera dans un registre survolté.
Si on l’observe bien, il a perdu son grain de folie, cette étincelle dans son regard où tout pouvait basculer en quelques secondes. Il n’est jamais aussi bon que dans la noirceur, il est né tragédien. Il aurait été un formidable Landru. Si l’automobile est très présente dans la seconde partie de sa carrière, elle est quasi-absente dans la première. Il est rarement motorisé, c’est un braconnier, un marcheur, un invisible dans la foule. Les voitures sont réservées à la Haute. Et puis dès le milieu des années 60, il devient le chouchou du haut de gamme français avec une prédilection pour la DS. Mais, à cette époque-là, il y avait bien peu d'alternatives pour des productions cinématographiques nationales. Finalement, il fait penser à ses gagnants du Loto qui passent de la mobylette bleue à la Rolls-Royce. Une ascension rapide dans l'échelle sociale. En 1976, il remplace la DS par la Mercedes, signe que la société change. Mais dans la vraie vie, il préfère s’occuper de sa roseraie à l’abri du tumulte du monde.


































