Le blog de Joss Beaumont

Blog consacré aux voitures anciennes, au cinéma, à la littérature et au doux parfum de la nostalgie. Mais qui est ce Joss Beaumont ?

19 février 2009

En avant-première, le TOME V des enquêtes de Joss Beaumont

CHAPITRE 1

«Je te survivrai d’un amour vivant »

J’avais été invité au pot de départ de Fernand à la Préfecture de Police de Paris, le célèbre 36 Quai des Orfèvres, celui-là même qui donne la trique aux réalisateurs de cinéma et aux scénaristes en panne d’idées. Ses collègues lui avaient offert un VTT en aluminium. Etait-ce un cadeau ou une punition ? Vu la façon dont il observait cet engin de torture, j’étais sûr que cette bicyclette de compétition ne sortirait pas de sitôt de sa housse protectrice. Les discours s’étaient succédé. Chacun y allant de son anecdote, de sa petite émotion et de sa grande hypocrisie. Personne n’était dupe. C’était la règle lorsqu’un collègue partait, le cérémonial était le même, ça dégoulinait de bons sentiments. En réalité, tout le monde était content de se débarrasser d’un vieux flic comme Tabourin, les jeunes poussaient derrière pour se faire une place au soleil et épater leurs fiancées. Quant à ses supérieurs hiérarchiques, ils avaient pris un malin plaisir à se débarrasser d’un flic aussi expérimenté que lui qui connaissait tous les rouages de la maison et surtout toutes leurs compromissions. Fernand, éminent œnologue policier, avait choisi lui-même le vin, un Ménetou-Salon « vieilles vignes » qui faisait la nique à bien des Bordeaux « grand cru ». De tout temps, les flics ont toujours eu bon appétit. Ils s’étaient agglutinés par grappes du même grade devant le buffet et ils s’en donnaient à cœur joie. Les rues de Paris pouvaient trembler, nos valeureux fonctionnaires de Police s’enfournaient dans le bec des crottins de Chavignol entiers. A l’écart de la bande, j’aperçus le plus fidèle collaborateur de Tabourin, Edmond Fouquet avec sa tête des mauvais jours. Fouquet était un inspecteur maous, il mesurait presque deux mètres, il marchait comme un percheron et ne buvait jamais d’alcool. Ces deux-là travaillaient ensemble depuis une dizaine d’années. Edmond ne feignait pas sa tristesse. C’était un brave garçon qui ne brillait pas par ses déductions géniales, mais dont la fidélité était dans ce milieu professionnel où les coups bas volaient au raz-du-bitume, une garantie de survie. Edmond Fouquet avait sauvé plusieurs fois la mise à Fernand grâce à son courage et à ses biceps d’acier. Les deux hommes s’appréciaient et s’estimaient sans jamais oser se le dire. Dans les étages de la Tour Pointue, on se gaussait gentiment de ce tandem décalé, un commissaire roublard qui se pâmait devant la prose rimbaldienne et une brute épaisse qui soulevait des heures durant de la fonte dans la salle de sport. Je m’approchai de lui et il me sourit comme s’il savait qu’avec moi, il n’aurait pas besoin de masquer sa profonde amertume.

-Ah, Monsieur Beaumont, c’est un jour noir. Dit-il avec beaucoup de sincérité et de poésie.

Il avait une voix assez fluette qui ne collait pas du tout avec sa carcasse d’égorgeur.

Moi aussi, ce départ à la retraite me pinçait le cœur. Passé un certain âge, on est ému par des événements qui vingt ans plus tôt, vous font marrer. Dix ans que j’avais ouvert mon cabinet de détective privé, dix ans que je connaissais le couple Tabourin/Fouquet et dix ans que nous avions retrouvé la trace de Carole, mon amour d’enfance.  

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29 janvier 2009

En avant-première, le TOME IV des enquêtes de Joss Beaumont

CHAPITRE 1

« Sur l’écran noir de mes nuits blanches »

Merlin était immobile, il avait le regard perdu des types qui ont peur et qui savent que leur fin est proche. L’imminence de la mort ne rassure jamais les victimes inscrites sur la liste du départ, elle a plutôt tendance à les angoisser. Il n’y a que dans les films à suspense que l’on attend sereinement sa dernière heure, presque libéré, impatient que toute cette grande mascarade cesse. Merlin m’avait ordonné de le rejoindre au plus vite dans cette brasserie du XIIIème qui sentait le tabac froid et le café bon marché. Il était là, à quelques mètres de moi, les yeux rivés sur le Pont de Tolbiac. Ce calme apparent ne lui ressemblait pas. Je l’avais toujours connu exalté devant son écran d’ordinateur, fulminant contre l’Etat policier dans son journal, enfin, toujours en mouvement, une sorte de fourmi insatiable qui courrait dans tous les sens. D’habitude, il parlait vite, on ne comprenait pas tous ses mots, il avalait ses phrases et vous engueulait si vous ne suiviez pas à la lettre sa conversation. Malgré sa petite taille, Merlin prenait de la place partout où il se trouvait que ce soit dans un restaurant ou dans une salle de rédaction. Aujourd’hui, dans ce bar quelconque à la lisière de la Banlieue, il était étrangement éteint. Merlin, le zébulon de la presse française buvait un diabolo menthe, une habitude d’adolescent, avec autant d’entrain qu’un chauffeur de taxi parisien se presse à vous accueillir dans son véhicule. Accablé et réfractaire. Il me salua à peine et commença son monologue en sourdine. Il n’avait pas perdu le goût de la mise en scène. J’avais appris à me méfier de ses sautes d’humeur et de son tempérament brouillon. Mais là, quelque chose clochait dans son attitude. Il semblait avoir vraiment peur et il portait une improbable veste d’une couleur qui me rappelait ma défunte Peugeot 404. Un marron tirant sur le bronze. 

-Joss, mon heure est arrivée. Fit-il à la façon de ces élèves comédiens qui surjouent les tragédies du répertoire.

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