27 octobre 2007
Le club des cinq, l’exotisme anglais
Pour les enfants français des années 80, il y avait encore plus exotique que « Hawaï police d’état », « Les rues de San Francisco » ou « Les têtes brulées » à la télévision. « Le club des cinq » (The famous five) racontait l’histoire de deux filles, de deux garçons et d’un chien Dagobert en vacances sur la côte anglaise, quelque part dans le comté de Dorset entre Weymouth et Poole. Ce coin perdu du Sud de l’Angleterre était le terrain d’incroyables affaires criminelles que la Police était incapable de résoudre. Ils en avaient de la chance ces gamins, ils pouvaient circuler à leur guise, faire du vélo sur la route, sortir la nuit, suivre des méchants. Face à la recrudescence de fait-divers morbides, cette série serait aujourd’hui interdite d’antenne. Il faut se barricader chez soi. « Le club des cinq » était une équipe courageuse, inventive, nettement plus dégourdie qu’une compagnie de boy-scouts. Et leur chien Dagobert était plus futé que Rintintin et Milou réunis. Cette série donnait surtout un éclairage sur la vie des anglais, ils s’habillaient bizarrement avec de gros pulls en shetland, les filles avaient des choucroutes sur la tête et des appareils dentaires dans la bouche et encore plus incroyable on les transportait dans un étonnant break Ford Granada. L’Angleterre en 1978 était décidément très kitsch.
26 octobre 2007
Matt Houston, le détective dépressif
La principale caractéristique du milliardaire américain, c’est qu’il s’ennuie, il ne sait pas quoi faire de ses journées. Alors, il tourne en rond, il engueule ses employés, il mange, il boit, il dépense son argent et il se décide enfin à exercer la seule activité respectable pour un citoyen américain : il devient détective privé. Ca fait partie de leur culture du secret et de la dissimulation. Aux Etats-Unis, le privé incarne l’autorité locale, comme pouvait l’être dans la France des années 50, le curé, l’instituteur et le maire réunis. Matt Houston est un grand gaillard texan, il a emprunté sa moustache à Tom Selleck, il est plus riche que Jennifer et Jonathan Hart, il s’habille comme Chuck Norris avec des chemises à gros carreaux et des jeans trop serrés. Lee Horsley interprète cet héritier du pétrole qui dispose de moyens d’investigation considérables pour régler des affaires mineures. Il court après des voleurs de voitures avec l’arsenal du FBI et de la CIA. Matt Houston est un dépressif qui noie son oisiveté dans l’action. C’est un enfant qui s’amuse avec son hélicoptère, son assistante personnelle (CJ Parsons), le cours de ses actions et son Excalibur ! Signes d’un fort dérèglement intérieur.
25 octobre 2007
Riptide, la logistique américaine
Dans les années 80, la chaîne NBC n’avait qu’une idée en tête : recaser tous les vétérans de la guerre du Viêt-Nam. Les scénaristes ne se creusaient pas beaucoup la cervelle. Tous les détectives privés des Etats-Unis avaient la même origine historique. La série « Riptide » n’échappe donc pas à cette règle, les deux héros ont forcément connu l’enfer du devoir et la « vermine » Viêt-Cong. Ca soude une amitié virile de patauger dans les rizières. Et surtout la trouille de prendre une balle derrière la tête, ça crée des liens entre compagnons d’infortune. Les producteurs ont eu peur d’une débauche de gros bras, alors pour assister leurs deux playboys de service Nick Ryder et Cody Allen, ils ont fait appel à un génie de l’informatique (ça faisait moderne en 1984), Murray Bozinsky, un binoclard aussi génial qu’encombrant. La force de cette série est de rassembler tout ce que l’on est en droit d’attendre d’un téléfilm américain. C'est-à-dire de l’action, des filles en maillots de bain, des amourettes et surtout une très grosse logistique : un bateau (le Riptide), un hélicoptère et une Corvette rouge de 1960.
23 octobre 2007
Miami Vice, l’Amérique de l’extrême
En matière de déballage, les américains n’ont aucune limite. Pour notre plus grand plaisir, ils osent toujours repousser les limites de la décence encore plus loin. La série « Deux flics à Miami » aura marqué l’apogée des années 80. Un concentré de flambe, d’énergie, de bleu électrique, de rose pastel, de bikinis et de costards scintillants. Une image crue et excessive d’une Amérique à l’agonie comme on aimerait la voir plus souvent. Une ville où la came, les filles, l’argent facile, les boîtes et les cocktails au curaçao font partie du décor. Une lumière brutale qui aveugle. Cette série fonctionne à merveille car les scénarios sont resserrés, l’action haletante et la doublette Sonny Crockett/Ricardo Tubbs terriblement crédibles. Ce sont des fonctionnaires de police qui s’habillent en Versace comme des maquereaux et roulent dans une Daytona Cabriolet. Les autres productions ont pris un sacré coup de vieux quand le premier épisode de Miami Vice est sorti sur la chaîne NBC en septembre 1984. Les téléspectateurs s’attendaient à de gentilles histoires policières. Ils sont tombés dans l’enfer des stups et de la nuit. Cette série est tellement étonnante qu’une comédienne française Arielle Dombasle y fait une apparition affublée d’un maillot de bain très, très échancré.
Lee Majors, l’homme qui se maria avec Farrah Fawcett
Difficile de suivre la carrière de Lee Majors dans les années 80. Un jour, il est « l’homme qui valait trois milliards », Steve Austin, un astronaute aux pouvoirs bioniques et quelques mois plus tard, il devient Colt Seavers, un cascadeur chasseur de primes dans « l’homme qui tombe à pic ». La confusion est totale dans la tête des enfants qui regardent ces séries TV. Fréquente-t-il super Jamie, la femme qui court plus vite qu’un guépard ou Jody, la cascadeuse aux décolletés ravageurs et aux bottes texanes ? Dans l’avalanche de séries en provenance des Etats-Unis entre 1975 et 1985, le tri est difficile à faire. On confond souvent Lee Majors avec Robert Wagner ou encore Robert Conrad. Tous ces acteurs se ressemblent, ils ont la démarche naturelle des GI’s qui ont libéré la France et surtout ils ont tous la quarantaine bien sonnée. Ce sont des hommes d’expérience, le public doit être rassuré. Lee Majors marque sa différence sur deux points essentiels : il roule dans un pick-up GMC Sierra Grande et il s’est marié dans la vraie vie à la fascinante Farrah Fawcett. Le rêve de tous les adolescents français, trouver une fille aussi désirable que Farrah et faire des bonds de deux mètres au volant d’un 4 X 4 américain. En somme, l’aboutissement d’une vie.
22 octobre 2007
Le couple Hart, icône des années 80
La meilleure représentation de l’Amérique triomphante des années 80 a été captée par la série « Pour l’amour du risque ». Le couple de justiciers milliardaires, Jonathan Hart et Jennifer Hart incarne la réussite du Reaganisme. La preuve aux yeux du monde de la supériorité du modèle américain. Ces gens-là sont richissimes, mais ils ont du cœur, ils sont désintéressés, humains et libéraux, ils autorisent leur vieux majordome Max (Lionel Stander) à fumer le cigare devant eux. Ce domestique grognon est chouchouté comme un animal de compagnie. Les Hart sont formidables. Ils ont fait rêver les français au moment où François Mitterrand opérait le tournant de la rigueur en mars 1983. La crise se profilait et nous regardions avec bonheur Robert Wagner et Stephanie Powers vivre dans un univers fait de luxe et de plaisir. L’Amérique n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle suggère l’opulence. Rappelez-vous qu’à cette même époque, les français se passionnaient pour Marie Pervenche, une contractuelle qui vivait dans un trois pièces et roulait en Renault 5. Les producteurs de « Pour l’amour du risque » n’ont pas lésiné sur les moyens, ils ont cassé leur tirelire pour nous faire baver d’envie : voitures haut de gamme, maisons d’architectes, bateaux, caviar, champagne, etc... On dirait une publicité pour le magasin Harrods. L’automobile joue un rôle de premier plan et marque un changement dans les modes de consommation des riches américains. C’est la victoire par KO des allemands sur les productions locales. La fin de leur règne et l’hégémonie de Mercedes avec son cabriolet 450 SL (R107), appelé le Bobby Cab, promu voiture officielle de la famille Ewing. Un signe qui ne trompe pas. L’Amérique a de l’argent frais, mais le bon goût vient toujours de la vieille Europe.
Remington Steele, le James Bond du réel
Pierce Brosnan est plus proche de Remington Steele que de James Bond. Il est balourd cet agent secret de la Majesté avec ses costards Brioni qui ne se froissent jamais, ce brushing impeccable et ses montres de luxe. Une vraie caravane publicitaire ambulante. Tellement peu crédible ce surhomme qu’il en devient ridicule. Ses exploits manquent cruellement de sincérité. Il saute d’une moto pour rentrer dans un avion en plein vol. Il est capable de faire une chute libre de cent mètres…sans parachute. Ce James est une caricature de super héros sortie d’une mauvaise série de Marvel comics. Alors que Remington Steele est un voleur devenu détective par nécessité qui foire toutes ses enquêtes, qui à la trouille de croiser des malfaisants et qui parle si bien du cinéma américain des années 30. Tout l’inverse de Bond. Un type avec de la classe et de la culture. La raison du succès de la série tient à la présence de Stephanie Zimbalist qui interprète le personnage de Laura Holt, la tête pensante de l’agence. Tout le contraire des Bond où les femmes sont de beaux accessoires qui distraient les hommes, dans Remington Steele, ce sont les femmes qui décident, qui prennent les initiatives et évidemment tous les hommes tombent amoureux d’elles. Laura Holt incarne une douce working girl des années 80, sans suffisance et apprêté. Une charmante bobine qui sait très bien jouer de sa supposée fragilité. Alors qu’elle a un caractère d’acier. Elle roule dans une Golf Cabriolet (version US) et quand cette dernière tombe en panne, c’est Pierce qui met les mains dans le cambouis. Un juste retour des choses.
19 octobre 2007
Georges Descrières, le french lover
S’il ne fallait retenir que deux rôles dans la grande carrière de Georges Descrières, ce serait son interprétation de play-boy français dans « Voyage à deux » de Stanley Donen où il réussit à séduire Audrey Hepburn. Un très beau film sur la déliquescence du couple. Et son rôle de détective gentleman dans la série « Sam et Sally » à la fin des années 70. Bien sûr, il doit sa popularité à Arsène Lupin et à de nombreuses pièces de théâtre. Mais, il y a un côté tellement kitsch dans « Sam et Sally » que ce téléfilm est devenu culte au fil des années. D’abord, il partage l’affiche avec Corinne le Poulain et ensuite Nicole Calfan, deux actrices piquantes malheureusement un peu oubliées aujourd’hui. Surtout, c’est un véritable OVNI télévisuel, un mélange improbable entre Dynastie, Matt Houston et Thierry la Fronde.Les situations sont tellement cocasses, peu crédibles et souvent mal jouées que les téléspectateurs ne quittaient pas le regard de leur écran. Les producteurs n’ont pas mégoté sur les « moyens » car Sam roule au volant d’une étonnante Excalibur à l’époque où les policiers se contentaient de modestes Renault 18. A voir d’urgence, l’image est si mal léchée, les éclairages si approximatifs que l’on s’approche de l’Art.
Joëlle Mazart, la conciliatrice
Au début des années 80, la banlieue, les cités dortoirs, la jeunesse à la dérive, la misère sociale, les bidonvilles aux portes de Paris ne sont pas des faits connus par l’ensemble des français. Bien avant le rap, la Haine, l’embrasement médiatique, c’est Véronique Jannot qui a été l’exploratrice de ces contrées difficiles. Elle incarne Joëlle Mazart, la plus belle assistante sociale de France qui aide les gamins d’un lycée professionnel à s’en sortir. Les thèmes peuvent faire sourire aujourd’hui. Mais, il y a vingt-cinq ans, la série « Pause Café » porte un regard attendri et réaliste sur des situations que l’on ignorait à Cahors ou à Agen. Dans les provinces, on n’imaginait pas le mal-être de ces enfants parqués en périphérie qui se cherchaient un avenir. La série ne fonctionnerait pas aussi bien sans la présence lumineuse de Jacques François en proviseur « intangible ». Jacques François splendide dans les rôles de Ministres, Généraux et Présidents de conseil d’Administration. Joëlle Mazart n'aurait pas tant de charme si elle ne se déplaçait pas dans une Renault 5 aussi douce et adorable que son visage enfantin.
The Persuaders, le duo décapant
Deux kékés sur la Côte d’Azur, un self made man douteux et un aristo en rupture de ban, deux voitures de sport, une Aston Martin DBS et une Ferrari Dino, deux caractères portés sur la gaudriole et les filles aux longues jambes. La série télévisée « The Persuaders » (Amicalement votre) a surtout été un succès en France grâce au doublage très libre et inventif de Claude Bertrand et de Michel Roux. Deux as du dialogue improvisé et de la répartie foudroyante. Dans la version française, Dany Wilde et Brett Sinclair, sont passés maîtres dans le second degré, un registre assez éloigné des intentions des producteurs qui préféraient jouer sur les contrastes entre un citoyen anglais et américain. Chez nous, ils assument leur côté ridicule et fanfaron. Ils restent cependant de fantastiques gentlemen des années 70 et assument les poncifs de cette époque-là : la non-violence, la dérision, les pantalons larges et les chemises à jabots. Sans oublier les cuissardes vernies portées sous des mini-jupes si courtes que même Mary Quant n’aurait jamais imaginé les dessiner.

































